‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 172 sur 326 · GRENADE · texte numérisé non relu

GRENADE

Cette célèbre capitale, bâtie au pied des montagnes de neige , s*élève sur deux collines au milieu d'un pays enchanté. Le Daro, dont les flots rapides roulent de Tor dans leur sein, traverse la ville dans son étendue. Le Xénil, dont les eaux salubres rendent aux troupeaux la santé, baigne ses hautes murailles. Une campagne délicieuse, où croissent presque sans culture des moissons abondantes, des forêts d*oran->

àm PROSAÏEURS FRAiNÇAlS.

gers, des oliviers mariés à la vigne, des palmiers piélés avec des chênes, Tenvironne de toutes parts. Des carrières inépuisables de marbre, de jaspe, d'albâtre, ont orné les palais superbes, les magnifiques édifices qu*on a multipliés dans la ville. Partout des eaux jaillissantes rafraîchissent Fair qu*on respire , embellissent les places immenses où vient s'exercer chaque jour une belliqueuse jeunesse; et des jardins couverts de fleurs, ombragés dans tous les temps de grenadiers, de naptes, de cédrats, font de la plus charmante des villes la plus grande cité des Espagnols.

Le plus beau des édiGces de Grenade est le fameux palais de VAthaméra, commencé par Témir Al- Mumenim et achevé par Mulei-Hassem. Là, des milliers de colonnes d'albâtre soutiennent des voûtes immenses , 'dont les murs , couverts de porphyre , éclatent d*or et d*azur. Là, des eaux vives et jaillissantes forment, au milieu des appartements, des cascades d'argent liquide , vont remplir des canaux de jaspe, et serpentent dans les galeries. Partout le doux parfum des fleurs se mêle à celui des aromates qui , l^lant toujours dans les souterrains, s'exhalait du pied des ci^nnes et vienn^t embaumer l'air qu'on i^irei Des jours ménagés sur la ville, sur les bords enchantés des deux fleuves, sur les montagnes de Beige , présentent à l'œil étonné des tableaux sans fcessc Taries. Tout ce qui flatte les sens, tout ce que l'art et la nature^ la magnificence et le goât peuvent

réunir se trouve joint dans ce beau séjour aux chefsd'œuvre qui charment Tesprit.

Ce lieu de délices est environné d'un jardin plus délicieux encore , dont la touchante simplicité contraste avec le luxe du palais : c'est le fameux Généralif , célèbre dans l'Afrique et dans l'Asie , l'objet de l'envie des puissants califes, qui, dans le Caire et dans Kagdad , ont vainement tenté de l'égaler.

En y pénétrant on n'est pas surpris ; les yeux satisfaits ne rencontrent point ces efforts de l'art, ces brillants prodiges qui plaisent moins qu'ils n'étonnent , et rappellent seulement l'idée de la richesse et du pouvoir ; tout y présente , au contraire , l'image de ces biens faciles qu'on n'admire point» mais dont on jouit Des bois d'orangers et de myrtes coupent des plaines de verdure arrosées par des eaux limpides. Ces bois , plantés avec adresse, cachent, découvrent tour à tour les perspectives lointaines, les riants villages, les champs cultivés, les glaces accumulées sur les monts, les palais, les monuments de Grenade. A chaque instant des coteaux fertiles vous offrent la vigne, l'olivier sauvage, les lilas, les grenadiers, entrelaçant leurs fruits et leurs fleurs. Tantôt une cascade bruyante se précipite du haut d'un rocher; tantôt un ruisseau tranquille sort en murmurant d'une touffe de roses. Là , c'est une grotte écartée où filtrent plusieurs sources d'eau vive ; ici , c'est un bocage sombre où voltigent mille rossignols; partout, enfin, un aspect différent, une jouissance nou-

velle font éprouver à chaque pas un sentiment doux ou un plaisir pur. {Gonzaive de Cordoue.)

FRERON.

Élie-Catherine Fréron, célèbre critique, naquit à Quimper. Après avoir professé avec succès à Paris, il entra dans le journalisme et fonda V Année liuéraire. Doué de beaucoup d'esprit, d'an goût sûr, d'un tact fin , ayant de la gai té, de la verve, de l'instruction, il se rendit redoutable au parti philosophique, auquel il fit une guerre courageuse. Il imita quelquefuis la partialité de Voltaire, qui fut le plus acharné de ses ennemis; mais il n'égala jamais sa grossièreté ni son cynisme.

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