LA FÊTE DE LA ROSE A SALENCY
L*institution delà fête de la Rose est très-ancienne ; on Tattribue à saint Médard , évoque de Noyon , qui vivait dans le cinquième siècle de notre ère, du temps de Clovis. Ce bon évêque , qui était en même temps seigneur de Salency, village à une dem'-lieue de Noyon , avait imaginé de donner tous les ans h celle des filles de sa terre qui jouirait de la plus grande réputation de vertu une somme de vingt-cinq livres et une couronne ou chapeau de roses. On dit qu*il donna lui-même ce prix glorieux à une de ses sœurs, que la voix publique avait nommée pour être rosière.
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Cette récompense devint pour les filles de Salency un puissant motif de sagesse. Indépendamment de rhonneur qu*en relirait la rosière, elle trouvait infailliblement à se marier dans Tannée. Saint Médard, frappé de ces avantages, perpétua cet établissemenl. Il détacha des domaines de sa terre douze arpents dont il affecta les revenus au paiement de vingt-cinq livres et des frais accessoires de la cérémonie de la Rose,
Par le titre de la fondation, il faut non-seulement que la rosière ait une conduite irréprochable , mais que son père, sa mère , ses frères , ses sœurs et autres parents, en remontant jusqu'à la quatrième génération, soient eux-mêmes irrépréhensibles; la tache la plus légère, le moindre soupçon, le plus petit nuage dans sa famille serait un titre d'exclusion.
Le seigneur de Salency a toujours été en possession, et seul jouit encore du droit de choisir la rosière entre trois filles du village qu'on lui présente un mois d'avance. Lorsqu'il l'a nommée, il est obligé de le faire annoncer au prône de la paroisse, afîn que les autres filles, ses rivales, aient le temps d'examiner ce choix, et de le contredire s'il n'était pas conforme à la justice la plus rigoureuse. Cet examen se fait avec l'impartialité la plus sévère ; ce n'est qu'après cette épreuve que le choix du seigneur est confirmé.
Le 8 juin, jour de la fête de saint Médard, vers les deux heures après midi, la rosière, vêtue de blanc, frisée, poudrée, les cheveux flottants en grosses boucles sur les épaules, se rend au château de Salency.
Elle y est conduite au son des tambours, des violons, 4es musettes, etc. , par sa famille , et douze garçons du village, donnant la main à douze jeunes filles vôtues de blanc avec un large ruban bleu en baudrier. Le seigneur ou son (^»pouse va la recevoir. Elle lui fait un petit compliment pour le remercier de la préférence qu'il lui a donnée ; ensuite le seigneur, ou celui qui le représente , et son bailli , lui donnent chacun la main , et précédés des instruments, suivis d'un nombreux cortège, ils la mènent à la paroisse, où elle entend les vêpres sur un prie-dieu placé au milieu du chœur.
Les vêpres finies, le clergé sort processionnellement avec le peuple pour aller à la chapelle de saint Médard. C'est là que le curé ou rofliciant bénit la couronne ou le chapeau de roses qui est sur Tautel. Ce chapeau est entouré d'un ruban bleu et garni sur le devant d'un anneau d'argent ; après h bénédiction et un discours analogue au sujet, le célébrant pose la couronne sur la tête de la rosière qui est à genoux, et lui remet en même temps les vingt-cinq livres en présence du seigneur et des officiers de la justice.
La rosière, ainsi couronnée, est conduite de nouveau par le seigneur et son fiscal, et toute sa suite, jusqu'à la paroisse, où l'on chante le Te Deum et une antienne à saint Médard, au bruit de la mous(|ueteriedesjeunesgensdu village. Au sortir de l'église, le seigneur ou son représentant mène la rosière Jus-
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qu'au milieu de la grande rue de Salency, où des ccusitaires de la seigneurie ont fait dresser une table garnî« d*une nappe , de six serviettes , de six assiettes , de deux couteaux , d'une salière pleine de sel , d'un lot de vin clairet en deux pots, de deux verres, d'un demi-lot d'eau fraîche , de deux pains blancs d'un sou, d'un demi-cent de noix et d'un fromage de trois sou$, On dopue encore à la rosière , par forme d*hommage, une flèche, deux balles de paume et un sifflet de corne , avec lequel un des censitaires siffle trpis fois avant que de l'offrir. Ils spnt obligés de satisfaire ex^ç^ement à toutes ces servitudes sous peine de soixante isous d'amende.
P^ là toute l'assemblée se rend dans la cour du phâteau , sous uu gros arbre , où le seigneur danse le premier avec la rosière. Ce bal champêtre finit au coucher du soleil. Le lendemain, dans l'après-midi, la rosière invite chez elle toutes les filles du village , et leur donne une grande collation , suivie de tous las divertissements ordinaires en pareille circonstance.