‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 175 sur 326 · D UN SERMON PRÊCHÉ A SAINT-SULPICE · texte numérisé non relu

D UN SERMON PRÊCHÉ A SAINT-SULPICE

A la vue d*uQ auditoire si nouveau pour moi , n semble, mes frères, que je ne devrais ouvrir la bouche que pour vous demander grâce en faveur d'an pauvre missionnaire dépourvu de tous les talents que vous exigez quand on vient vous parler de votre salut. J'éprouve cependant aujourd'hui un sentiment différent, et, si je suis humilié, gardez-vous de croire que je m'abaisse aux misérables inquiétudes de la vanité. Â Dieu ne plaise qu'un ministre du ciel pense jamais avoir besoin d'excuse auprès de vous! car, qui que vous soyez, vous n'êtes, comme moi, que des pécheurs. C'est devant votre Dieu et le mien que je me sens pressé dans ce moment de frapper ma poitrine.

Jusqu'à présent j'ai publié les justices du Très- Haut dans des temples couverts de chaume; j'ai prc^ché les rigueurs de la pénitence à des infortunés qui manquaient de pain ; j'ai annoncé aux bons habitants dos campagnes les vérités les plus effrayantes de ma religion. Qu'ai-jo fail, malheureux! j'ai contristé les pauvres, les meilleurs amis de mon Dieu; j'ai porté l'épouvante et la douleur dans ces âmes

simples et fidèles que j'aurais dû plaindre et consoler.

C'est ici, où mes regards ne tombent que sur des grands, sur des riches, sur des oppresseurs de Thumanité souffrante, ou des pécheurs audacieux et endurcis, ah! c*est ici seulement qu*ii fallait faire retentir la parole sainte dans toute la force de son tonnerre , et placer avec moi dans cette chaire d'un côté la mort qui nous menace et de Tautre mon grand Dieu qui vient vous juger. Je tiens aujourd'hui votre sentence à la main : tremblez donc devant moi, hommes superbes et dédaigneux qui m'écoutez ! La nécessité du salut , la certitude de la mort, l'incertitude de cette heure si effroyable pour vous, l'impénitence finale, le jugement dernier, le petit nombre des élus , l'enfer, et par-dessus tout l'éternité : l'éternité ! voilà les sujets dont je viens vous entretenir, et que j'aurais dû sans doute réserver pour vous seuls.

Et qu'ai-je besoin de vos suffrages, qui me damneraient peut-être sans vous sauver? Dieu va vous émouvoir, tandis que son indigne ministre vous parlera; car j'ai acquis une expérience de ses miséricordes. Alors, pénétrés d'horreur pour vos iniquités passées, vous viendrez vous jeter entre mes bras en versant des larmes de componction et de repentir, et, à force de remords, vous me trouverez assez éloquent.

40fi PROSATEURS FRANÇAIS.

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