L'ÉTERNITÉ
£h ! 8ur quoi vous fondez-vous donc, mes frères, pour croire votre dernier jour si éloigné? Est-ce sur votre jeunesse? — Oui, répondrez-vous ; je n'ai encore que vingt ans, que trente ans. — Ah ! vous vous trompez du tout au tout. Non, ce n*est pas vous qui avez vingt ou trente ans : c'est la mort qui a déjà vingt ans, trente ans d'avance sur vous, trente ans de grâce que Dieu a vpulu vous accorder en vous laissant vivre, que vous lui devez, et qui vous ont rapproché d'autant du terme où la mort doit vous achever. Prcnez-y donc garde : l'étcrnilé marque déjà sur votre front l'instant fatal où elle va commencer pour vous. £h ! savez-vous ce que c'est que l'éternité? c'est une pendule dont le balancier dit et redit sans cesse ces deux mots seulement dans le silence des tombeaux : « Toujours , jamais ! Jamais , toujours ! » Et pendant ces effroyables révolutions,^ un réprouvé s'écrie : « Quelle heure est-il? » et la voix d'un autre misérable lui répond : « L'éternité ! »