AMOUR DE LA CAMPAGNE ET DE LA PATRIE
Ce n'est qu'à la campagne qu'on jouit des biens du cœur , de soi-même , de sa femme , de ses enfants , de ses amis. Kn tout la campagne me semble préférable aux villes : l'air y est pur , la vie
riante , le marcher doux , le i^ivre facile , les mœurs simples et les hommes meilleurs. Les passions s*y développent sans nuire à personne. Celui qui aime la liberté n*y dépend que du ciel ; Tavare en reçoit des présents toujours renouvelés , le guerrier s*y livre à la chasse , le voluptueux y place ses jardins , et le philosophe y trouve à méditer sans sortir de chez lui. Où trouvera-t-on un animal plus utile que le bœuf, plus noble que le cheval, et plus aimable que le chien ? Apporte-t-on des Indes une plante plus nécessaire que le blé et aussi gracieuse que la vigne ? Je préférerais , de toutes les campagnes , celle de mon pays , non pas parce qu'elle est belle , mais parce que j*y ai été élevé. Il est dans le lieu natal un attrait caché, je ne sais quoi d'attendrissant, qu'aucune fortune ne saurait donner, et qu'aucun pays ne peut rendre. Où sont ces jeux du premier âge, ces jours si pleins, sans prévoyance et sans amertume? La prise d'un oiseau me comblait de joie. Que j'avais de plaisir à caresser une perdrix, à recevoir ses coups de bec , à sentir palpiter son cœur et frissonner ses plumes ! Heureux qui revoit les lieux où tout fut aimé , où tout paraît aimable , et la prairie où il courut , et le verger qu'il ravagea ! Plus heureux qui ne vous a jamais quitté , toit paternel , asile saint ! Que de voyageurs reviennent sans trouver la retraite! De leurs amis, les uns sont morts, les autres éloignés; une famille est dispersée; des protecteui's Mais la vie n'est qu'un
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petit Toyage , et l'âge de Thoinnie un jour rapide. J*en veux oublier les orages , )X)ur ne me ressouvenir que des services , des vertus et de la constance de mes amis. Peut-être ces lettres conserveront leurs noms , et les feront survivre à ma reconnaissance ! peut-être iront-elles jusqu'à vous , bons Hollandais du Cap ! Pour toi , nègre infortuné , qui pleures sur les rochers de Tîie Maurice , si ma main , qui ne peut essuyer tes larmes , en fait verser de regret et de re])entir à tes tyrans , je n'ai plus rien à demander aux Indes , j'y ai fait fortune !
{Voyage à i'iie de France,)