PENDANT LA 8 A I NT- B A RTHÉLEM Y
Moy, voyant qu'il cstoit jour, estimant que le danger que ma sœur m*avoit dit fust passé, vaincue du sommeil, je dis à ma nourrice qu'elle fermast la porte , pour pouvoir dormir à mon aise. Une heure après, comme j*estois le plus endormie, voicy un homme frappant des pieds et des mains à la porte, et criant : « Navarre, Navarre! » Ma nourrice, pensant que ce fust lé roy mon mary, court vistement à
la porte. Ce fut un gentilhomme, nommé M. de Téjan , qui avoit un coup d*épée dans le coude et un coup de hallebarde dans le bras, et estoit encores poursuivy de quatre archers, qui entrèrent tous après luy en ma chambre.
Luy, se voulant garantir, se jetta dessus mon lit. Moy, sentant ces hommes qui me tenoient, je me jette à la ruelle, et luy après moy, me tenant tousjours au travers du corps. Je ne connoissois point cet homme, et ne savois s*il venoit là pour m'oiïenser, ou si les archers en vouloient à luy ou à moy. Nous crions tous deux , et estions aussi effrayez Fun que l'autre.
Enfin Dieu voulut que M. de Nançay, capitaine des gardes, y vinst, qui me trouvant en cet estat-là, encore qu'il y eust de la compassion, ne put se tenir de rire, et se courrouça fort aux archers de cette indiscrétion, les fit sortir, et me donna la vie du pauvre homme qui me tenoit, lequel je fis coucher et panser dans mon cabinet jusques à temps qu'il fust du tout guéry. En changeant de chemise, parce qu'il m'avoit toute couverte de sang, M. de Nançay me conta ce qui se passoit, et m'asseura que le roy mon mary estoit dans la chambre du roy, et qu'il n'auroit nul mal. Et me faisant jetter un manteau de nuict sur moy, il m'emmena dans la chambre de ma sœur madame de Lorraine, où j'arrivay plus morte que vive. En entrant dans l'antichambre , de laquelle les portes estoient toutes ouvertes, un gentilhomme
k*). PROSATEURS FRANÇAIS.
nommé Bourse, se sauvant des archers qui le poursuivoîent, fut percé d'un coup de hallebarde, à trois pas de moy. Je tombay de l'autre costé presque évanouïe entre les bras de M. de Nançay, et pensois que ce coup nous eust percez tous deux. Et estant quelque peu remise, j'enlray en la petite chambre où couchoit ma sœur.
DIX-SKPTIEME SIÈCLE.