‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 192 sur 326 · CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND

FraDÇois-Àuguste ) vicomte de Chateaubriand, qui règne sur la littérature française depuis le commencement du siècle, est né à Saint-Malo d'une des plus anciennes familles de Bretagne. Pendant la révolution, il visita les forêts de l'Amérique, d'où il rapporta des couleurs , des tableaux et des effets de style inconnus avant lui. Il débuta à Londres, dans la littérature, par un Essai sur les révolutions, où il cherchait à établir qu'on retrouve dans les révolutions anciennes et modernes les personnages et les principaux traits de la YéWlution française.

Revenu en France , Chateaubriand , encore inconnu , publia , en 4 800 , le Génie du Christianisme , où il se proposait de célébrer les bienfaits de la religion chrétienne, et de ramener l'homme à la foi par la poésie et par le cœur. L'apparition de ce livre est le plus grand événement littéraire de notre siècle. La gloire de l'auteur fut de continuer les efforts de J.-J. Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre en faveur des principes religieux , et d'apporter à cette noble tâche une foi plus chrétienne, une raison plus soumise au joug de l'Évangile. En 1806, Chateaubriand visita l'Orient, et, à son retour, il écrivit V Itinéraire de Paris à Jérusalem, œuvre remarquable de style et de portée historique ; puis il donna les Martyrs, troisième chef-d'œuvre , imitation de la poésie d'Homère et des livres saints, peinture admirable du monde romain et du monde barbare au commencement du quatrième siècle.

Nous devons encore à M. de Chateaubriand des Discours et Eludes historiques; un Abrégé de V histoire de France; le Dernier des Àbencerages, petit poème en prose ; des Voyages en Amé" rique ; le roman des Natchez; des Mélanges: un Essai sur la littérature auglaise; une traduction du Poradis perdu; Y Histoire du Congrès de Vérone ; la Vie de Rancé, etc. Il a composé des Mémoires, qui ne paraîtront qu'après sa mort.

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Sous la Restauration, M. de Chateaubriand a rempli les emplois les plus éminents : il a été ambassadeur à Berlin , à Rome, à Londres, ministre des aiïaires étrangères, etc.

l'espérance.

11 est dans le ciel une puissance divine, compagne assidue de la religion et de la vertu. Elle nous aide à supporter la vie, s'embarque avec nous pour nous montrer le port dans les tempêtes, également douce et secourable aux voyageurs célèbres et aux passagers inconnus. Quoique ses yeux soient couverts d'un bandeau, ses regards pénètrent l'avenir; quelquefois elle tient des fleurs naissantes dans sa main, quelquefois une coupe pleine d'une liqueur enchanteresse; rien n'approche du charme de sa voix , de la grâce de son sourire ; plus on avance vers le tom* beau, plus elle se montre pure et brillante aux mortels consolés. La foi et la charité lui disent ma sœur^ et elle se nomme l'espérance. {Les Martyrs,)

dernier chant de cymodocêe.

Légers vaisseaux de l'Ausonie, fendez la mer calme et brillante I Esclaves de Neptune , abandonnez la voile au souffle amoureux des vents ! Courbez-vous sous la rame agile. Reportez-moi sous la garde de mon époux et de mon père aux rives fortunées du Pamisus.

Volez , oiseaux ée Libye , dont le eeu flexible se

DIX-NEUVIÈMK SlËCLK. 447

courbe avec grâce , volez au sommet de Tlthome, et dites que la fille d* Homère va revoir les lauriers de la Messénie !

Quand retrouverai-je mon lit d'ivoire , la lumière si chère aux mortels, les prairies émaillées de fleurs qu'une eau pure arrose, que la pudeur embellit de son souffle? J'étais semblable à la tendre génisse sortie du fond d'une grotte , errante sur les montagnes, et nourrie au son des instruments champêtres : aujourd'hui, dans une prison solitaire, sur la couche indigente de Cérès!...

Mais d'où vient qu'en voulant chanter comme la fauvette je soupire comme la flûte consacrée auK morts? Je suis pourtant revêtue de la robe nuptiale; mon cœur sentira les joies et les inquiétudes materr nelles; je verrai mon fils s'attacher à ma robe, comme l'oiseau timide qui se réfugie sous l'aile de sa mère. Ëh ! ne suis-je pas moi-même un jeune oiseau ravi au sein paternel !

Que mon père et mon époux tardent ^ paraître I Ah ! s'il m'était permis d'implorer encore les Grâces et les Muses ! si je pouvais iaterroger le ciel dans les entrailles de la victime ! Mais j'offense un Dieu que je connais à peine : reposons-nous sur la croix.

{Les Martyrs.)

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