‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 194 sur 326 · UN OURAGAN · texte numérisé non relu

UN OURAGAN

DANS LES DÉSERTS DE l'aRABIE.

Figurez -VOUS des plages sablonneuses, labourées par des pluies de l'hiver, brûlées par les feux de l'été, d'un aspect rougeâtre et d'une nudité affreuse. Quelquefois seulement des nopals épineux couvrent une petite partie de l'arène sans bornes ; le vent tra-

verse ces forêts armées sans pouvoir courber leurs inflexibles rameaux ; çà et là des débris de vaisseaux pétrifiés étonnent les regards , et des monceaux de pierre, élevés de loin en loin , servent à marquer le chemin aux caravanes.

Nous marchâmes tout un jour dans cette plaine. Nous franchîmes une autre chaîne de montagnes et nous découvrîmes une steconde plaine , plus vaste et plus désolée que la première.

La nuit vint. La lune éclairait le désert vide ; on n'apercevait , sur une solitude sans ombre , que l'ombre immobile de noire dromadaire , et l'ombre errante de quelques troupeaux de gazelles. Le silence n'était interrompu que par le bruit des sangliers qui broyaient des racines flétries , ou par le chant du grillon qui demandait en vain, dans ce sable inculte, , le foyer du laboureur.

Nous reprîmes notre route avant le retour de la lumière. Le soleil se leva dépouillé de ses rayons et semblable à une meule de fer rougie. La chaleur augmentait à chaque instant Vers la troisième heure du jour le dromadaire commença à donner des signes d'inquiétude ; il enfonçait ses naseaux dans le sable et soufllait avec violence. Par intervalle l'autruche poussait des sous lugubres; les serpents et les caméléons se hâtaient de rentrer dans le sein de la terre. Je vis le guide regarder le ciel et pâlir. Je lui demandai la cause de son trouble. «Je crains, dit-il, le vent du midi : sauvons-nous! »

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Tournant le visage au nord, il se mit à fuir de toute la vitesse de son dromadaire. Je le suivis : rborriblc vent qui nous menaçait était plus léger que nous.

Soudain, de rextréniité du désert accourt un tourbillon. Le sol, emporté devant nous , manque à nos pas, taHdis que d'autres colonnes de sable, enlevées derrière nous, roulent sur nos pas. Égaré dans un labyrinthe de tertres mouvants et semblables entre eux, le guide déclare qu'il ne reconnaît plus sa route ; pour dernière calamité , dans la rapidité de notre course, nos outres remplies d*eau s'écoulent Haletants, dévorés d'une soif ardente, retenant fortement notre haleine dans la crainte d'aspirer des flammes, la sueur ruisselle à grands flots de nos membres abattus. L'ouragan redouble de rage; il creuse jusqu'aux antiques fondements de la terre, et répand dans le ciel les entrailles brûlantes du désert. Enseveli dans une atmosphère de sable embrasé , le guide échappe à ma vue. Tout h coup j'entends son cri, je vole à sa voix : l'infortuné , foudroyé par le vent de feu , était tombé mort sur l'arène , et son dromadaire avait disparu.

En vain j'essayai de ranimer mon malheureux compagnon ; mes eflbrts furent inutiles. Je m'assis à quelque distance , tenant mon cheval en main , et n'espérant plus que dans celui qui changea les feux de la fournaise d'Azarias en un vent frais et une douce rosée. Un acacia qui croissait dans ce lieu me

DIX-]>îëUYJÈMë siècle. 4àl

servit d'abrL Derrière ce frêle rempart j'attendis la fin de la tempête. Vers le soir le vent du nord reprit son cours; Tair perdit sa chaleur cuisante; les sables tombèrent du ciel et me laissèrent voir les étoiles, inutiles flambeaux qui me montrèrent seulement Timmensité du désert.

{Les l/artyrs, )

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