‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 199 sur 326 · LES TOMBEAUX AÉRIENS · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX AÉRIENS

La jeune mère se leva, et chercha des yeux, dans le désert embelli par Taurore, quelque arbre sur les branches duquel elle pût exposer son fils. Elle choisit un érable à fleurs rouges, tout festonné de guirlandes d*apios , et qui exhalait les parfums les plus suaves. D'une main elle en abaissa les rameaux inférieurs ; de l'autre elle y plaça le corps de son enfant; laissant alors échapper la branche , la branche retourna à sa position naturelle, en emportant la dépouille de Tinnocence, cachée dans un feuillage odorant. Oh I que celte coutume indienne est touchante! Dans leurs tombeaux aériens, ces corps, pénétrés de la substance éthérée , enfoncés dans des touffes de verdure et de fleurs, rafraîchis par la rosée, embaumés par les brises, balancés par elles sur la même branche où le rossignol a bâti son nid et fait entendre sa plaintive mélodie, ces corps ainsi exposés ont perdu toute la laideur du sépulcre. Mais si c'est la dépoujlle d'une jeune fille que la main d'un amant a suspendue à l'arbre de la mort ; si ce sont les restes d'un enfant chéri qu'une mère a placés dans la demeure des petits oiseaux, le charme redouble encore. Arbre américain, qui, portant des corps dans tes rameaux, les éloignes du séjour des hominos, en les rapprochant de celui de Dieu , je me suis arrOté en extase sous ton ombre! Dans ta sublime allégorie, tu me mon^

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trais l'arbre de la vertu ; ses racines croissent dans la poussière de ce monde ; sa cime se perd dans les étoiles du firmament , et ses rameaux sont les seuls échelons par où Thomme , voyageur sur ce globe , puisse monter de la terre au ciel.

{Génie du Christianisme,)

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