‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 200 sur 326 · LA CATARACTE DE NIAGARA · texte numérisé non relu

LA CATARACTE DE NIAGARA

Nous arrivâmes bientôt au bord de la cataracte , qui s'annonçait par d'aiïreux mugissements. Elle est formée par la rivière Niagara, qui sort du lac Érié, et se jette dans le lac Ontario ; sa hauteur perpendiculaire est de cent quarante-quatre pieds : depuis le lac Érié jusqu'au saut , le fleuve arrive toujours en déclinant par une pente rapide ; et , au moment de la chute, c'est moins un fleuve qu'une mer, dont les torrents se pressent à la bouche béante d'un gouffre. La cataracte se divise en deux branches, et se courbe en fer à cheval, lilntre les deux chutes s'avance une île, creusée en dessous, qui pend, avec tous ses arbres, sur le chaos des ondes. La masse du fleuve, qui se précipite au midi , s'arrondit en un vaste cylindre, puis se déroule en nappe de neige , et brille au soleil de toutes les couleurs : celle qui tombe au levant descend dans une ombre effrayante ; on dirait wie colonne d'eau du déluge. IVlille arcs -en-ciel se courbent et se croisent sur l'abîme. L'onde, frappant le roc ébranlé, rejaillit en tourbillons d'écume qui

s'élèvent au-dessus des forêts, comme les fumées d'un vaste embrasement. Des pins , des noyers sauvages, des roches taillés en forme de fantômes, décorent la scène. Des aigles, entraînés par le courant d'air, descendent en tournoyant au fond du gouffre, et des carcajoux se suspendent par leurs longues queues au bout d'une branche abaissée, pour saisir dans Tabîme les cadavres brisés des élans et des ours.

{Génie du Christianisme.)

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