‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 207 sur 326 · JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

JÉRUSALEM

Entre la vallée du Jourdain et les ))laincs de Tldu* mée, s*étcnd une chaîne de montagnes qui commence aux champs fertiles de la Galilée , et va se

DIX-NEUVIÈMK SIÈCLE. 475

perdre dans les sables de F Yémrn. Au centre de ce» montagnes se trouve un bassin aride, fermé de toutes parts par des sommets jaunes et rocailleux ; ces sommets ne s*entr*ouvrent qu'au levant, pour laisser voir le gouffre de la mer Morte et les monta* gnes lointaines de l'Arabie. Au milieu de ce passage de pierres, sur un terrain inégal et penchant, dans l'enceinte d'un mur jadis ébranlé sous les coups du bélier, et fortiûé par des tours qui tombent , on aperçoit de vastes débris ; des cyprès épars, des buissons d'^oès et de nopals, quelques masures arabes pa^ reilles à des sépulcres blanchis, recouvrent cet ama9 de rpines : c'est la triste Jérusalem.

Les maisons de Jérusalem sont de lourdes masses carrées, fort basses, sans cheminées et sans fenê^ très ; elles 3e terminent en terrasses aplaties ou en dômes , et elles ressemblent à des prisons ou à des sépulcres. Tout sera't à l'œil d'un niveau égal, si les clochers des églises, les minarets des mosquées, les cimes de quelques cyprès , et les buissons de nopals ne rompaient l'uniformité du plan. A la vue de ces maisons de pierre , renfermées dans un paysage de pierres, on se demande si ce ne sont pas là les monuments confus d'un cimetière au milieu d'un désert.

Entrez dans la ville , rien ne vous consolera de la tristesse extérieure : vous vous égarez dans de petites rues non pavées , qui montent et descendent sur un sol inégal , et vous marchez dans des flots de poussière ou parmi des ca lloux roulants. Des toiles jetées

d'une maison à l'autre augmentent Tobscurité de ce labyrinthe; des bazars voûtés et infecls achèvent d'ôter la lumière à la ville désolée ; quelques chétives boutiques n'étalent aux yeux que la misère ; et souvent ces boutiques mêmes sont fermées, dans la crainte du passage d'un cadi. Personne dans les rues , personne aux portes de la ville ; quelquefois seulement un paysan se glisse dans l'ombre, cachant sous ses habits le fruit de son labeur, dans la crainte d*être dépouillé par le soldat; dans un coin à l'écart , le boucher arabe égorge quelque bête suspendue par les pieds à un mur en ruines; 5 l'air hagard et féroce de cet homme , à ses bras ensanglantés, vous croiriez qu'il vient plutôt de tuer son semblable que d'immoler un agneau.

{Itinéraire de Paris à JérusaUvn.)

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