‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 212 sur 326 · UNE ÉRUPTION DU VÉSUVE · texte numérisé non relu

UNE ÉRUPTION DU VÉSUVE

Le feu du torrent est d'une couleur ft^nébre ; néanmoins , quand il br(Ue les vignes ou les arbres , on en voit sortir une flamme claire e( brillante ; mais la lave même e$( sombre , telle qu'on se représente un fleuve de l'Enfer ; elle roule lentement comme un sable noir le jJQur , et rouge la nuit 0n entend , quand elle approche , un petit bruit d'étincelles , qui fait d'autant plus de peur qu'il est léger , ^\ que la

rose semble se joindre à la force : le tigre royal arrive lentement , secrètement, à pas comptés. Cette lave avance , avance , sans jamais se hâter , et sans perdre un instant ; si elle rencontre un mur élevé , un édifice quelconque qui s'oppose à son passage , elle s*arrête, elle amoncelle devant Fobstacle ses torrents noirs et bitumineux, et Tenscvelit enfin sous ses vagues brûlantes. Sa marche n*est point assez rapide pour que les hommes ne puissent pas fuir devant elle; mais elle atteint, comme le temps, les imprudents et les vieillards, qui, la voyant venir lourdement et silencieusement , s'imaginent qu'il est aisé de lui échapper. Son éclat est si ardent , que , pour la première fois, la terre se réfléchit dans le ciel , et lui donne l'apparence d'un éclair continuel; ce ciel , à son tour , se reflète dans la mer , et la nature est embrasée par cette triple image de feu.

Le vent se fait entendre et se fait voir par des tourbillons de flamme dans les gouffres d'où sort la lave. On a peur de ce qui se passe au sein de la terre, et Ton sent que d'étranges fureurs la font trembler sous nos pas. Les rochers qui entourent la source de la lave sont couverts de soufre, de bitume, dont les couleurs ont quelque chose d'infernal. Un vert- livide, un jaune-brun , un rouge-sombre , forment comme une dissonance pour les yeux et Umrmentent la vue.

Tout ce qui entoure le volcan rappelle l'Enfer, et les descriptions des poètes sont sans doute empruntées de ces lieux. C'est là que l'on conçoit comment

les hommes ont cru à Texistence d'un génie malfaisant qui contrariait les desseins de la Providence. On a dû se demander , en contemplant un tel séjour , si la bonté seule présidait aux phénomènes de la création , ou bien si quelque prirfcipe caché forçait la nature , comme l'homme , à la férocité.

[CoHnne, )

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