UNE VISITE AUX TRAPPISTES DE FRIBOURG
Le nouveau père-abbé des trappistes établis dans les vallées du canton de Fribourg a encore ajouté aux austérités de Tordre. On ne peut se faire une idée des souffrances de détail que Ton impose aux religieux; on va jusqu'à leur défendre, quand ils sont debout plusieurs heures de suite, de s'appuyer contre la muraille, d'essuyer la sueur de leur front; enfm on remplit chaque instant de leurs jours par la douleur, comme les gens du monde le font par la jouissance. Rarement ils deviennent vieux , et les religieux li qui ce lot échoit en partage le considèrent comme une punition du ciel. Un pareil établissement serait une barbarie si l'on forçait d'y entrer, ou si l'on dissimulait en rien tout ce qu'on y souffre. Mais on distribue à qui veut le lire un écrit imprimé dans lequel on exagère plutôt qu'on adoucit les rigueurs de l'ordre; et cependant il se trouve des moines qui veulent s'y vouer, et ceux qui sont reçus ne s'échappent point, bien qu'ils le puissent sans la moindre difficulté. Tout repose, à ce qu'il m'a paru, sur la puissante idée de la mort ; les institutions et
les amusements de la société sont destinés dans le monde à tourner notre pensée uniquement vers la vie; mais quand la contemplation de la mort s'empare à un certain degré du cœur de Tbomme, et qu*il s'y joint une ferme croyance à l'immortalité de Tâme , il n'y a pas de bornes au dégoût qu'il peut prendre pour tout ce qui compose les intérêts de la terre ; et les souffrances paraissant le chemin de la \ie future, on est avide d'en avoir, comme un voyageur qui se fatigue volontiers pour parcourir plus vite la route qui conduit au but de ses désirs. Mais ce qui m'étonnait et m'attristait en même temps , c'était de voir des enfants élevés avec cette rigueur; leurs pauvres cbeveux rasés, leurs jeunes visages déjà sillonnés, cet habit mortuaire dont ils étaient revêtus avant de connaître la vie , avant de l'avoir abdiquée volontairement, tout me révoltait contre les parents qui lés avaient placés là. Dès qu'un pareil état n'est pas adopté par le choix libre et constant de celui qui le professe, il inspire autant d'horreur qu'il faisait naître de respect. Le religieux avec qui je m'entretenais ne parlait que de la mort ; toutes ses idées tenaient d'elle ou s'y rapportaient : la mort est le souverain monarque de ce séjour. Comme nous nous entretenions des tentations du monde, je dis au père trappiste combien je l'admirais d'avoir ainsi tout sacrifié pour s'y dérober. « Nous sommes des .poltrons, me dit-il, qui nous sommes retirés dans mie forteresse parce que nous ne nous sentions pas
ftlp PRO^ATEUna FRAHÇilS.
te CQurage de noqg battre en plaine, t Catte réponaa ^^it aussi spirituelle que modeste.
{Diifi annipê 4'exii.)