‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 22 sur 326 · ATTILA ET LES FLÉAUX DE MEU · texte numérisé non relu

ATTILA ET LES FLÉAUX DE MEU

Il devait i)érjr, cet homme fatal, il devait p<5rir, dès le premier jour de sa conduite, par uuc telle entreprise ; mais Dieu voulut se servir de lui pour punir le genre humain et tourmenter le monde : la justice de Dieu voulait se venger, et avait choisi cet homme pour être le ministre de ses vengeances. La raison concluait qu*il tombât d'abord parles maximes qu'il a tenues ; mais il est demeure long-temps debout par une raison plus haute qui Ta soutenu. Il a été afiermi dans son pouvoir par une force étrangère et qui n'était pas de lui , par une force qui appuie la faiblesse , qui arrête les chutes de ceux qui se précipitent, qui n'a que faire des bonnes maximes pour conduire les bons succès. Cet homme a duré pour travailler au dessein de la Providence. Il pensait exercer sa passion , il exécutait les arrêts du ciel. Avant de se perdre, il a eu le loisir de perdre les peuples et les états , de mettre le feu aux quatre coins ie la terre , de gâter le présent et l'avenir par les maux qu'il a faits ^ par les exemples qu'il a laissés.

Un peu cC esprit et beaucoup (V autorité , c'est ce qui a presque toujours gouverné le monde , quelquefois avec succès , quelquefois non j selon Thumeur du siècle , selon la disposition des esprits» plus farouches ou plus apprivoisés;

Mais il faul toujours en venir là. Il est très- vrai qu'il y a toujours quelque chose de divin , disons davantage , il n'y a rien que de divin dans les maladies qui travaillent les états. Ces disi)ositions, cette humeur, cette fièvre chaude de rébellion , cette léthargie de servitude , viennent de plus haut qu'on ne s'imagine. Dieu est le poète , et les hommes ne sont que les acteurs.

Ces grandes pièces qui se jouent sur la terre ont été composées dans le ciel, et c'est souvent un faquin qui doit en être l'Atrée ou l'Agamennon.

Quand la Providence a quelque dessein , il ne lui importe guère de quels instruments et de quels moyens elle se serve. Entre ses mains , tout est foudre, tout est tempête, tout est déluge, tout est Alexandre ou César.

Dieu dit lai-méme de ces gens-là « qu'il les envoie en sa colère, et qu'ils sont les verges de sa fureur. » iMais ne prenez pas ici l'un pour l'autre : les verges ne frappent ni ne blessent toutes seules ; c'est l'envie, c'est la colère, c'est la fureur qui rendent les verges terribles et redoutables.

Cette main invisible donne les coups que le monde sent; il y a bien je ne sais quelle hardiesse qui menace de la part de l'homme ; mais la force qui accable est toute de Dieu.

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