‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 21 sur 326 · BAUAG AU CARDINAL DE LA VALETTE · texte numérisé non relu

BAUAG AU CARDINAL DE LA VALETTE

Monseigneur,

L'espérance qu*Qn me donne depuis trois mois que vous devez passer tous les jours en ce pays m'a empêché jusqu'ici de vous écrire , et de me servir de ce seul moyen qui me reste de m'approcher de votre personne.

A Rome , vous marcherez sur des pierres qui ont

/,f, PROSATEURS FRANÇAIS.

été les dieux de César et de Pompée ; vous considérerez les ruines de ces grands ouvrages , dont la vieillesse est encore belle , et vous vous promènerez tous les jours parmi les histoires et les fables ; mais ce sont des amusements d*un esprit qui se contente de peu , et non pas les occupations d'un homme qui prend plaisir de naviguer dans Forage. Quand vous aurez vu le Tibre, au bord duquel les Romains ont fait l'apprentissage de leurs victoires, et commencé le long dessein qu'ils n'achevèrent qu'aux extrémités de la terre; quand vous serez monté au Capitole , où ils croyaient que Dieu était aussi présent que dans le ciel, et qu'il avait enfermé le destin de la monarchie universelle; après que vous aurez passé au travers de ce grand espace qui était dédié aux plaisirs du peuple , je ne doute point qu'après avoir regardé encore beaucoup d'autres choses vous ne vous lassiez à la fin du repos ai de la tranquillité de Rome.

Il est besoin , pour une infinité de considérations importantes , que vous soyez au premier conclave , et que vous vous trouviez à cette guerre qui ne laisse pas d'être grande pour être composée de personnes désarmées. Quelque grand objet que se propose votre ambition , elle ne saurait rien concevoir de si haut que de donner en môme temps un successeur aux consuls , aux empereurs et aux apôtres , et d'aller faire de votre bouche celui qui marche sur la tôle des rois et qui a la conduite de toutes les .^mos.

DlX-SEPTlEMii SIÈCLE. 47

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