HISTOIRE DES SEPT DORMANTS
Sous Tempire de Docius , sept jeunes nobles d'JË* phèse, chrétiens et persécutés, se cachèrent dans une caverne pour éviter la mort : le tyran la fit murer. Dieu, protégeant ces jeunes martyrs, les plongea dans un profond sommeil, qui dura 187 ans (250-/i37) , et qui finit lorsque Pulcbérie et Théodose II occupaient le trôqe d*Orient. A cette épqque, te propriétaire de la montagne odi «e trouvait cette caverne en fait extraire des pierres pour construire un bâtiment Le jour pénètre dans le souterrain. Les s^pt dormeurs s'éveillent , croyant ne s*être reposés que quelques heures. Jamblius, l'un d*eux, se charge d'aller à la ville chercher des provisions. Il ne reconnaît plus ni l'aspect de la contrée, ni les traits de ses habitants; il approche d'Éphèse, et voit, avec autant de joie que de surprise, la croix briller sur le faite des temples. En entrant chez un boulanger, il étala , pour le payer, plusieurs pièces de monnaie frappées au coin de Décius. Le boulanger fi'en étonne, les voisins accourent , la multitude s'attroupe : on le traîne devant le juge , croyant qu'il a découvert un trésor. Son récit parait une impQsture ; cependant on envoie chercher ses compagnons. La candci^r de laurs ré|)onscs , les détails de l'histoire qu'ils racontent, pt l'accord qui règoe dans leurs discours, peri^dent les plus incrédule!^ ; çitgn le p^e, \^ ma-
DIX-NEUVIÈME SIÈCLB. 613
gi&trats, révoque et Tempereur Théodose lui-même, convaincus que ces hommes saints sommeillaient en effet depuis près de deux siècles, s'humilient devant lîl puissance de Dieu, et se prosternent aux pieds des sept martyrs, qui expirent tous ensemble, après avoir donné leur bénédiction aux spectateurs de P^t ip^ concevable prodige, {Histoire rûmaine.)
PIERRE-LE-GRAND ET MENZIKOVe.
Le faineux Menzikow avait exposé ses joyrs dans un combat , et versé son sang pour défendre la viç de sop maître Piçrre-le-Grand. Ce fayori joig^^it à de brillantes qijalités de grands défauts ! s^ cupidité^ comme son ambitJQn, était sans borues; il ^vait détourné à son profit de fortes sommes destiqées ^wi^ besoins publics. Étant parti de Pétershourg à la suite de l'empereur, qui se rendait avec upe extrême diligence à Astracan dans le dessein de surprendre cette ville et de l'investir, il apprit en rQUte qu'on l'avait dénoncé, et que le monarque était pleinement instruit des vols et des concussions de son ministre. Le silence et l'air sombre du prince, dont il connaissait l'inflexible sévérité , lui annoncent sa disgrâce ; il se croit déjà précipité du faîte des honneurs dans l'opprobre et dans la misère ; les déserts de la Sibérie , la solitude d'un long exil , la hache qui menace sa tête , frappent tour à tour son imagination ; son sang s'allume, une fièvre maligne se déclare ; il s'ar-
réte dans une misérable chaumière , et y reste trois semaines plongé dans un effrayant délire. Enfin il se réveille et porte autour de la cabane ses regards inquiets ; tout paraît Tavoir abandonné, un seul homme est près de lui, un seul homme le soigne, une seule Toix lui adresse des paroles consolantes : cette voix , c'est celle de son prince ; cet homme , c'est Pierrele-Grand.
Cette vue inopinée lui rend la vie et la force ; de brûlantes larmes inondent son visage ; il tombe aax pieds du monarque , qui le relève. • Grand Dieu ! s'écrie-t-il, sire, c'est vous ! — Oui, depuis trois semaines je n'ai pas quitté ce lit. — Quoi , vous m'aimez encore I quoi, vous m'avez pardonné I vous n'avez pas prononcé la mort d'un coupable ! — Malheureux! dit Pierre en l'embrassant, pouvais -tu croire que j'oublierais que tu m'as sauvé la vie? » Un si noble trait ne rachète-t-il pas tous les défauts reprochés à un empereur qui dut ses vertus à lui seul, ses vices à son siècle, et sa gloire à son seul génie? Au fond d'une âme vraiment grande, la vertu qu'on est le plus certain de trouver, c est la reconnaissance.
{Mémoires.)