‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 232 sur 326 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Un homme a passé au milieu de nous, qui, né, ce semble , avec le pressentiment secret de son élévation future, est arrivé, par une suite d'événements inouïs, jusqu'au faîte de la grandeur et de la puissance. Jamais peut-être la Providence n'a montré dans un plus grand jour tout ce qu'elle peut , soit pour élever un faible mortel, soit pour le perdre et le précipiter, malgré tous ses efforts aGn d'échapper à sa rume. Pour mieux faire éclater son action toute divine, elle va prendre un homme obscur, au sein d'une famille ignorée, au milieu d'une des régions les plus incultes de l'Europe : et voilà qu'il est donné à cet homme de se signaler entre tous les capitaines de son temps par vingt années de victoires incroyables, de fouler à son gré les peui)lcs et les rois , de s'asseoir lui-même sur le plus beau de tous les trônes, et de s'allier enfin au sang le plus auguste de la terre* Sa vie politique et guerrière développe en lui des qualités extraordinaires, qui jettent dans l'étonnement plutôt qu'elles n'excitent l'admiration, mais qui ont toujours l'infaillible et malheureux pouvoir de

subjuguer l'esprit des peuples. S'il manque de celte magnanimité sans laquelle on ne saurait être un grand homme , on est forcé de reconnaître qu'il eut éminemment tout ce qu'il fallait pour devenir un des hommes les plus célèbres de l'univers, une vigueur de santé que rien n'altère , une force d'esprit que rien ne fatigue , une inflexibilité de pensée que rien ne fait mollir, une passion de dominer que rien ne rassasie : tout cela contribue à faire de lui un des instruments les plus terribles dont la Providence se soit servie pour châtier les peuples et les rois. Il faut que tout soit pris dans les pièges de sa politique, ou tombe sous les coups de ses mains victorieuses. Par lui, les sceptres sont brisés, les rois sont captifs, les générations exterminées, les peuples asservis, la religion et ses ministres opprimés, et l'Europe, muette en sa présence, demeure immobile de saisissement et d'épouvante.

(3* Discours sur ta révolution française.)

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