LE NIL
Le Mil offre aux voyageurs un merveilleux spèc<tacle, soit qu'on ne considère que lo volume de ses
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eaux i soit qu'on examine les phénomènes qui accompagnent son cours. J'ai vu naguère les sources du Scamandre , les rives du Simoîs , Tembouchure du Granique , et le lit poudreux de l'Ilissus et du Géphise ; tous ces fleuves si renonunés n'auraient pas assez d'eau , surtout dans les chaleurs de l'été , pour remplir un des canaux du Delta; le Nil ne cesse jamais de couler , et c'est dans la saison où la plupart des sources tarissent , lorsque la terre est desséchée par des torrents de feu, que le fleuve d'Egypte enfle ses eaux et sort de son lit ; le Nil, selon l'expression d'un ancien , surpasse le ciel luimême dans la distribution de ses bienfaits, car il arrose la terre sans 1^ secours des orages et des pluies ; le débordement des fleuves est presque toujours un signal de calamités , et répand ordinairement la terreur ; l'inondation du fleuve d'Egypte est au contraire la source de tous les biens , et , lorsqu'il déborde , des bénédictions se font entendre sur ses rives ; ses eaux bienfaisantes , sans recevoir aucun tribut du pays qu'il parcourt , suffisent à tous les besoins des campagnes et des cités , abreuvent tous les animaux , toutes les plantes , remplissent un grand nombre de canaux dont plusieurs ressemblent à des rivières , et se partagent en deux branches principales , qui vont se jeter à la mer ; non- seulement les eaux du fleuve répandent la fécondité , mais le sol même qu'elles fertilisent est leur ouvrage. Vous connaissez la vénération des anciens Égyptiens poqr
le Nil, qu'ils regardaient comme une émanation divine de Knouphis à la tunique bleue et à la tête de bélier ; ils avaient dans leur croyance religieuse un Nil terrestre et un Nil céleste, comme, nous autres chrétiens , nous avons une Jérusalem de la terre et une Jérusalem du ciel; le culte du fleuve divin n'existe plus , mais ses bienfaits nous restent ; et les peuples reconnaissants l'appellent encore le hon NU , nom qu'on a toujours donné à la Providence.
Quelle est l'origine de ce fleuve miraculeux ? C'est une question qu'on fait en vain depuis trois ou quatre mille ans. Cette ignorance des sources du Nil a donné lieu à beaucoup de fables pleines de poésie ; car tel estl'esprit de l'homme, qu'il veut toujours tout savoir, et que , pour lui , il n'y a rien de plus poétique que ce qu'il ne sait pas. De toutes les espérances qu'on avait données au monde savant , de toutes les convictions qui s'étaient formées , il ne reste aujourd'hui qu'une opinion vague et confuse qui place les sources du Nil dans le Gebel-el-Kamar , ou les montagnes de la Lune , à plus de huit cents lieux des embouchures du fleuve.
Cependant les recherches n'ont point été abandonnées , on s'occupe maintenant de nouvelles tentatives ; je dois vous dire que , pour mon compte , j'attends fort paisiblement les i ésultats de ces grandes entreprises : si les nouveaux efforts des voyageurs sont couronnés d'un plein succès , je jouirai de la découverte , et j'applaudirai de tout mon cœur à
ceux qui l'auront faite. Si on ne découvre rien de ce qu'on a vainement cherché jusqu'à présent, l'ignorance où nous resterons aura aussi ses charmes ; car le Nil , avec ses sources toujours mystérieuses , ressemblera encore pour nous à la Divinité, qui ne se manifeste que par ses bienfaits , et ne cessera point de nous rappeler le temps où il était dieu. (Correspondance d^Orient.)