‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 253 sur 326 · CONFIANCE EN DIEU · texte numérisé non relu

CONFIANCE EN DIEU

Un jour Bernardin assistait à la toilette de sa mère on se réjouissant de raccompagner à la proo^enade;

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tout h coup il fut accusé d'une faute assez grave par une bonne fille nommée Marie Talbot, dont, malgré cette aventure , il conserva toujours ie plus touchant souvenir. Il avait alors près de neuf ans, et il était fort dovLTi à cet âge. Encouragé p^r son inpocence, il se défendit d'abord avec ^ssez de tranquillité ; mais comme toutes les apparences étaient contre lui, et qu'on refusait de croire à sa justification, il finit par s'emporter jusqu'à donner un démenti à sa boune. Madame de Saint- Pierre , étonnée d'une vivacité qu'elle i^e lui avait point encore vue , crut devoir ]e punir en le privant de la promenade, et, comme il ne cessait de l'importuner par ses larmes et ses protestations, elle prit le parti de s'en débarrasser en l'enfermant seul dans une chambre. Trompé dans l'attente d'un plaisir, condamné pour une faute dont il n'était pas coupable, tout son être se révolta contre l'injustice de sa mère. Dans cette extrémité , il se mit à prier avec une confiance si ardente , avec des élans de cœqr si passipnnés qu'il li^i sem))lait à tout moment que le ciel allait faire éclater son innocence par quelque grand miracle. Cependant l'heure de la promenade s'écoulait, et le miracle ne s'opérait pas. Alors le désespoir s'empare du pauvre prisonnier; il murmure contre la Providence ; il accuse sa justice, et bientôt , dans sa sagesse profonde , il décide qu'il n'y a pas de Dieu. Assis auprès de cette porte que ses prières n'avaient pu faire tomber, il s'abîmait dans pette pensée avec une incroyable amertume

58'i PROSATFJjRS FRANÇAIS.

lorsque, le soleil perçant les nuage8 qui depuis le matin attristaient l'atmosphère, un de ses rayons vint frapper la croisée que le petit incrédule contemplait avec tant de tristesse. A la vue de cette clarté si vive et si pure, il sentit tout son corps frissonner, et, s'élançant vers la fenêtre par un mouvement involontaire, il s*écria avec Taccent de l'enthousiasme : « Oh ! il y a un Dieu ! » puis il tomba à genoux et fondit en larmes.

Ce qu'il fut dans son enfance , il \e fut toute sa vie. Jamais les beautés de la nature ne le trouvèrent insensible ; elles éveillèrent ses premières émotions , elles eurent ses dernières pensées.

(Essai sur ia vie de Bernardin de Saint- Pierre, )

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