‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 260 sur 326 · ROUTE DE BRIGHTON A LONDRES · texte numérisé non relu

ROUTE DE BRIGHTON A LONDRES

La propreté recherchée des villes d'Angleterre est si connue, qu'en arrivant à Brigbton je m'étonnais d'être forcé de ni'étonner. Qu'on suppose un assemblage de décorations pleines de grâce et de légèreté comme celles que l'imagination désirerait dans un théâtre magique, et on aura quelque idée de notre première station. Brighton n'offre d'ailleurs aucun monument digne de remarque, à moins qu'on ne donne ce nom au palais du prince-régent , qui est construit dans le genre oriental, et probaMement sur le plan de quelque édifice de l'Inde. Il y a peu d'harmonie entre ce style levantin et de jolies bastides à l'italienne , élevées sous un efet s^entrional; mais c'est le sceau d'une puissance qui étend son sceptre sur une partie de l'Orient, et qui en tire ses principaux éléments de prospérité. Cette incohérence ne va pas mal, au reste, dans un tableau d'illusions. La féerie n'est .pas soumise à la règle des unités.

J'ai continué mon voyage par un chemin sans ornières, sans embarras, sans cahots, dans une voiture commode, élégante, ornée avec goôt, que traînaient, ou plutôt qu'enlevaient quatre chevaux superbes, tous pareils, tous do mêoie pa^, qui dévoraient l'espace en rongeant des ndon^ d'un pdi éclatant, et en frémissant sous des hamate d'ane

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simplicité noble et riche. Un cocher à livrée les dirigeait ; un jockey, d*nne figure et d'une tournure chanuantes, excitait leur ardeur. De deux lieues en deux lieues, des postillons attentifs, point grossiers, point impertinents et point ivres, venaient remplacer Tattelage par des chevaux frais, toujours semblables aux premiers , et qu'on toyait de loin frapper la terre, comme pour solliciter la carrière promise à leur impatience. Quoique le trajet ne soit pas long, il n'est point de prévenances délicates dont les enchanteurs qui me conduisaient ne se soient avisés pour Tembellir. A moitié chemin, un majordome officieux m'a introduit dans un salon magnifique, où étaient servis toutes sortes de rafraîchissements : un thé Umpide qui perlait dans la porcelaine ; un porter écumeux qui bouillonnait dans l'argent; et, sur une autre table, des mets choisis, copieux, variés, qu'arrosait le porto. Après cela, je me suis remis en route, et les courdcrs empressés... Mais il est peut-être temps de reprendre haleine, et de dire, en termes plus positifs, que l'Angleterre est le premier pays du monde pour ses chevaux , ses voituros publiques et ses auberges. L'équipage magnifique dont je viens de parler, c'était le coche ; et ce caravanseraï des Mille et une Nuits , c'était un café sur le grand chemin, On comprendrait facilement, aux environs de Londres, l'erreur de don Quichotte, qui prenait les hôtelleries pour des châteaux.

De Brighlon à Londres, il n'y a au fait qu'une rue

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de vingt lieues, bordée de parcs, de jardins, de riantes métairies , de jolies maisons de campagne , de charmants pavillons tapissés du haut en bas d'une tenture de roses , et précédés de cours ou de terrasses toutes couvertes de frais ombrages sous lesquels dansent de jeunes filles qui donneraient des regrets à Raphaël. Le premier âge est chai'raant partout. Il est ravissant en Angleterre. C'est presque une rareté qu'une beauté médiocre au-dessous de seize ans.

{Promenade de Dieppe aux montagnes (V Ecosse.)

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