‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 263 sur 326 · LAMENNAIS · texte numérisé non relu

LAMENNAIS

Robert-Félicité db Lamennais est né à Saint-Malo, d'une famille noble. Il se destina de bonne heure à Tétat ecclésiastique. A trente-cinq ans, il révéla son génie par VEsaai tur V Indifférence religieuse. Chateaubriand avait rappelé rhomme à la foi par le cœur, par le sentiment. Lamennais entreprend de vaincre la raison de l'incrédule , et de l'amener à croire par l'intelligence. Armé d'une logique de fer, il broie toutes les doctrines philosophiques du dix -huitième siècle. Son style, nerveux et plein d'harmonie, est digne des grands maîtres de notre littérature. L'Emoi sur t Indifférence valut à son auteur le surnom de Père de V Église, qui lui fut donné par le pape. Il fut suivi d'une traduction de l'Imitation , pleine de fraîcheur et de simplicité; du livre de la Religion dans ses rapports avec V ordre civil et pol'tique, attaques violentes contre les libertés de l'Église gallicane , et défense de la suprématie papale ; du livre des Progrès de la Révolution, où les maux de l'humanité sont attribués à l'afTaiblissement de l'idée religieuse.

La révolution de 1830 a exercé une puissante influence sur l'abbé de Lamennais. Il fonda d'abord le journal l'Avenir, pour servir d'organe aux idées catholiques unies aux idées libérales. Ses doctrines ayant été condamnées à Rome, il déclara la guerre à toutes les puissances de la terre dans ses Paroles d'un Croyant. Ce petit volume, véritable évangile démocratique, fidmirable de poésie et de style, Pîçrjta une explosion d'eflthoii-

siasmos et cranathcmos. Depuis, M. de Lamennais a publié les Affaires de Rome, livre plein de tristesse, de souffrance et de douceur ; le Livre du Peuple, espèce de catéchisme populaire, ci) à côté de quelques pages haineuses on trouve une morale pure et consolante, revêtue des formes les plus gracieuses; de l'Esclavage moderne; Amschaspands et Daroands, correspondance entre des génies , qui critiquent avec amertume toutes nos institutions sociales et politiques Dans ^on dernier <M|« vrage, Esquisse d'une Philosophie, l'abbé de Lamennais se sépare de l'Église chrétienne sur la création, sur la Trinité, sur le péché originel, sur l'origine du langage, etc. Il entreprend d'expliquer les mystères ^ t^t^tive insensée , où échouent les plus hautes intelligences. Ce second Bossuet, ce flambeau de la foi, d'abord catholique ultramontain, tombe dans le déisme. La religion chrétienne, qu'il avait proclamée, dans son E^sai êur ffndi/férence, comme l'assemblage et la manifestation de toutei les vérités utiles à l'homme, et, dans le Livre du Peuple, comm^ une religion de liberXé, d'égf^lité e^ d'amour, comme la seule véritable, ne lui parait plus qu'un mensonge, coQune toutes les religions , comme la justice , les lois , la politique. Tous mentent ici-bas : les rois , les grands , les petits , les

prêtres

L'abbé de Lamennais défend ses nouvelles doctrines avec tout le talent et toute l'éloquence qu'il employait jadis k les combattre. 11 déploie dans ses derniers ouvrages tous les trésors de son imagination et de son style. Dans la polémique et dans la littérature proprement dite, aucune voix, excepté celle de Chateaubriand, n'est plus puissante que I9 sienne.

Page 1