COMBAT DE L'ESPRIT ET DE LA CHAIR
Il existe au fond du cœur humain une opposition secrète à la vérité qui gêne ses penchants et humilie son orgueil. Il l'aime et la redoute ; il la désire , la recherche, par une inclination naturelle, comme le principe de son bien-être; et souvent ensuite, las de son joug, il s'irrite de l'avoir trouvée : contradiction singulière que la philosophie seule n'expliquera jamais. Après avoir inutilement fatigué notre esprit, il faut que la religion , suppléant h son impuissance , vienne délier le nœud dont les replis, profondément cachés , échappent également à nos regards et à nos conjectures ; il faut, en un mot, qu'éclairés sur notre condition réelle par une lumière plus vive que celle de notre vacillante raison , l'auteur même de notre
niO PROSATEURS FRANÇAIS.
nature nous révèle la cause des contrariétés qui nous étonnent. Alors seulement le voile tombe , et nous apercevons Tbonmie tel qu'il est : nous découvrons en lui comme deux êtres différents qui se combattent sans cesse et triomphent tour à tour ; Tun épris de tout ce qui est bon, noble et vrai , l'autre enclin à tout ce qui est mal, vil et faux ; l'un s'élançani avec amour vers la vérité et la vertu , l'autre se plongeant avec rage dans le crime et dans l'erreur : et la foi, développant à nos yeux ce mystère de grandeur et de bassesse , nous montre , dans le premier de ces rires, riiomme primitif tel qu'il sortit des mains de Dieu ; et , dans le second , l'homme dégradé , corrompu par une première faute, portant empreinte sur le front la marque indélébile de sa chute , et recevant, avec la vie, un funeste héritage de vicieux penchants et de douleurs, qu'il transmettra de race en race à son dernier descendant. Ainsi, par ce qu'il tient du créateur, l'homme participe aux perfections de la divinité, dont il est l'image : intelligence et amour, un désir infini d'aimer et de connaître l'élève incessamment vers le ciel , où , dans la contemplation de la vérité qui ne meurt point , il goûte comme les douces prémices de sa propre immortalité. La simple apparence du bien le ravit de joie. Imaginez , s'il se peut, une action magnanime, un généreux mouvement qui ne soit pas naturel à son cœur. S'agit-il d'embrasser, pour une noble fin, quelque grand sacrifice; un sublime instinct, plus prompt que la
pensée, le fait palpiter d'allégresse ; il n*hésite point, il ne calcnle point ; il bénit son sort et se dévoue. Que rhumanité, que la conscience parle, aussitôt vous le verrez, le nom sacré de Dieu sur les lèvres, voler chez les peuples sauvages, an bout du monde, pour éclairer ses semblables , soulager leurs maux , adoucir leurs mœurs, pour étendre le saint empire de la vérité ; vous le verrez descendre au fond des cachots, aller au-devant des torturés, pour lui rendre un éclatant témoignage, et mourir avec joie pour IM^parer son tricmiphe.
{Essai sur f Indifférence retigieme.)