‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 268 sur 326 · LA DÉMOCRATIE A ROME · texte numérisé non relu

LA DÉMOCRATIE A ROME

La multitude n'aspirait à rien moins qu'à réaliser le système de l'égalité absolue, qui n'est au fond qu'un système de destruction absolue; car, après avoir détruit la société en détruisant les distinctions sociales , les passions , jalouses des distinctions naturelles que la mort seule eiïace , détruiraient l'homme même , et finiraient par établir sur un soi désert , dans le silence des tombeaux , la lugubre égalité du néant. Très-heureusement pour Rome, les circon-

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Stances vinrent à son secours. Xes nations circonvoisines la sauvèrent en l'attaquant. Elles la forcèrent de songer avant tout à son existence , et de s'emparer de leur territoire. On y envoya des colonies, ce qui eut deux grandes utilités : de réduire le nombre des prolétaires , et de montrer un but extérieur à l'ambition. Si l'orgueil des Romains ne s'était pas» à l'origine , tourné vers la conquête , ce peuple se serait en peu de temps exterminé lui-même. La guerre seule suspendait les dissensions intestines, et la passion du pouvoir cherchant et trouvant au dehors toujours de nouvelles jouissances, Rome subs ste pendant que la terre lui fournit des nations à conquérir. Mais l'univers une fois vaincu , chaque Romain prétendit régner sur l'univers, et d'aSreuses commotions ébranlèrent l'empire jusque dans ses fondements. Il s'était défendu contre tous les peuples, il ne put se défendre lui-même contre sa constitution , contre la doctrine qui en était la base ; et c'est alors que se dévoilèrent pleinement , pour l'éternelle instruction de la société , les effroyables secrets de la souveraineté de l'homme. Je ne sais quelle haine furieuse , sortant impétueusement des profondeurs du cœur humain , et entraînant avec elle tous les crimes, se déborda sur cette nation, condamnée par le ciel à se punir elle-même. Comme ces criminels qu'on exécute sur le lieu de leur délit , ses armées, conduites par la main de Dieu, allaient au loin subir leur jugement dans les coutr ées qu'cUesdévastèrent

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et il n*y eut pas un coin de l'empire où la Providence ne forçât ces farouches adorateurs de la liberté de laisser des monceaux d'ossements, comme des monuments de la sagesse et de la félicité du peuple roi. Mais ce n'était pas seulement sur le champ de bataille et dans la fureur du combat que les citoyens tombaient sous le glaive des citoyens : des listes sanglantes , appendues aux portes du sénat , aux murs des temples , annonçaient chaque jour à des milliers de Romains que le vainqueur leur ordonnait de mourir. On vit même, à cette époque épouvantable, les chefs des factions se céder mutuellement la vie d'un ami , d'un parent , d'un père , et spéculer sur les proscriptions. La soif de l'or se joignant à la soif du pouvoir , on vendait le meurtre , on trafiquait de la mort. EnGn l'empire , fatigué de discordes, vint se reposer dans le sein du despotisme militaire , et quelques monstres dévorèrent tranquillement ce peuple qui avait dévoré le monde.

{Essai sur l'Indifférence, )

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