L\ JUSTICE ET LA CHARITÉ
Ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît, voilà la justice.
Faire pour autrui , en toute rencontre , ce que nous voudrions qu'il fît pôgr nous, voilà la charité.
Un homme vivait de son labeur, lui, sa femme et ses j)etits enfants; et comme il avait une bonne santé, des bras robustes, et qu'il trouvait aisément
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à s'employer, il pouTait sans trop de peine pourvoir à sa subsistance et à celle des siens.
Mais il arriva qu'une grande gêne étant survenue dans le pays, le travail y fut moins demandé, parce qu'il n'offrait plus de bénéfices à ceux qui le payaient, et en même temps le prix des choses nécessaires à la vie augmenta.
L'homme 4e labeur et sa famille commencèrent donc à souffrir beaucoup. Après avoir bientôt épuisé ses modiques épargnes , il lui fallut vendre pièce à pièce ses meubles d'abord, puis quelques-uns même de ses vêtements ; et, quand il se fut ainsi dépouillé, il demeura, privé de toutes ressources , face à face avec la faim. Et la faim n'était pas entrée seule en son logis : la maladie y était aussi entrée avec elle.
Or cet homme avait deux voisins, l'un plus riche, l'autre moins.
Il s'en alla trouver le premier, et il lui dit : « Nous manquons de tout, moi, ma femme et mes enfants : ayez pitié de nous. »
Le riche lui répondit : « Que puis-je à cela? Quand vous avez travaillé pour moi , vous ai-je retenu voire salaire, ou en ai-je différé le payement? Jamais je ne fis aucun tort ni à vous ni à nul autre : mes mains sont pures de toute iniquité. Votre misère m'afflige , mais chacun doit songer à soi dans ces temps mauvais : qui sait combien ils dureront? »
Le pauvre père se lut; et, le cœi^r plçiu d'an-
goisse , il s'en retournait lentement chez lui , lorsqu'il rencontra l'autre voisin moins riche.
Celui-ci , le voyant pensif et triste , lui dit : « Qu'avez-vous ? il y a des soucis sur votre front et des larmes dans vos yeux. »
Et le père , d'une voix altérée , lui exposa son infortune.
Quand il eut achevé : « Pourquoi, lui dit l'autre, vous désoler de la sorte ? Ne sommes-nous pas frères? £t comment pourrais-je délaisser mon frère en sa détresse? Venez, et nous partagerons ce que je tiens de la bonté de Dieu. •
La famille qui souffrait fut ainsi soulagée, jusqu'à ce qu'elle pût elle-même pourvoir à ses besoins.
{Livre du peuple.)