AIDONS-NOUS MUTUELLEMENT
La justice ne suffirait pas aux besoins de Thumanité. Chacun , sous son empire, jouirait à la vérité pleinement de son droit, mais resterait isolé dans le monde , privé des secours et de Taide perpétuellement nécessaires à tous. Un homme manquerait-il de pain, on dirait : Qu'il en cherche; est-ce que je Ven empêche ? Je ne iui ai point enievé ce qui était à iui. Chacun chez soi, et chacun pour soi, — On répéterait le mot de Caïn : 6uls-je chargé de mon frère? 1^ veuve, Torphelin, le malade, le faible seraient abandonnés^; nul appui réciproque, nul bon office désintéressé. Partout Tégoïsme et TindiiTérence. I*lus de liens véritables, plus de souffrances ni de joies partagées, plus. de respiration commune. La vie , retirée au fond de cliaque cœur, s'y consumerait solitaire, comme une lampe dans un tombeau , n'éclairant que les débris de l'homme; car un homme sans entrailles, dénué de compassion, de sympathie, d'amour, qu'est-^e autre chose qu'un cadavre qui se meut?
Et puisque. nous avons besoin les uns des autres, de nous appuyer les>uus sur les autres, comme les
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frêles tiges des herbes des champs que le moindre souffle agite et courbe; puisque le genre humain périrait sans une mutuelle communication des biens que chacun possède individuellement en vertu de la loi de justice, une autre loi est nécessaire à sa conservation , et cette loi est la charité; et la charité, qui forme un seul corps vivant des membres épars de rhumanité, est la consommation du devoir, dont la justice est le premier fondement
Que serait un homme concentré uniquement en lui-mOme par Tégoïsme, ne nuisant à personne directement , et ne servant non plus personne , ne songeant qu'à soi, et ne vivant que pour soi ? Que serait un peuple composé d'individus sans liens, où nul ne compatirait aux maux d'autrui, no se tiendrait obligé d*aider ses frères et de les secourir ; où tout échange de services, tout acte de miséricorde et de pitié ne seraient qu'un calcul d'intérêt; où la plainte de celui qui souffre , les gémissements de la douleur, le sanglot de la détresse , le cri de la faim s'exhaleraient dans les airs comme un vain bruit ?
Ce peuple, semblable aux légers débris abandonnés sur l'aire après que le grain a été recueilli , pourrirait bien vite dans la boue, s'il n'était emporté parl'une de ces tempét&s à qui Dieu ordonne de passer sur ce monde pour le purifier. La nature en* tièrc nous avertit de l'indispensable besoin que tous ont les uns des autres. Le précepte divin du secours mutuel, et du dévouement et de l'amour» nous est
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à chaque instant rappelé par ce que nos yeux voient autour de nous. Lorsque le temps est venu pour elles d'aller chercher en d'autres climats la pâture que le Père céleste leur y a préparée, les hirondelles s*assemblent ; puis, sans se séparer jamais, elles voguent, nautoniers aériens , vers les rivages, où elles se reposeront dans la paix et dans Tabondance. Seule, que deviendrait chacune d'elles? Pas une n'échapperait au péril de la route. Réunies, elles résistent aux vents; l'aile débile une fatiguée s'appuie sur une aile moins frêle. Pauvres pouces petites créatures que le dernier printemps vit éclore, les plus jeunes, abritées par leurs aînées, atteignent sous leur garde le terme du voyage, et, sur la terre lointaine où la Providence les a conduites par-dessus les mers, elles rêvent le nid natal , et ces premières joies , ces joies mystérieuses , ineffables, que Dieu a mises, pour tous les êtres, à l'entrée de la vie.
{Livre du peuple.)