‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 293 sur 326 · THIER · texte numérisé non relu

THIER

Louis-Adolphe Tmiit est le fils d'un serrurier de Marseille. It grand'mère était la soMir de la mère des deux Çhénier. Après de brillantes études , il alla elterelier fortune à Paris. Admis à la rédactioo duo joMroal, il se lit remarquer par la verve et l'audace de aes articles , et par une merveilleuse facilité de style et d'intelligence. Bientôt la publication de VHUioirt de la MÊùlmiicm frmufoiêt lui assura nne des plus belles pontioM littéraires de l'époqua. Le styVSi toi^ourt simple, clair, rapide, animé, souvent pur et élégant, devient nerveux et plein de fbrce toutes les fbls que le sujet l'exige. On reproche à l'auteur d« tendre vers l'école faiMHêiê. Suivent eette éoole, les bits «r« rivés étaient inévitables, les crimes commis devaient nécessairement se commettre, les victimes ont toujours tort et les bourreaux toujours raison. C'est la Justification de tous les fbrfiits révolutionnaires psr la philosophie de l'histoire.

La révolution de 4830 a porté M. Thiers aux affaires. Il est devenu député , ministre de l'intérieur et des affaires étrangères , président du conseil , membre de l'Académie française, etc.

QUALITÉS NÉGESSAIRES A UN CHEF D*ARMÊE.

L*homme appelé à commander aux autres sur les champs de bataille a d*abord, comme dans toutes les professions libérales, une instruction scientifique à acquérir. Il faut qu*il possède les sciences exactes, les arts graphiques, la théorie des fortifications. Ingénieur, artilleur, bon officier de troupes, il faut

DIX-NEUVIÈME SiÈCLE. 679

qu*ii deyienne ea outre géographe, et non géographe vulgaire , qui sait sous quel rocher paissent le Rhin ou le Danube et dans quel bassin ils tombent, mais géographe profond, qui est plein de la carte, de son dessin, de ses lignes, de leur rapport, de leur valeur. Il faut qu'il ait ensuite des connaissances exactes sur la force, les intérêts et le caractère des peuples; qu'il sache leur histoire politique, et particulièrement leur histoire militaire : il faut surtout qull connaisse les hommes , car les hommes à la guerre ne sont pas des machines ; au contraire , ils y deviennent plus sensibles , plus irritables qu'ailleurs , et Tart de les manier d*ane main délicate et ferme fut toujours une partie importante de Tart des grands capitaines. A toutes ces connaissances supérieures, il faut enfin que l'homme de guerre ajoute les connaissances plus vulgaires, mais non moins nécessaires, de Tadmiuistrateur. Il lui faut l'esprit d'ordre et de détail d'un commis; car ce n'est pas tout que de faire battre les hommes, il faut les nourrir, les vêtir, les armer, les guérir. Tout ce savoir si vaste , il faut le déployer à la fois et au milieu des circonstances les plus extraordinaires. A chaque mouvement il faut songer à la veille, au lendemain, à ses flancs, à ses derrières; mouvoir tout avec soi, munitions, vivres, hôpitaux; calculer à la fois sur l'atmosphère et sur le moral des hommes; et tous ces éléments si divers, si mobiles, qui changent , se compliquent sans cesse , les combiner an milieu du froid, du chaud» de la faim et

des boulets. Tandis que vous pensez à tant de choses, le canon gronde, votre tête est uienacéc ; mais ce qui est pire, des milliers d'hommes vous regardent, cherchent dans vos traits Tespérance de leur salut ; plus loin, derrière eux, est la patrie avec des lauriers ou des cyprès ; et toutes ces images, il faut les chasser, il faut penser, penser vite ; car une minute de plus, et la combinaison la plus belle a perdu son à-propos, et au lieu de la gloire, c*est la honte qui vous attend.

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