V. HUGO
Victor-Marie Hugo est né à Besançon en 1802. Son père, alors colonel $ devint général sous l'empire; sa mère était Vendéenne de naissance et de cœur. Cette double origine explique les sympathies du poète pour les grandes choses du passe et pour les grandes pensées de l'avenir, tt. Hugo débuta à qua-
torze ans dans la littérature par phisieurs pièces de vers rpmarquables, entre autres la touchante élégie de la Canadienne, qui aujourd'hui même ne dépare point ses œuvres. A dix-sept et à dix-huit ans , il écrivit le Re'lablissement de la statue de Henri IV, et Moï$e exposé sur le Nil, qui est peut-être une do ses plus belles créations lyriques. En 1822, M. V. Hugo publia ses Odes et Ballades, poésie classique par la forme et empreinte du plus haut enthousiasme religieux et royaliste. Six ans après, il donna les Orientales, poésie capricieuse et fantastique, riche d'images et de coloris, peinture des mœurs orientales de l'Espagne, de la Grèce et de la Turquie d'Europe. Après cette poésie de tumulte, de bruit, parurent, en 4830, les Feuilles d'automne, poésie calme et intime, recueil de vers de famille, du foyer domestique, de la vie privée. C'est peut-être le meilleur ouvrage poétique de M. V. Hugo. Depuis, il a publié hs Chants du crépuscule, peinture de la vie bruyante , sociale et politique ; et les Voix intérieures, qui révèlent l'amour du poète pour la campagne et son talent de peindre le paysage. Outre ces différents recueils de vers , on doit à M. V. Hugo des romans : Han d'Islande, Bug-Jargal, le Dernier jour d'un Condamné, Notre-Dame de Paris, et les drames de Cromwell, Hernani, Marion de Lorine, Marie Tudor, le Roi s'amuse. Lucrèce Borgia, Angelo et Ruy Blas. Dans ses drames comme dans ses romans, on trouve, à côté do morceaux de génie, une foule d'invraisemblances , une violation fréquente de la vérité historique, un style défectueux, des idées étranges , du mauvais goût, et un contraste continuel entre le comique et le tragique, entre le bien et le mal, entre le beau et le laid.
M. V. Hugo est membre de l'Académie française depuis 1840.
ACCROISSEMENT SUCCESSIF DE PARIS jusqu'au quinzième siècle.
Paris est né , comme on sait, dans cette vieille île de la Cité qui a la forme d'un berceau. La grève de cette île fut sa première enceinte , la Seine son pre-
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mior fossé. Paris demeura plusieurs siècles à Tétai d'île, avec deux ponts, l'un au nord , Tautre au midi, et deux têtes de pont , qui étaient à la fols ses portes et ses forteresses : le grand Châtelet sur la rive droite, le petit Châtelet sur la rive gauche. Puis, dès les rois de la première race, trop à Tctroit dans son île, et ne pouvant plus s'y retourner, Paris passa l'eau. Alors , au delà du grand , au delà du petit Châtelet, une première enceinte de murailles ot de tours commença à entamer la campagne des deux côtés de la Seine. De cette ancienne clôture il restait encore au siècle dernier quelques vestiges ; aujourd'hui il n'en reste que le souvenir, et çà et là une tradition, la porte Baudets ou Baudoyer, ]Jorla Bagauda, Peu à peu , le flot des maisons , toujours poussé du cœur de la ville au dehors , déborde , ronge^ use et efface cette enceinte. . Philippe-Auguste lui fait une nouvelle digue, il emprisonne Paris dans une chaîne circulaire de grosses tours , hautes et solides. Pendant plus d'un siècle , les maisons se pressent , s'accumulent et haussent leur niveau dans ce bassin comme l'eau dans uu réservoir. Elles commencent à devenir profondes; elles mettent étages sur étages; elles montent les unes sur les autres ; elles jaillissent en hauteur comme toute sève comprimée , et c'est à qui passera la tête par-dessus ses voisines pour avoir un peu d'air. La rue de plus en plus se creuse et se rétrécit ; toute place se comble et disparaît. Les maisons enfin sautent par-dessus le mur de Philippe
Auguste , et s*éparpillent joyeusement dans la plaine, sans ordre et tout de ti*avers» comme des échappées. Là, elles se carrent, se taillent des jardins dans les champis, prennent leurs aises. Dès 1367, la ville se répand tellement dans le faubourg, qu'il faut une nouvelle clôture, surtout sur la rive droite : Charles V la bâtit. Mais une ville comme Paris est dans une crue perpétuelle. Il n'y a que ces villes-là qui deviennent capitales. Ce sont des entonnoirs où viennent aboutir tous les versants géographiques , politiques, moraux, intellectuels, d'un pays, toutes les pentes naturelles d'un peuple ; des puits de civilisation , pour ainsi dire , et aussi des égouts , où commerce , industrie , intelligence , population , tout ce qui est sève, tout ce qui est vie, tout ce qui est âme dans une nation, filtre et s'amasse sans cesse, goutte à goutte, siècle à siècle. L'enceinte de Charles V a donc le sort de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dès la fm du quinzième siècle , elle est enjambée , dépassée, et le faubourg court plus loin. Au seizième, il semble qu'elle recule à vue d'œil et s'enfonce de plus en plus dans la vieille ville , tant une ville neuve s'épaissit déjà au dehors. Ainsi, dès le quinzième siècle, pour nous arrêter là, Paris avait déjà usé les trois cercles concentriques de murailles , qui , du temps de Julien l'Apostat, étaient, pour ainsi dire , en germe dans le grand Châtelet et le petit Châtelet, La puissante ville avait faii craquer successivement ses quatre ceintures de murs , comme un enfant qui
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grandit et qui crève ses vêtements de Tan passé. Sous Louis XI , on voyait , par places , percer, dans cette mer de maisons, quelques groupes de tours eu ruines des anciennes enceintes, comme les pitons des collines dans une inondation , comme les archipels du vieux Paris submergé sous le nouveau.
{Notre-Dame de Paris,)