LA CHUTE DU JOUR A VENISE
Le soleil était descendu derrière les monts Yicentins. De grandes nuées violettes traversaient le ciel au-dessus de Venise. La tour de Saint-Marc, les coupoles de Sainte-Marie , et cette pépinière de flèches et de minarets qui s'élève de tous les points de la ville, se dessinaient en aiguilles noires sur le ton étincelant de Thorizon. Le ciel arrivait, par une admirable dégradation de nuances , du rouge-cerise au bleu de smalt; et Teau, calme et limpide comme une glace, recevait exactement le reflet de cette immense irisation. Au-dessous de Vepise, elle avait Tair d*un grand miroir de cuivre rouge. Jamais je n'avais vu Venise si belle et si féerique. Cette noire silhouette, jetée entre le ciel et Feau ardente comme dans une merde feu, était alors une de ces sublimes aberrations d'architecture que le poète de TApocalypse a dû voir flotter sur les grèves de Patmos quand il rêvait sa Jérusalem nouvelle et qu'il la comparait à une belle épousée de la veille.
Peu à peu les couleurs s'obscurcirent, les contours devinrent plus massifs , les profondeurs plus mystérieuses. Venise prit l'aspect d'une flotte immense, puis d'un bois de hauts cyprès , où les canaux s'enfonçaient comme de grands chemins de sable argenté. Ce sont là les instants où J'aime à regarder au loin. Quand les formes s'effacent, quand les objets sem-^
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blent trembler dans la brume, quand mon imagination peut s'élancer dans un champ immense de conjectures et de caprices , quand je peux , en clignant un peu la paupière, renverser et bouleverser une cité, en faire uue forêt, uu caipp ou uq cimetière; quaqd je peux méyimorphQsçr en fleuves paisibles le9 grjinils çheuuofli blaucs ^e poussière , et en torrents rapide^ les pçtjts sentiers de sable qui descendent on serpentant sur la sorubre verdure des colUueii, ulors je jouis vraiment de la nature, j'en dispose à uion gré, je règne sur elle, je la traverse d'un regard, je la peuple à mes fantaisies.
{L^ttr^ 4*un voyageur, )