‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 53 sur 326 · LA FRANGE SOUS LE RÈGNE DE LA FRONDE · texte numérisé non relu

LA FRANGE SOUS LE RÈGNE DE LA FRONDE

Que vois-je durant ce temps ? quel trouble, quel affreux spectacle se présente ici à mes yeux? La monarchie ébranlée jusqu'aux fondements ; la guerre civile, la guerre étrangère , a lieu au dedans et au dehors; les remèdes de tous côtés plus dangereux que les maux; les princes arrêtés avec grand pérU, et délivrés avec un péril plus grand encore; ce prince , que Ton regardait comme le héros de son siècle , rendu inutile à sa patrie dont il avait été le soutien , et ensuite, je ne sais comment, contre sa propre inclination, armé contre elle; un ministre persécuté et devenu nécessaire , non-seulement par rimportance de ses services, mais encore par les malheurs où l'autorité souveraine était engagée. Que diraî-je î était-ce là de ces tempêtes par où le ciel a besoin 'de se décharger quelquefois ? et le calme profond de nos jours devait-il être précédé par de tels orages ? ou bien étaient-ce les derniers efforts d'une liberté remuante qui avait cédé la place à l'autorité légitime ? ou bien était-ce comme un travail de la France , prête à enfanter le règne miraculeux de Louis? Non, non, c'est Dieu qui voulait montrer qu'il donne la mort, et qu'il ressuscite; qu'il plonge jusqu'aux enfers, et qu'il en retire; qu'il secoue la terre et la brise, et qu'il guérit en un moment toutes ses brisures.

{Omis, fan, de ta f/rincesse Palatine,)

TCRENNE ET CONDÉ.

Ç*a été, dans notre siècle, un grand spectacle de voir, dans le même temps et dans les mêmes campagnes, ces deux hommes que la voix commune de toute i*£urope égalait aux plus grands capitaines des siècles passés, tantôt à la tête de corps séparés, tantôt unis , plus encore par le concours des mêmes pensées que par les ordres que Tinférieur recevait de Vautre ; tantôt opposés front à front , et redoublant, Tun dans Tautre, Tactivité et la vigilance, conune si Dieu ,- dont souvent , selon TÉcriture , la sagesse se joue dans Tunivers, eût voulu nous les montrer en toutes les formes, et nous montrer ensemble tout ce qu*il peut faire des hommes. Que de campements, que de belles marches , que de hardiesse , que de précautions, que de périls, que de ressources! Viton jamais en deux hommes les mêmes vertus , avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires?

L'un paraît agir par des réflexions profondes , et Tautre par de soudaines illuminations : celui-ci par conséquent plus vif, mais sans que son feu eût rien de précipité; celui-là d*un air froid, sans jamais avoir rien de lent, plus hardi à faire qu*à parler, résolu et déterminé au dedans, lors même quMl paraissait embarrassé au dehors. L'un , dès qu'il paraît dans les armées, donne, une haute idée de sa valeur.

et fait attendre quelque chose d^cxtraordinaire, mais toutefois 'S'avance par ordre, et vient comme par degrés aux prodiges qui ont fmi le cours de sa vie ; l'autre, comme un homme inspiré, dès sa première bataille, s'égale aux maîtres les plus consommés. L'un, par de vife et continuels efforis, emporte l'admiration du genre humain, et fait taire l'envie; l'autre jette d'abord une si vive lumière , qu'elle n'osait l'attaquer. L'un enfin, par la profondeur de son génie et les incroyables ressources de son courage, s'élève au-dessus des plus grands périls, et sait même profiter de toutes les infidélités de la fortune ; l'autre, et par l'avantage d'une si haute naissance, et par ces grandes pensées que le ciel envoie, et par une espèce d'instinct admirable dont les hommes ne connaissent pas le secret , semble né pour entraîner la fortune dans ses desseins, et forcer les destinées. Et, afin que l'on vît toujours dans ces deux hommes de grands caractères, mais divers, l'un, emporté d'un coup soudain, meurt pour son pays, comme un Judas te Machabée; l'armée le pleure comme un père, et la cour et tout le peuple gémissent; sa piété est louée comme son courage, et sa mémoire ne se flétrit point par le temps : l'autre , élevé par les armes au comble de la gloire comme un David, comme lui meurt dans son lit, en publiant les louanges de Dieu et instruisant sa famille, et laisse tous les cœurs remplis tant de l'éclat de sa vie que de la douceur de sa mort. Quel spectacle de

voir et d'étudier ces deux hommes , et d^apprcndrc de chacun d'eux toute Festime que méritait l'autre ! {Orais. fun, du prince (le CotuU.)

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