‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 56 sur 326 · ALEXANDRE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE

Ce prince fit son entrée dans Babylone avec un éclat qui surpassait tout ce que l'univers avait jan^ais vu : et, après avoir vengé la Grèce, après avoir subjugué avec une promptitude incroyable toutes les terres de la domination persienne pour assurer de tons côtés son nouvel empire, ou plutôt pour contenter son ambition, et rendre son nom plus fameux que celui de Bacchus , il entra dans les Indes, où il poussa ses conquêtes plus loin que ce célèbre vainqueur. Mais celui que les déserts, les fleuves et les montagnes n'étaient pas capables d'arrêter, fut contraint de céder à ses soldats rebutés qui lui demandaient du repos. Réduit à se contenter des superbes monuments qu'il laissa sur les bords de TAraspe , il ramena son armée par une autre route que celle qu'il avait tenue, et dompta tout le pays qu'il trouva sur son passage. Il revint à Babylone craint et res-

pccté, non pas comme un conquérant, mais comme un dieu.

Mais cet empire formidable qu*il avait conquis ne dura pas plus long-temps que sa vie, qui fut fort courte. A Tâge de trente-trois ans, au milieu des plus vastes desseins qu*un homme eût jamais conçus, et avec les plus justes espérances d*un heureux succès, il mourut sans avoir eu le loisir d'établir solidement SCS affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas âge, incapables de soutenir un si grand poids. Mais ce qu'il y avait de plus funeste pour sa maison et pour son empire est qu'il laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer que l'ambition et la guen*e. Il prévit à quels excès ils se porteraient quand il ne serait plus au monde : pour les retenu*, et de peur d'en être dédit, il n'osa nommer ni son successeur ni le tuteur de ses enfants ; il prédit seulement que ses amis célébreraient ses funérailles avec des batailles sanglantes , et il expira dans la fleur de son âge, plein des tristes images de la confusion qui devait suivre sa mort.

£n effet, vous avez vu le partage de son empire, et la ruine affreuse de sa maison : son ancien royaume, la Macédoine , tenu par ses ancêtres depuis tant de siècles , fut envahi de tous côtés comme une succession vacante; et après avoir été long-temps la proie du plus fort, il passa enfin à une autre famille. Ainsi ce grand conquérant , le plus renommé et le plus illustre qui fut jamais, a été le dernier roi de sa

race. S*il fût demeuré paisible dans la Macédoine , la grandeur de son empire n'aurait pas tenté ses capitaines, et il eût pu laisser à ses enfants le royaume de ses pères; mais parce qu*il avait été trop puissant, il fut cause de la perte de tous les siens : et Toilà le fruit glorieux de tant de conquêtes.

{Dict, sur t'hisL universeUe.)

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