‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 59 sur 326 · INCRÉDULITÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

INCRÉDULITÉ RELIGIEUSE

Dieu a fait un ouvrage au milieu de nous , qui,détaché de toute autre cause , et ne tenant qu*à lui seul, remplit tous les temps et tous les lieux, et porte par toute la terre avec Timpression de sa main le caractère de son autorité : c*est Jésus-Christ et son Église. Il a mis dans cette Église une autorité seule capable d'abaisser Torgueil , et de relever la simplicité; et qui, également propre aux savants et aux ignorants , imprime aux uns et aux autres un même respect. C'est contre cette autorité que les libertins se révoltent avec un air de mépris. Mais qu'ont*ils vu, ces rares génies, qu'ont-ils vu plus que les autres? Quelle ignorance est la leur ! et qu'il serait aisé de les confondre, si, faibles et présomptueux , ils ne craignaient d'être instruits ! Car pensom-jls avoir mieux vu les difficultés , à cause qu'ils y succombent, que les autres, qui les ont vues, et les ont méprisées? Ils n'ont rien vu; ils n'entendent nen ; ils n'ont pas même de quoi établir le néant auquel ils espèrent après cette vie; et ce misérable partage ne leur est pas assuré. Ils ne savent s'ils trouveront un Dieu propice , ou un Dieu contraire. S'ils le font égal au vice et à la vertu , quelle idole ! Que s'ils ne dédaignent pas de juger ce qu'il a créé, et encore ce qu'il a créé capable d'un bon et d'un mauvais choix i qui leur dira» ou ce qui lui platt»

OU ce qui Toffense, ou. ce qui Tapaisc? Par où ontils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier Être soit iudifîcrent ; et que toutes les religions qu'on voit sur la terre lui soient également bonnes? Parce qu'il y en a de fauses , s'ensuit-il qu'il n'y en ait pas une seule de véritable ; et qu'on ne puisse re« connaître l'ami sincère, parce qu'on est environné de trompeurs? Est-ce peut-être que tous ceux qui errent sont de bonne foi ? L'homme ne peut-il pas, selon sa coutume, s'en imposer à lui-même? Mais quel supplice ne méritent pas les obstacles qu'il aura mis par ses préventions à des lumières plus pures? Où a-t-on pris que la peine et la récompense ne soient que pour les jugements humains, et qu'il n'y ait pas, en Dieu, une justice dont celle qui reluit en nous ne soit qu'une étincelle ? Que s'il est une telle justice, souveraine, et par conséquent inévitable; divine, et par conséquent infinie , qui nous dira qu'elle n'agisse jamais selon sa nature; et qu'une justice infinie ne s'exerce pas enfin par un supplice infini et éternel? Où en sont donc les impies, et quelle assurance ont-ils contre la vengeance éternelle dont on les menace? Au défaut d'un meilleur refuge, iront-ils enfin se plonger dans l'abîme de l'athéisme, et mettront-ils leur repos dans une fureur , qui ne trouve presque point de place dans les esprits? Qui leur résoudra ces doutes , puisqu'ils veulent les appeler de ce nom? Leur raison, qu'ils prennent pour guide, ne présente à leur esprit que des conjectures et des

embarras. Les absurdités où ils tombent, en niant la religion, deviennent plus insoutenables que la vérité dont la hauteur les étonne ; cl , pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles , ils suivent, l'un après Taulre, d'incompréhensibles erreurs. Qu'est-ce donc, après tout, messieurs, qu'est-ce que leur malheureuse incrédulité , sinon une erreur sans fin , une témérité qui hasarde tout , un étourdissement volontaire , et en un mot un orgueil qui ne peut souffrir son remède, c'est-à-dire qui ne peut souffrir une autorité légitime ? Ne croyez pas que l'homme ne soit emporté que par l'intempérance des sens. L'intempérance de l'esprit n'est pas moins flatteuse. Comme l'autre, elle se fait des plaisirs cachés, et s'irrite par la défense. Ce superbe croit s'élever au-dessus de tout, et au-dessus de luimême, quand il s'élève, ce lui semble, au-dessus de la religion qu'il a si long-temps révérée; il se met au rang des gens* désabusés ; il insulte en son cœur aux faibles esprits , qui ne font que suivre les autres sans rien trouver par eux mêmes; et, devenu le seul objet de ses complaisances, il se fait lui-même son Dieu.

{Oraison funèbre de la princesse Palatine,)

Page 1