‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 77 sur 326 · LA DCRETÉ ENVERS LES INDIGENTS · texte numérisé non relu

LA DCRETÉ ENVERS LES INDIGENTS

On accompagne souvent la miséricorde de tant de dureté envers les malheureux; en leur tendant une main sccourable, on leur montre un visage si dur et A sévère qu'un simple refus eût été moins accablant pour eux qu'une charité si sèche et si farouche ; car la pitié qui paraît touchée de leurs maux , les console presque autant que la libéralité qui les soulage. On leur reproche leur force , leur paresse , leurs mœurs errantes et vagabondes; on s'en prend à eux de leiu* indigence et de leur misère, et, en les secourant, on achète le droit de les insulter.

Mais s'il était permis à ce malheureux que vous outragez de vous répondre, si l'abjection de son état n'avait pas mis le frein de la honte et du respect sur

sa langue : « Que me reprochez-vous? vous dirait^!; une vie oiseuse et des mœurs inutiles et errantes? Mais quels sont les soins qui vous occujHînt dans votre opulence? les soucis de Tambition, les inquiétudes de la fortune, les mouvements de la volupté. Je puis être un serviteur inutile : n*ôtes-vou8 pas vous-même un serviteur inûdèle? Ah! si les plus coupables étaient les plus pauvres et les plus malheureux ici-bas, votre destinée aurait-elle quelque chose au-dessus de la mienne? Vous me reprochez des forces dont je ne me sers pas : mais quel usage faites-vous des vôtres? Je ne devrais pas niauger parce que je ne travaille point : mais êtes-vous dispensé vous-même de cette loi? N 'êtes-vous riche que pour vivre dans une indigne mollesse? Ah ! Dieu jugera entre vous et moi; et, devant son tribunal redoutable, on veiTa si vos voluptés et vos profusions vous étaient f^us permises que l'innocent artiGce dont je me sers pour trouver du soulagement à mes peines. »

Offrons du moins aux malheureux des cœurs sensibles à leurs misères : adoucissons du moins, par notre humanité, le joug d0 l'indigence, si la médiocrité de notre fortune ne nous jKîrmet pas d'en soulager tout à fait nos frères. Hélas! on donne dans un spectacle des larmes aux aventures chimériques d'un personnage de théâtre; on honore des malheurs feints d'une véritable sensibilité; ou sort d'une représentation , le cœur encore tout énm du récit de

rinfortunc d'un héros fabuleux ; et volrc frère , que vous rencontrez au sortir de là , couvert de plaies, et qui veut vous entretenir de Texcès de ses peines, vous trouve insensible ! et vous détournez vos yeux de ce spectacle de religion ! et vous ne daignez i)as l'entendre, et vous Téloigncz même rudement et achevez de lui serrer le cœur de tristesse ! Ame inhamainc ! avez-vous donc laissé toute votre sensibilité snr un théâtre? Le spectacle d'un homme souffrant n'oflrc-t-il rien qui soit digne de votre pitié?

{Sermon sur V aumône,)

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