‹ Les prosateurs Français, recueil de morceaux choisisChapitre 79 sur 326 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Sur quoi vous rassurez-vous doncT sur la force du tempérament ? Mais qu'est-ce que la santé la mieux établie? Une étincelle qu'un soufQe éteint; il 06 faut qu'un jour d'infirmité pour détruire le corps le plus robuste du monde. Je n'examine pas après cela si vous ne vous flattez pas vous-même là-dessus; si un corps ruiné par les désordres de vos premiers ans ne vous annonce pas au dedans de vous une réponse de mort ; si des infirmités habituelles ne vous ouvrent pas de loin les portes du tombeau; si des indices fâcheux ne vous menacent pas d'un accident soudain. Je veux que vous prolongiez vos jours au delà même de vos espérances : hélas! ce qui doit finir, mes frères, doit-il vous paraître long? Regardez derrière vous : où sont vos premières années ? Que laissent-elles de réel dans votre souvenir ? pas plus qu'un songe de la nuit. Vous rêvez que vous avez vécu ; voilà tout ce qui vous en reste. Tout cet intervalle qui s'est écoulé depuis votre naissance

jusqu*aiijourd'hui, ce n*est qu*un trait rapide qu'à poine vous avez vu passer. Quand vous auriez commencé à vivre avec le monde, le passé ne vous paraitrait pas plus long ni plus réel. Tous les siècles qui se sont écoulés jusqu'à nous, vous les regarderiez comme des instants fugitifs; tous les peuples qui ont paru et disparu dans Funivers, toutes les révolutions d'empires et de royaumes, tous ces grands événements qui embellissent nos histoires, ne seraient pour vous que les différentes scènes d'un spectacle que vous auriez vu finir en un jour. Rappelez seulement les victoires, les prises de places, les traités glorieux, les magnificences, les événements pompeux des premières années de ce règne. Vous y touchez encore, vous en avez été pour la plupart, non-seulement spectateurs, mais vous en avez partagé les périls et la gloire. Ils passeront dans nos annales jusqu'à nos derniers neveux; mais pour vous, ce n'est plus qu'un songe , qu'un éclair qui a disparu, et que chaque jour efface moine de notre souvenir. Qu'est-ce donc que le peu de chemin qui vous reste à faire ? Croyons-nous que les jours à venir aient plus de réalité que les jours passés ? les années paraissent longues quand elles sont encore loin de nous; arrivées, elles disparaissent, elles nous échappent en un instant, et nous n'aurons pas tourné la tête que nous nous trouverons, comme par un enchantement , au terme fatal qui nous paraît encore si loin et ne devoir jamais arriver. Regardez le

monde tel que tous l'avez vu dans vos pre^li^^os années, et tel que vous le voyez aujourd'hui : une nouvelle cour a succédé à celle que vos premiers ans ont vue ; de nouveaux personnages sont montés sur la scène ; les grands rôles sont remplis par de nouveaux acteurs.

Ce sont de nouveaux événements, de nouvelles intrigues, de nouvelles passions, de nouveaux héros dans la vertu conune dans, le vice, qui font le sujet des louanges, des dérisions, des censures publiques; on nouveau monde s'est élevé insensiblement, et 8ans que vous vous en soyez aperçus, sur les débris du premier. Tout passe avec vous et comme vous; one rapidité que rien n'arrête entraîne tout dans les abîmes de l'éternité; vos ancêtres vous en frayèrent le chemin , et nous allons le frayer demain à ceux qui viendront après nous. Les âges se renouvellent, la figure du monde passe sans cesse, les morts et les vivants se remplacent et se succèdent continuellement; tout change, tout s'use, tout s'éteint JMea seul demeure toujours le même ; le torrent des siècles qui entraîne tous les hommes roule devant ses yeux, et il voit avec indignation de faibles mortels, par ce cours rapide, l'insulter en passant, vouloir faire de ce seul instant tout leur bonheur, et tomber as lortir de là entre les mains de sa colère et de sa IMigaance. {Sermon sur ia mort,)

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