LA MORT DU PÉCHEUR
Alors le pécheur mourant, ne trouvant plus dans le souvenir du passé que des regrets qui Taccablent , dans tout ce qui se passe à ses yeux que des images qui Taffligent, dans la pensée de l'avenir que des horreurs qui Tépouvantcnt, ne sachant plus à qui avoir recours, ni aux créatures qui lui échappent, ni au monde qui s*évanouit, ni aux hommes qui ne sauraient le délivrer de la mort, ni au Dieu juste qu'il regarde comme un ennemi déclaré dont il ne doit plus attendre d'indulgence , il se roule dans ses propres horreurs, il se tourmente, il s'agite pour fuir la mort qui le saisit, ou du moins pour se fuir lui-même. Il sort de ses yeux mourants je ne sais quoi de sombre et de farouche qui exprime les fureurs de son âme ; il pousse du fond de sa tristesse des paroles entrecoupées de sanglots qu'on n'entend qu'à demi, et l'on ne sait si c'est le désespoir ou le repentir qui les a formées. Il jette sur un Dieu crucifié des regards alfreux, et qui laissent douter si c'est la crainte ou l'espérance , la haine ou l'amour qu'ils expriment ; il entre dans des saisissements où l'on ignore si c'est le corps qui se dissout, ou l'âme qui sent l'approche de son juge; il soupire profondément, et l'on ne sait si c'est le souvenir de ses crimes qui lui arrache ses soupirs, ou le désespoir de quitter la vie. Enfin, au milieu de ces tristes
efforts, ses yeux se fixent, ses traits changent, son visage se défigure, sa bouche livide s*cntr*ouvre d'elle-même , tout son esprit frémit, et par ce dernier effort son âme infortunée s*arrache comme à regret de ce corps de boue, tombe entre les mains de Dieu , et se trouve seule au pied du trihimal redoutable. {Sermon sur ia mort du pccheur,)