ET LES AMBASSADEURS ANGLAIS
Ce prince était en Hollande à apprendre luî-mème et (I pratiquer la construction des vaisseaux. Bien qulncognito, suivant sa pointe, et ne vcftilant point s^ifl€omino4or de sa grandeur ni et sa personne , 11 w
faisait pourtant tout rendre , mais à sa mode et à sa façon.
Il trouva sourdement mauvais que l'Angleterre ne se fût pas assez pressée de lui envoyer une ambassade dans ce prodie voisin^e, d'autant que, sans se commettre, il avait fort envie de lier avec elle pour )e commerce. Enfin l'ambassade arriva : il différa de lui donner audience , puis donna le jour et l'heure, mais à bord d'un gros vaisseau hollandais qu'il devait aller examiner. Il y avait deux ambassadeurs qui trouvèrent le lieu sauvage ; mais il fallut bien y passer. Ce fut bien pis quand ils furent arrivés à bord. Le czar leur fit dire qu'il était à la hune, et que c'était là où il les verrait. Les ambassadeurs, qui n'avaient pas le pied assez marin pour hasarder les édielies de corde , s'excusèrent d'y monter : le czar insista, et voilà les ambassadeurs fort troublés d'une propositioD si étrange et si opiniâtre ; à la fin , à quelques réponses brusques aux derniers messages , ils sentirent bien qu'il fallait sauter ce fâcheux bâton, ils montèrent Dans ce terrain si serré et si fort au milieu des airs, le czar les reçut avec la même majesté que s'il eût été sur son trône : il écouta la harangue , répondit obligeamment pour le roi et sa nation , puis se moqua de la peur qui était peinte sur le visage des ambassadeurs , et leur fit sentir en riant que c'était la punition d'être arrivés trop tard auprès de lui {Mémairc9.)