‹ Les protestants a la cour de Saint-GermainChapitre 3 sur 7 · IG · texte numérisé non relu

IG

y> sez exprimer combien j'ay esté resj oui..., voyant comment Dieu » avoit puissamment besongnéen vous, en peu d'heures... Je vous )) prie de priser la miséricorde de Dieu comme elle mérite, non- D seulement à ce qu'il vous a pour un coup retiré des ténèbres )) de mort pour vous faire voir la clarté de vie en son fils, )) lequel est le vray soleil de justice, mais aussi de ce qu'il vous a y> imprimé la foy de. son Évangile au fond du cœur, en y donnant y> une racine visve, pour produire les fruits qu'elle doibt. » Ces fruits, l'âme émue de la jeune reine aspirait à les produire au sein de la cour de France, vers laquelle elle s'avançait résolument en chrétienne.

On venait d'apprendre, non sans une vive émotion, qu'en tra versant Orléans elle s'était rendue à une assemblée tenue par les protestants de cette ville, et qu'elle y avait fait publiquement une profession solennelle de sa foi (i). Le 29 août, le roi de Navarre, le prince de Condé et l'amiral se rendirent au-devant d'elle; peu après elle entrait au château de Saint-Germain, accompagnée de ses enfants, suivie du ministre Jean de Latour, et se jetait dans les bras de sa sœur chérie, la princesse de Condé, de la comtesse de Roye, de madame l'amirale, et de la comtesse de la Rochefoucauld.

A peine était-elle arrivée, que l'ambassadeur d'Angleterre, sur la recommandation pressante d'Elisabeth, vint la complimenter au nom de cette dernière (2), et que le célèbre jurisconsulte Dumoulin lui adressa, le 7 septembre, du fond de sa modeste retraite, l'hommage suivant, trop peu connu jusque ici, que l'histoire ne dédaignera pas d'enregistrer : — « Ma très-honorée dame,

{[) State pap. foreign, ann. 1561, p. 301. — Tlirockmorlon lo thc queen, 11 scpteniber : .... « The queen of Navarre lias arrived at court. At Orléans » she w ent to the assembly of the protestants, and there publicly and solennely » presented the confession of lier failh. She refused the popish churches, and has » used this manner in ail lier journey hitherwards. »

(2) State pap. foreign, ann. 1561, p. 28G. — The queen to the queen of Navarre. — Enfield, 1 sept. 1561.

— n — il y aune trop plus haute et préexcellente cause, qui attire et oblicre à vous tous lovaux serviteurs et amateurs de Dieu et de Jésus-Christ son fils, seul sauveur, médiateur et rédempteur, roy des roys, seigneur des seigneurs : c'est le grand et très-chrétien zèle et amour que avez à sa très-sainte et vivifiante parole, et les grands dons que par son Saint-Esprit il a mis et fait reluire et fructifier en vous (i). »

La satisfaction qu'éprouvait Th. de Bèze de voir affermie désormais dans la foi la jeune reine qu'il avait, en Béarn, amenée à l'Evangile, ne lui taisait pas perdre de vue un devoir instant que lui imposait l'approche du colloque. Le 8 septembre, il se joignit à ses collègues pour obtenir enfin du monarque une réponse à la requête présentée le 17. Cette réponse fut favorable; elle portait notamment que les ecclésiastiques et les prélats catholiques ne seraient point les juges des ministres.

On touchait au moment suprême : quelques heures encore, et le colloque allait s'ouvrir.

Pénétrés de la dignité de leur mission, simples et graves dans leur attitude, les ministres et les députés des Églises, que soutenaient les prières et les encouragements fraternels de leurs nombreux coreligionnaires, étaient prêts à rendre témoignage à la vérité, en présence de l'assemblée convoquée à Poissy. La cour, les prélats, les hauts dignitaires de l'État, les ambassadeurs des puissances étrangères avaient les yeux fixés sur eux. Ce fut alors que des Gallars, qui était en relations suivies avec le repré-

(1) Voir Caroli Molinœl opéra .omnia , 1681, in-f", t. Il, p. 1020, la dédicace du traité de l'origine, progrez et excellence du royaume et monarchie des Français, en date du 7 septembre 1501. Le passage ci-dessus cité delà dédicace est suivi de ces mots : « Pour manifester publiquement mon humble, ancienne et efficace affection, ce petit mien labeur est inscrit et dédié à vous et à Vostre royale 3Iajesté, qui sçait bien de longtemps ma jurisprudence et anciennes études des Écritures saintes et des histoires et choses politiques avoir esté employées pour la défense de la vérité et parole de Dieu et pour la république et couronne de France, laquelle aussi vous aimez, honorez et obligez à vous grandement. »

sentant de l'Angleterre, lui adressa, en toute hâte, les lignes suivantes (1) : (( ... Demain, s'il plaît à Dieu, nous irons avec le roy et les princes à Poissy, où sont les prélats, puis nous retournerons en ce lieu môme (Saint-Germain), sur le soir, avec le roy. Ce jour mesme sont venus les docteurs de Sorbonne, tendant en sens contraire à ce que ne fussions ouys; mais ils n'ont pas obtenu ce qu'ils demandoient... Monsieur Martyr est à Bry-Gomte- Robcrt, à demie-journée de Paris (2); celui qui l'estoit allé quérir est icy et nous l'amènera mercredi. Voylà où nous en sommes. »

(1) Des Gallars à Throckmorton, Saint-Germain enLaye, 8 septembre 1561. Rec. off. Siate pap. France, \o\. XXI, ap. Laferr. r. d. missions scientif., p. 361.

— Voir aussi Caleiid. of State pap., ann. 1561, p. 294.

(2) Le 9 septembre, P. Martyr arriva à Paris, d'où il se rendit de suite à Poissy.

— State pap. foreign, ann. 1561, p. 301. Throckmorton to the queen, 11 sept. 1561. — € On the 9'^'' inst. Peter Martyr came to thistown to attend the assembly j) at Poissy. Ahhough he had no acquaintance with Throckmorton, yet for the ï zeal what he bears to the queen, he sent to visit him; adding that if he had » tarried any time in this town, he would bave done the office himself. »

Page 1