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A persécuter ceux qui défendent la vérité de la foi

nitantur : si la chose est comme on nous la fait entendre, si les faits sont véritables. D'où il se voit que, puisque les papes ne donnent de force à leurs bulles qu'à mesure qu'elles sont appuyées sur des faits véritables, ce ne sont pas les bulles seules qui prouvent la vérité des faits ; mais qu'au contraiie, selon les canonistes mêmes, c'est la vérité des faits qui rend les bulles recevables. D'où apprendrons-nous donc la vérité des faits? Ce sera des yeux, mon Père , qui en sont les légitimes juges ; comme la raison l'est des choses naturelles et intelligibles, et la foi des choses surnaturelles et révélées. Car, puisque vous m'y obligez, mon Père, je vous dirai que, selon les sentiments de deux des plus grands docteurs de l'Église , saint Augustin et saint Thomas , ces trois principes de nos connaissances, les sens, la raison et la foi, ont chacun leurs objets séparés, et leur certitude dans cette étendue. Et comme Dieu a voulu se servir de l'entremise des sens pour donner entrée à la foi, fides ex auditUy tant s'en faut que la foi détruise la certitude des sens, que ce serait au contraire détruire la foi, que de vouloir révoquer en doute le rapport fidèle des sens. C'est pourquoi saint Thomas remarque expressément que Dieu a voulu que les accidents sensibles subsistassent dans l'Eucharistie , afin que les sens , qui ne jugent que de ces accidents, ne fussent pas trompés : ut sensiLs a deceptione reddantur immunes.

Concluons donc de là que, quelque proposition qu'on nous présente à examiner, il en faut d'abord reconnaître la nature, pour voir auquel de ces trois principes nous devons nous en rapporter. S'il s'agit d'une chose surnaturelle, nous n'en jugerons ni par les sens, ni par la raison, mais par l'Écriture et par les décisions de l'Église. S'il s'agit d'une proposition non révélée, et

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proportionnée à la raison naturelle, elle en sera le propre juge ; et s'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens, auxquels il appartient naturellement d'en connaître.

Cette règle est si générale, que, selon saint Augustin et saint Thomas, quand TÉcriture même nous présente quelque passage dont le premier sens littéral se trouve contraire à ce que les sens ou la raison reconnaissent avec certitude, il ne faut pas entreprendre de les désavouer en cette rencontre, pour les soumettre à Taulorité de ce sens apparent de TÉcriture ; mais il faut interpréter l'Écriture, et y chercher un autre sens, qui s'accorde avec cette vérité sensible : parce que, la parole de Dieu étant infaillible dans les faits mêmes, et le rapport des sens et de la raison agissant dans leur étendue étant certain aussi, il faut que ces deux vérités s'accordent ; et comme l'Écriture se peut interpréter en différentes manières, au lieu que le rapport des sens est unique, on doit, en ces matières, prendre pour la véritable interprétation de l'Écriture celle qui convient au rapport fidèle des sens. // faut^ dit saint Thomas, !•' p., q. 68, a. 1, observer deux choses, selon saint Augustin : Vune^ que l'Ecriture a toujours un sens véritable; Vautre, que, comme elle peut recevoir plusieurs sens^ quand on en trouve un que la raison con-^ vainc certainement de fausseté^ Une faut pas s'obstiner à dire que c'en soit le sens naturel, mais en chercher un autre qui s'y accorde.

C'est ce qu'il explique par l'exemple du passage de la Genèse où il est écrit que Dieu créa deux grands luminaires, le soleil et la lune, et aussi les étoiles ; par où rÉcrilure semble ' dire que la lune est plus grande que toutes les étoiles : mais parce qu'il est constant, par des démonstrations indubitables, que cela est

faux, on ne doit pas, dit ce saint, s'opiniâtrer à défendre ce sens littéral ; mais il faut en chercher un autre conforme à cette vérité de fait; comme en disant que le mot de grand luminaire ne marque que la gran-^ deur de la lumière de la lune à notre égard, et non pas la grandeur de son corps en lui-même.

Que si l'on voulait en user autrement, ce ne serait pas rendre l'Écriture vénérable; mais ce serait, au contraire, l'exposer au mépris des infidèles , joarcc , comme dit saint Augustin, que, quand ils auraient connu que nous croyons dans l'Ecriture des choses qu'ils savent parfaitement être fausses *, ils se riraient de notre ' crédulité dans les autres choses qui sont plus cachées, comme la résurrection des morts et la vie éternelle. Et ainsi, ajoute saint Thomas, ce serait leur rendre notre religion méprisable^ et même leur enfermer Ventrée.

Et ce serait aussi, mon Père, le moyen d'en fermer l'entrée aux hérétiques, et de leur rendre Tautorité du pape méprisable, que de refuser de tenir pour catholiques ceux qui ne croiraient pas que des paroles sont dans un livre où elles ne se trouvent point, parce qu'un • pape l'aurait déclaré par surprise. Car ce n'est que l'examen d'un livre qui peut faire savoir que des paroles y sont. Les choses de fait ne se prouvent que par les sens. Si ce que vous soutenez est véritable, montrez-le ; sinon, ne sollicitez personne pour le faire croire ; ce serait inutilement. Toutes les puissances du monde ne peuvent par autorité persuader un point de fait, non plus que le changer ; car il n'y arien qui puisse faire que ce qui est ne soit pas.

C'est en vain , par exemple , que des reUgieux de

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