SUR LA DIX-HUITIÈME PROVINCIALE
P. 245. — Sur la copie imprimée à Cologne, — C'est aussi la date de Cologne que porte le recueil des Provinciales de 1657, les éditions de cette môme année, la traduction Igitine de Nicole , et l'édition de \ 6o9.
— A trouver quelque erreur. — Au sens théologîque c'est-à-dire quelque hérésie.
P. 246. — Par des décrets qui ne faisaient rien ^pour ro«5. — La bulle et le bref d'Innocent X et la bulle d'Alexandre VII.
— De terminer vos disputes. — Pascal, en disant vos disputes, affecte de se placer en dehors du combat comme un simple spectateur.
P. 249. — Ce grand saint que les papes et l'Église ont donn^ pour régie en cette matière. — C'est ce qu'on trouvera développé dans Bossuet, Défense de la tradition et des saints Pérès ^ particulièrement au livre V, chapitres 14 à i%. (Œuvres complètes y t. 2, pages 201-204.)
— Dieu change le cœur de Ihomme. — Pascal expose ici la doctrine de ce que les théologiens appellent la Délectation victorieuse. Voir Bossuet , Traité du libre arbitre, chapitre l.(GEuvres complètes., 1836, t. 10, page 122.) Doctrine déduite de quelques paroles de saint Augustin plutôt que développée véritablement par lui.
Cette thèse raffinée, et en apparence bizarre, qui met ensemble nécessité et liberté, a été adoptée par des philosophes, pour des raisons purement philosophiques, et en dehors du dogme théologique de la
gr&oe. Tout récemment elle a été très fortement
présentée dans le livre de M. Jacques Denis, De la Philosophie cTOrigène, i884 (librairie Thorin), page 5i6, où il soutient que la liberté consiste dans autre chose que la faculté de choisir entre le bien et le mai. c Essentiellement, en e£Pet, la créature raisonnable ne veut que le bien... Que si donc la volonté se porte au mal, c'est qu'elle ne voit le bien qu'obscurément et qu'elle n'en est pas touchée. Dès qu'elle le voit clairement, dès qu'elle le sent, elle est inclinée insensiblement et déterminée à s'y unir... Si la liberté était anéantie parla suppression de son indifférence et de son équilibre entre le bien et le mal, il s'ensuivrait que plus on se perfectionne et on avance dans la vertu, moins on serait libre. Car les bonnes habitudes réduisent d'autant le champ de l'indifférence ou la possibilité de choisir le mal, etc.» Je ne discuterai pas ces propositions, effrayé des obscurités qui enveloppent toute analyse de ce qu'on appelle la liberté. Je dirai seulement que ces obscurités n'excusent pas l'odieux de la grâce augustinienne. Le philosophe en effet, de quelque façon qu'il s'embarrasse dans ces profondeurs métaphysiques, ne condamne personne , tandis qu'Augustin damne ceux qui n'ont pas la grâce, en môme temps qu'il tient que d'obtenir cette grâce ne dépend en aucune manière de leurs mérites.
P. 250. — Quod enim amplius, — Expos, in Epist. ad Galatas, n® 49. Voir aussi , dans le livre De correctione et gratiay les paroles suivantes, à la un du chapitre 8 : delectabilem perpetuitatem et inseparabilem fortitudinem, commentées par Bossuet. {(Euvres complètes^ t. 2, page 5.) — A la congrégation de Auxiliis, — Voir les Remarques sur la seconde Lettre, t. i, page 36. Gela se trouvait aux articles 5 et 6. La traduction de Pascal est abrégée.
P. 251. — Comme dit saint Paul, — Hebr,, xiii, 2i .
F. 251. — Comme dit le concile de Trente. — Session vi, can. i6.
— Par le même concile. — Session vi, can. 9.
— Etabli par saint Paul, — Phil.y ii, i3. Dans ce parallèle entre Luther et Molina, Pascal oublie vo- Ipntairement que Luther a été condamné expressément par l'Église et que Molina ne l'a pas été ; mais Bossuet parle presque comme lui, ainsi qu'on l'a vu dans l'Introduction , page lvi.
Qui semblent les plus opposés. — Voici les endroits où se trouvent les textes que Pascal met en antithèse deux à deux :
Osée, XXX, i, et Jér., xxxi, i8.
Ézéch, xviii, 31, et Ps., lxxxiv, 3.
Matth.y III, 8, et Isaie, xxvi, i2.
Ézéch., xviii, 31, et Ézéch., xxxvi^ 26.
— Et que , comme il dit ailleurs, — Nicole donne le texte ainsi : Quod a Deo fiât ut velint homines quod et nolle potuissent ; mais il n'indique pas, et je ne puis indiquer où se trouve ce texte.
P. 252. — Qu^Alvarezj Vun des plus considérables. — Diego Alvarez, Espagnol, dominicain, puis archevêque de Trani, mort en 1635, avait représenté les dominicains, après Lemos, dans les congrégations de Auxiliis. Il a laissé : Didaci Alvarez de auxiliis divinsB gratiœ et humani arbitrii viribus et libertate, ac légitima ejus cum efficacia eorumdem auxUiorum concorditty in-foL Rom., 1610, Lyon, 1620.
— De saint Thomas son maître. — Nicole ajoute ce renvoi : 1, 2, quœst. 112, art. 3, in corp.y et celui-ci : 2, 2, quœst. 24, art. Il, in corp.
— Comme votre PèrePetau. — Théolog. dogm., 1. ix. c.7. P. 257. — Comme saint Hiérôme à Jean. — Epitre à Pam-
machius, page 330, au t. 2 de l'édition des Lettres de saint Jérôme par Qrégoire et Ck)lombat.
— Je vous Vai dit ailleurs. — A la fin de la douzième Lettre*
P. 258. — C'est ainsi qu^ont fait les curés de Pai'is. — Voir rintroduction, page xvi.
— Cette proposition du ?• VAmy, — Lettre 7, t. {, page 156.
— Au tome 5, disp. S6, n® 448. — Voir Tarticle vu de VExtrait de quelques-unes des plus dangereuses propositions de la morale de plusieurs nouveatus casuistes^ fidèlement tirées de leurs ouvrages, extrait dressé par les curés de Paris. On le trouve dans le recueil T. H. y if de la bibliothèque de la Sorbonne.
P. 259. — Totidem verbis. — La variante, iisdem verbis, contient sans doute exactement l'expression du P. Annat.
— Sinon, ou de citer la page, — Cela était si facile à faire pour la première proposition, que si le P. Annat ne Ta pas fait, c'est apparemment parce que cela môme aurait montré qu'il ne pouvait pas le faire aussi aisément pour les autres. Du reste, dans un écrit postérieur aux CavilUy la Hesponse à la plainte que font, les jansénistes, que Pascal lui-môme va alléguer tout à l'heure, le P. Annat avait cité les passages de Jansénius où l'on retrouve, quant, au fond au moins, les cinq propositions.
— Bans leurs suffrages nouvellement imprimés, — Voir Lettre 17, page 222. Ce texte est à la page 583 de la traduction latine de Nicole {!'*» édition). On y lit prœscendit et non prœscindunt. Les derniers mots semblent signifier : « de manière qu'on la sépare , ou, que le pape la sépare, de celui , quel qu'il soit, qui la profère. »
P. 260. — De plus de cinquante erreurs, — Il s'agit toujours d'erreurs contre la foi.
— Disait saint Basile y ép, 75» — Cette épître porte le chiffre 200 dans l'édition des Bénédictins. Voir à la fin du n° 4.
P. 261. — Bans la lettre quHl écrivit à Innocent If, — La traduction de Pascal, fidèle au fond, n'est nullement
littérale dans la forme. Les mots : « ne croyez pas tout esprit » sont de TÉvangile, Jean, iv, 1. P. 262. — Repf*ésente au pape Eugène, — La traduction est encore très libre.
— Que vous-même rapportez dans votre livre. — La Response à la plainte que font les jansénistes y etc., dans les Responses aux Lettres provinciales, p. 435, 436. Parmi les exemples donnés par le P. Annat, il y en a un qui se rapporte précisément aux disputes sur la grâce et que Pascal a supprimé, comme s'il en craignait Tapplication. « Saint Augustin nous apprend que Pélagius trompa le concile de Palestine et obtint des évoques l'approbation de sa doctrine, sur le faux semblant de souscrire sincèrement aux propositions qui lui furent présentées. Saint Augustin nous assure encore que lui-môme faillit à être surpris par les deux lettres qu'il reçut de Pélagius et de Gélestin, et qu'il fut sur le point de leur toucher la main, pour dire qu'ils étaient d'accord. »
P. 263. — Comme disent saint Vierre et saint Paul, — I Pierre.
V, 3 ; I Cor. i, 24 (et Marc, x, 43).
P; 264. — Saint Augustin et saint Thomas.— Voir plus loin.
— Fides ex auditu, — Rom,, x, 17.
P. 266. — Et non pas la grandeur de son corps. — C'est dommage que l'Église n'ait pas appliqué , dans l'affaire de Galilée , cette méthode accommodante. Elle a Uni par le faire, mais un peu tard.
— Comme dit saint Augustin, — De Genesi ad litt.j l. 19. (Nicole.)
P. 267. — Du pape saint Léon IX un décret solennel. — Daté du 7 octobre 1032 ; mais on s'accorde aujourdiaui à reconnaître que cet acte est apocryphe. Voir les Regesta pontificum romanorum de JafTé , édition de Leipzig, 1883, p. 543.
— Pour t excommunication de saint Virgile, — Voir la lettre de ce pape à saint Boniface. {Œuvres de saint Boniface , Lettre 140.) Cela se passa en 748.
P. 268. —Ou'»/ rCest question entre vous, — C'est la môme tactique que j'ai signalée au commencement de la Lettre, à roccasion de ces mots : « de terminer vos disputes. »
— Comme le dit saint Beimard, — Voir page 262.
Nicole n'a pas fait de Notes sur cette Lettre ; il a remplacé les Notes par un dialogue sur ce mystère de la grâce développé page 249, qui consiste à établir, d'une part, que nous sommes libres de ne pas vouloir, et en môme temps, d'autre part, que nous voulons nécessairement.
Cette Lettre est un plaidoyer très fort et très habile; on pourrait cependant objecter bien des choses à la thèse de la distinction du droit et du fait ; mais ce n'est pas mon affaire de discuter là dessus, ni pour, ni contre Pascal. Je m'en tiens dans ces Remarques aux éclaircissements purement historiques. Je me bornerai à rappeler que la thèse contraire à celle des jansénistes a été soutenue dans la célèbre Lettre de Bossuet aux religieuses de Port- Royal, i665.
Quant à ce qu'on a dit, que Pascal lui-même avait fini par abandonner la distinction du fait et du droit, et par soutenir que, môme en droit, le pape avait mal jugé, c'est une allégation qui ne doit être acceptée qu'avec réserve. Pascal penchait, je l'avoue vers cette rébellion ouverte ; mais il n'a jamais osé s'y abandonner. Ni ses difficultés sur le formulaire {(Euvres de Pascal 1819, t. 3, p. 607), ni certains fragments très vifs des Pensées (xxiv, 66 et 67, p. i 17 et 118, au toine 2 de mon édition) ne vont jusque-là. Il reproche aux deux papes d'avoir consenti, par faiblesse pour les jésuites, à paraître condamner la vérité, tout en admettant qu'ils n'ont expressément condamné que l'hérésie. Il est donc demeuré fidèle à la thèse de Port-RoyaL
En terminant cette étude sur les Provinciales, je dirai encore que je crois avoir été juste envers les casuistes, mais que d'autres juges, et parmi eux des critiques d'une grande autorité, leur ont été plus favorables. Si je ne puis prendre sur moi d'adopter leurs conclusions, je crois devoir du moins y renvoyer mes lecteurs. Ils trouveront la cause des casuistes plaidée tout à fait supérieurement dans un article de M. Brunetière sur la casuistique {Revue des Deux-Mondes du 1®^ janvier 1885), écrit à l'occasion du livre de M. R. Thamin : Étude sur la casuistique stoïcienne.
d'une
Mon Révérend Père,
Si je vous ai donné quelque déplaisir par mes autres Lettres , en manifestant Tinnôcence de ceux qu'il vous importait de noircir, je vous donnerai de la joie par ceUe-ci, en vous y faisant paraître la douleur dont vous les avez remplis. Consolez-vous, mon Père; ceux que vous haïssez sont affligés , et si messieurs les évoques exécutent dans leurs diocèses les conseils que vous leur donnez, de contraindre à jurer et à signer qu'on croit une chose de fait, qu'il n'est pas véritable qu'on croie, et qu'on n'est pas obligé de croire , vous réduirez vos adversaires dans la dernière tristesse , de voir l'Église en cet état. Je les ai vus, mon Père, et je vous avoue que j'en ai eu une satisfaction extrême ; je les ai vus , non pas dans une générosité philosophique , ou dans cette fermeté irrespectueuse qui fait suivre impérieusement ce qu'on croit être de son devoir; non aussi dans cette lâcheté molle et timide qui empêche , ou de voir
1. Cette page, qui devait former le commencement d*une dix-neuvième Lettre, adressée encore au P. Annat, a été pnbUée par Bossut, dans son édition des Œuvres de Pascal de 1779.
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la vérité, ou de la suivre ; mais dans une piété douce et solide , pleine de défiance d'eux-mêmes , de respect pour les puissances de l'Église, d'amour pour la paix, de tendresse et de zèle pour la vérité , de désir de la connaître et de la défendre , de crainte pour leur infirmité, de regret d'être mis dans ces épreuves, et d'espérance néanmoins que Dieu daignera les y soutenir par sa lumière et par sa force, et que la grâce de Jésus- Christ, qu'ils soutiennent et pour laquelle ils souffrent, sera elle-même leur lumière et leur force. J'ai vu enfin en eux le caractère de la piété chrétienne, qui fait paraître une force...
Je les ai trouvés environnés de personnes de leur connaissance, qui étaient venues sur ce sujet pour les porter à ce qu'ils croient le meilleur dans 'l'état présent des choses. J'ai ouï les conseils qu'on leur a donnés; j'ai remarqué la manière dont ils les ont reçus et les réponses qu'ils y ont faites: en vérité, mon Père, si vous y aviez été présent, je crois que vous avoueriez vous-même qu'il n'y a rien en tout leur procédé qui ne soit infiniment éloigné de l'air de révolte et d'hérésie, comme tout le monde pourra connaître par les tempéraments qu'ils ont apportés et que vous allez voir ici, pour conserver tout ensemble ces deux choses qui leur sont infiniment chères , la paix et la vérité.
Car après qu'on leur a représenté en général les peines qu'ils vont s'attirer par leur refus , si on leur présente cette nouvelle Constitution à signer, et le scandale qui en pourra naître dans l'Église, ils ont fait remarquer...
L'assemblée du clergé de 16S7, après avoir reçu, le 17 mars, la bulle du pape Alexandre VII, avait dressé un formulaire qu'elle invitait les évêques à faire signer aux
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ecclésiastiques de leurs diocèses. En voici le texte (d'après les Mémoires du P. Rapin, t. 2, p. 463) :
« Je me soumets sincèrement à la Constitution du pape Innocent X, du 31 mai 1653, selon le véritable sens qui a été déterminé par la Constitution de notre saint Père le pape Alexandre VII, du i6 octobre i656. Je reconnais que je suis obligé en conscience d'obéir à ces Constitutions > et je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions de Cornélius Jansénius, contenues dans son livre intitulé Augustinus, que ces deux papes et lesévôques ont condamnées , laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée selon le vrai sens de ce docteur. » ^
C'est à cette occasion que Pascal commença d'écrire cette nouvelle Lettre. S'il ne donna pas suite à ce projet, c'est que la décision de l'assemblée rencontra une telle opposition, môme chez un grand nombre d'évêques, qu'elle ne put être mise à exécution. Le gouvernement crut devoir prendre auparavant de nouvelles mesures. On se proposa de faire enregistrer par le Parlement la bulle du pape, pour lui donner en France force de loi. Le roi signa à cet effet une lettre au Parlement, datée du 4 mai i657. C'est à la suite de cette démonstration que fut écrite une Lettre qui a été imprimée depuis à la suite des Provinciales, mais qui n'est pas de Pascal. C'est Le Maistre qui s'en chargea, parce qu'il ne s'agissait plus de théologie, mais de droit, et de persuader le Parlement. La bulle du pape n'en fut pas moins enregistrée, dans un lit de justice, le 19 décembre 1657 ; mais la question d'un formulaire traîna longtemps encore, et jusqu'après la mort do Pascal. Je n'ai pas à la suivre plus loin dans cette note. Voir les Mémoires du P. Rapin.