Pour intrivisse, d^intero
rien de contraire. Il paraît donc par là que vous ne pouvez montrer que j'aie péché contre cette règle, ni contre aucune de celles que la charité oblige de suivre ; et c'est pourquoi vous n'avez aucun droit de dire que je Taie blessée en ce que j'ai fait.
Mais si vous voulez, mes Pères, avoir maintenant le plaisir de voir en peu de mots une conduite qui pèche contre chacune de ces règles , et qui porte véritablement le caractère de l'esprit de bouffonnerie , d'envie et de haine, je vous en donnerai des exemples ; et, afin qu'ils vous soient plus connus et plus familiers , je les prendrai de vos écrits mêmes.
Car , pour commencer par la manière indigne dont vos auteurs parlent des choses saintes, soit dans leurs railleries , soit dans leurs galanteries , soit dans leurs discours sérieux, trouvez-vous que tant de contes ridicules de votre Père Binet , dans sa Consolation des malades^ soient fort propres au dessein qu'il avait pris de consoler chrétiennement ceux que Dieu afflige? Direz-vous que la manière si profane et si coquette dont votre Père Le Moyne a parlé de la piété, dans sa Dévotion aisée, soit plus propre à donner du respect que du mépris pour l'idée qu'il forme de la vertu chrétienne? Tout son livre des Peintures morales respiret-il autre chose, et dans sa prose et dans ses vers, qu'un esprit plein de la vanité et des folies du monde ? Est-ce une pièce digne d'un prêtre que cette ode du 7" livre, intitulée Éloge de la pudeur, où il est montré que toutes les belles choses sont rouges ^ ou sujettes à rougir? C'est ce qu'il fit pour consoler June dame, qu'il appelle Delphine, de ce qu'elle rougissait souvent. Il dit donc, à chaque stance, que quelques-unes des choses les plus estimées sont rouges, comme les roses, les grenades, la bouche, la langue; et c'est parmi ces
ONZIÈME LKTTRK 43
galanteries , honteuses à un religieux , qu'il ose mêler insolemment ces esprits bienheureux qui assistent devant Dieu, et dont les chrétiens ne doivent parler qu'avec vénération :
Les chérubins, ces glorieux.
Composés de tête et de plume, Que Dieu de sou esprit allume, £t qu'il éclaire de ses yeux ; Ces illustres faces volantes Sont toujours rouges et brûlantes, Soit du feu de Dieu, soit du leur, Et dans leurs flammes mutueUes Font du mouvement de leurs ailes Un éventail à leur chaleur.
Mais la rougeur éclate en toi, Delphine, avec plus d'avantage, Quand Thonneur est sur ton visage Vêtu de pourpre comme un roi, etc.
Qu'en dites-vous, mes Pères? Cette pré^rence delà rougeur de Delphine à l'ardeur de ces esprits, qui n'en ont point d'autre que la charité : et la comparaison d*un éventail avec ces ailes mystérieuses vous paraît-elle fort chrétienne dans une bouche qui consacre le corps adorable de Jésus-Christ? Je sais qu'il ne Ta dit que pour faire le galant et pour rire ; mais c'est cela qu'on appelle rire des choses saintes. Et n'est-il pas véritabl e* que, si on lui faisait justice, il ne se garantirait pas d'une censure, quoique, pour s'en défendre, il se servît de cette raison, qui n'est pas elle-même moins censurable,qu'il rapporte au livre I«' : Que la Sorbonne iCa point de juridiction sur le Parnasse j et que les erreurs de ce pays-là ne sont sujettes ni aux censures, ni à Vinquisition, comme s'il n'était défendu d'être blasphémateur el impie qu'en prose ? Mais au moins on n'en