Et n'est-il pas vrai
Ce vœu de Gaen avait été déjà commenté dans la quinzième Enluminure , avec le texte des huit vers latins cité en marge. La pièce était de vingt vers , avec ce titre : Ad beaiam Virginem votum.
P. 46. — Cellot, Bagoty Bauny. — Jean Bagot, jésuite français, né en 1580, est mort en 1664. fiagot a écrit, entre autres livres, une Défense du droit épiscopal et , de la liberté dont les fidèles jouissent pour la messe et la confession de précepte. Paris, 1655, in-8®. Le P. Bagot avait fait beaucoup de bruit en cette année môme ; il fut menacé d'une censure en Sorbonne , et ne se tira d'afTaire que pa^ la protection |de la cour {Manuscrit de M. Hermant , t. 3, p. 234).
P. 47. — Rideam vanitatem. — Adnationes, II, 12.
— Dit saint Augustin. — Contra Faustum, XX, 6. Nicole a mis justement à la fin de la phrase un point d'interrogation.
— Un temps de rire et un temps de pleurer. — Ecclé' siaste, m, 4.
— De ces paroles des Proverbes. — Chap. xxix , 9 : Vir sapiens si cum stulto contenderit, sive irascatur, sive rideatj non inveniet requiem; mais est-ce sapiens , ou stullus, qui est le sujet de irascatur et de rideat? Il paraît que cela est équivoque, môme dans l'hébreu.
— En achevant cette Lettre. — Nicole a supprimé cette Note , qui annonçait les Lettres 12 et 13. Les jésuites venaient de faire paraître les premières de leurs Impostures. Voir l'Introduction , p. lxi.
ÉCRITE PAR l'auteur
DBS
AUX RÉVÉRENDS PÈRES JÉSUITES
Du 9 septembre 1656.
Mes Révérends Pères,
J'étais prêt à vous écrire sur le sujet des injures que vous me dites depuis si longtemps dans vos écrits, où vous m^appelez impie, bouffon, ignorant, farceur, imposteur, calomniateur^ fourbe, hérétique, calviniste déguisé, disciple de Du Moulin, possédé d^une légion de diables, et tout ce qu'il vous plaît. Je voulais faire entendre au monde pourquoi vous me traitez de la sorte, car je serais fâché qu'on crût tout cela de moi ; et j'avais résolu de me plaindre de vos calomnies et de vos impostures, lorsque j'ai vu vos réponses, où vous m'en accusez moi-même. Vous m'avez obligé parla de changer mon dessein ; et néanmoins, mes Pères, je ne laisserai pas* de le continuer en quelque sorte, puisque j'espère, en me défendant, vous convaincre de plus d'impostures véritables que vous ne m'en avez imputé
i. Et néanmoins je ne laisserai pas.
de fausses. En vérité, mes Pères , vous en êtes plus suspects que moi ; car il n'est pas vraisemblable qu'étant seul comme je suis, sans force et sans aucun appui humain contre un si grand corps, et n'étant ^soutenu que par la vérité et la sincérité, je me sois exposé à tout perdre, en m'exposant à être convaincu d'imposture. Il est trop aisé de découvrir les faussetés dans les questions de fait, comme celles-ci*. Je ne manquerais pas de gens pour m'en accuser, et la justice ne leur en serait pas refusée. Pour vous, mes Pères, vous n'êtes pas en ces termes ; et vous pouVez dire contre moi ce que vous voulez, sans que je trouve à qui m'en plaindre. Dans cette différence de nos conditions, je ne dois pas être peu retenu, quand d'autres considérations ne m'y engageraient pas. Cependant vous me traitez comme un imposteur insigne, et ainsi vous me forcez à repartir; mais vous savez que cela ne se peut faire sans exposer de nouveau, et même sans découvrir plus à fond les points de votre morale; en quoi je doute que vous soyez bons politiques. La guerre se fait chez vous et à vos dépens ; et , quoique vous ayez pensé qu'en embrouillant les questions par des termes d'école, les réponses en seraient si longues, si obscures et si épineuses, qu'on en perdrait le goût, cela ne sera peut-être pas tout à fait ainsi; car j'essayerai de vous ennuyer le moins qu'il se peut en ce genre d'écrire. Vos maximes ont je ne sais quoi de divertissant qui réjouit toujours le monde. Souvenez-vous au moins que c'est vous qui m'engagez d'entrer dans cet éclaircissement, et voyons qui se défendra le mieux.
La première de vos Impostures est sur Vopinion de Vasquez touchant Vaumône, Souffrez donc que je l'ex-
f-' 1. Comme celle-ci.
DOUZlËxViË lëttkë: 57
plique nettement, pour ôter toute obscurité de nos disputes. C'est une cliose assez connue, mes Pères, que, selon l'esprit de TÉglise, il y a deux préceptes touchant Taumône : l'un, de donner son superflu dans les nécessités ordinaires des pauvres ; Vautre^ de donner même de ce qui est nécessaire selon sa condition dans les nécessités extrêmes. C'est ce que dit Caietan, après saint Thomas : de sorte que, pour faire voir Fesprit de Vasquez touchant l'aumône, il faut montrer comment il a réglé tant celle qu'on doit faire du superflu que celle qu'on doit faire du nécessaire.
Celle du superflu, qui est le plus ordinaire secours des pauvres, est entièrement abolie par cette seule maxime, deEleem,, c. 4,n. 14, que j'ai rapportée dans mesLettres : Ce que les gens du monde gardent pour relever leur condition et celle de leu7*s parents n'est pas appelé superflu. Et ainsi à peine trouvera-t-on qu'il y ait jamais de superflu dans les gens du monde ^ et non pas même dans les rois. Vous voyez bien, mes Pères, par cette définition, que * tous ceux qui auront de l'ambition n'auront point de superflu ; et qu'ainsi l'aumône en est anéantie à l'égard de la plupart du monde. Mais quand il arriverait même qu'on en aurait, on serait encore dispensé d'en donner dans les nécessités communes, selon Vasquez, qui s'oppose à ceux qui veulent y obliger les riches. Voici ses termes, ch. 1, n. 32 : Corduba, dit-il, enseigne que, lorsqu'on a du superflu, on est obligé d'en donner à ceux qui sont dans une nécessité ordinaire, au moins une partie, afin d'accomplir le précepte en quelque chose; mais cela ne me plaît PAS, SED HOC NON PLACET : car nous avons montré EE CONTRAIRE contre Caietan et Navarre. Ainsi , mes
i. Que par cette définition.
1(8 LETTRES PHOYINCIALES
Pères, l'obligation de cette aumône est absolument rmnée, selon ce qu'il plaît à Yasquez.
Pour celle du nécessaire', qu*on [est obligé de faire dans les nécessités extrêmes et pressantes, vous verrez, par les conditions qu'il apporte pour former cette obligation , que les plus riches de Paris peuvent n'y être pas engagés une seule fois dans leur vie. Je n'en rapporterai que deux. L'une, que l'on sache que le pauvre ne sera secouru d'aucun autre : Hxc intelligo et cœtera omnia, quando SGio nullum alium opem laturum^ cap. 1, n. 28. Qu'en dites-vous, mes Pères? arrivera-t-il souvent que dans Paris, où il y a tant de gens charitables, on puisse savoir qu'il ne se trouvera personne pour secourir un pauvre qui s'offre à nous? Et cependant, si on n'a pas cette connaissance, on pourra le renvoyer sans secours, selon Vasquez. L'autre est que la nécessité* de ce pauvre soit telle, quHl soit menacé de quelque accident mortel, ou de perdre sa réputation, n. 24 et 26, ce qui est bien peu commun. Mais ce qui en marque encore la rareté, c'est qu'il dit, n. 45, que le pauvre qui est. en cet état où il dit [qu'on ^est obligé à lui donner Taumône, peut voler le riche en conscience. Et ainsi il faut que cela soit bien extraordinaire, si ce n*est qu'il veuille qu'il soit ordinairement permis lie voler. De sorte qu'après avoir détruit l'obligation de donner l'aumône du superflu , qui est la plus grande source des charités, il n'oblige les riches d'assister les pauvres de leur nécessaire que lorsqu'il permet aux pauvres de voler les riches. Voilà la doctrine de Vasquez, où vous renvoyez les lecteurs pour leur édification.
Je viens maintenant à vos Impostures. Vous vous