‹ Les provinciales de PascalChapitre 25 sur 124 · Si rude · texte numérisé non relu

Si rude

leur est nécessaire^ nous ne leur donnons pas tant ce qui est à nous que nous leur rendons ce qui est à eux; et c'est un devoir dé justice plutôt qu'une œuvre de miséricorde.

C'est de cette sorte que les saintâ recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de la terre, s'ils veulent posséder avec eux les biens du ciel. Et au lieu que vous travaillez à entretenir dans les hommes l'ambition, qui fait qu'on n'a jamais de superflu, et l'avarice, qui refuse d'en donner quand on en aurait, les saints ont travaillé au contraire à porter les hommes à donner leur superflu, et à leur faire connaître qu'ils en auront beaucoup, s'ils le mesurent, non par la cupidité, qui ne souffre point de bornes , mais par la piété, qui est ingénieuse à se retrancher, pour avoir de quoi se répandre dans l'exercice de la charité. TVbtes aurons beaucoup de superflu, dit saint Augustin^ si nous ne gardons que le nécessaire ; mais si nous recherchons les choses vaines, rien ne nous su/jîra. Recherchez, mes frères, ce qui suffit à V ouvrage de Dieu, c'està-dire à la nature ; et non pas ce qui suffit à votre cupidité, qui est l'ouvrage du démon : et souvenez-vous que le superflu des riches est le nécessaire des pauvres.

Je voudrais bien, mes Pères, que ce que je vous dis servît non seulement à me justifier, ce serait peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu'il y a de corrompu dans les maximes de vos casuistes, afin de nous unir sincèrement dans les saintes règles de l'Évangile, selon lesquelles nous devons tous être jugés.

Pour le second point, qui regarde la simonie, avant que de répondre aux reproches que vous me faites, je commencerai par l'éclaircissement de votre doctrine

sur ce sujet. Comme vous vous êtes trouvés embarrassés entre les canons de TÉglise, qui imposent d'horribles peines aux simoniaques, et Tavarice de tant de personnes qui recherchent cet infâme trafic, vous avez suivi votre méthode ordinaire, qui est d'accorder aux hommes ce qu'ils désirent, et donner à Dieu * des paroles et des apparences. Car qu'est-ce que demandent les simoniaques, sinon d'avoir de l'argent en donnant leurs bénéfices? Et c'est cela que vous avez exempté de simonie! Mais parce qu'il faut que le nom de simonie demeure, et qu'il y ait un sujet où il soit attaché, vous avez choisi pour cela une idée imaginaire, qui ne vient jamais dans l'esprit des simoniaques, et qui leur serait inutile : qui est d'estimer l'argent considéré en lui-même autant que le bien spirituel consi^ déré en lui-même. Car qui s'aviserait de comparer des choses si disproportionnées et d'un genre si différent ? Et cependant, pourvu qu'on ne fasse pas cette comparaison métaphysique, on peut donner son bénéfice à un autre, et en recevoir de l'argent sans simonie, selon vos auteurs.

C'est ainsi que vous vous jouez de la religion pour suivre la passion des hommes ; et voyez néanmoins avec quelle gravité votre Père Valentia débite ses songes à l'endroit cité dans mes Lettres, t. 3, disp. 16, p. 3, p. 2044* : On joet/^/dit-il, donner un bien temporel pour un spirituel en deux manières : Vune en prisant davantage le temporel que le spirituel, et ce serait simonie ; Vautre en prenant le temporel comme le motif et la fin qui porte à donner le spirituel ^ sans que néanmoins on prise le temporel plus que le spirituel,

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