‹ Les provinciales de PascalChapitre 3 sur 124 · hî princ · texte numérisé non relu

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DIXIEME LETTRE fî

tenu de découvrir^ quand la fille y a consenti. Notre Père Escobar rapporte tout cela au même lieu ,' n.41, 6i, 62, avec plusieurs autres décisions assez curieuses des circonstances qu'on n'est pas obligé de confesser. Vous pouvez les y voir vous-même. — Voilà, lui dis-je , des artifices de dévotion bien accommodants.

—Tout cela néanmoins, dit-il, ne seraitrien, si on n'avait de plus adouci la pénitence, qui est une des choses qui éloignait ' davantage de la confession. Mais maintenant les plus délicats ne la sauraient plus appréhender, après ce que nous avons soutenu dans nos thèses du collège de Clermont : Que si le confesseur impose une ^ pénitence convenable, convenientem, et qu'onne veuille pas néanmoins Vaccepter, on peut se retirer en renonçant à l'absolution et â la pénitence imposée. Et Escobar dit encore , dans la Pratique de la pénitence selon notre Société, tr. 7, ex. i, n. 188 : Que si le pénitent déclare qu'il veut remettre à Vautre monde à faire pénitence, et souffrir en purgatoire toutes les peines qui lui sont dues, alors le confesseur doit lui imposer une pénitence bien légère, pour l'intégrité du sacrement, et principalement s'il reconnaît qu'il n'en accepterait pas une plus grande. — Je crois, lui dis-je, que, si cela était, on ne devrait plus appeler la confession le sacrement de pénitence. — Vous avez tort, dit-il ; car au moins on en donne toujours quelqu'une pour la forme. — Mais, mon Père, jugez-vous qu'un homme soit digne de recevoir l'absolution quand il ne veut rien faire de pénible pour expier ses offenses ? et quand des personnes sont en cet état, ne devricz-vous pas plutôt leur retenir leurs péchés que de les leur remettre? Avez-vous l'idée

{. Qui i^loipiiaient.

véritable de votre ministère ? et ne savez- vous pas que vous y exercez le pouvoir de lier et de délier? Croyezvous qu'il soit permis de donner l'absolution indifféremment à tous ceux qui la demandent, sans reconnaître auparavant si Jésus-Christ délie dans le ciel ceux que vous déliez sur la terre? — Eh quoi! dit le Père, pensez-vous que nous ignorions que le confesseur doit se rendre juge de la disposition de son pénitent, tant parce qu'il est obligé de ne pas dispenser les sacrements à ceux qui en sont indignes, Jésus-Christ lui ayant ordonné d'être dispensateur fidèle, et de ne pas donner les choses saintes aux chiens^ que parce qu'il est juge, et que c'est le devoir d'un juge de juger justement, en déliant ceux qui en sont dignes, et liant ceux qui en sont indignes, et aussi parce qu'il ne doit pas absoudre ceux que Jésits-Christ condamne? — De qui sont ces paroles-là, mon Père? — De notre Père Filiutius, répliqua-t-il, to. 1, tr. 7, n, 354. — Vous me surprenez, lui dis-je; je les prenais pour être d'un des Pères de l'Église. Mais, mon Père, ce passage doit bien étonner les confesseurs, et les rendre bieil circonspects dans la dispensation de ce sacrement, pour reconnaître si le regret de leurs pénitents est suffisant, et si les promesses qu'ils donnent de ne plus pécher à l'avenir sont recevables. — Cela n'est point du tout embarrassant, dit le Père : Filiutius n'avait garde de laisser les confesseurs dans cette peine; et c'est pourquoi il leur donne, ensuite de ces paroles, cette méthode facile pour en sortir : Le confesseur peut aisément se mettre en repos touchant la disposition de son pénitent : car s'il ne donne pas des signes suffisants de douleur, le confesseur n'a qu'à lui demander s'il ne déteste pas le péché dans son âme; et, s'il répond que oui, il est obligé de l'en croire. Et il faut dire la même chose de la résolution pour Vave-

nir, à moms qu'il y eût quelque obligation de restituer^ ou de quitter quelque occasion prochaine. — Pour ce passage, mon Père, je vois bien qu'il est de Filiutius. — Vous TOUS trompez, dit le Père : car il a pris tout cela mot à mot de Suarez, in 3 part. , to. 4^ disp. 3â, sect. â, n. â. — Mais, mon Père, ce dernier passage de Filiutius détruit ce qu'il avait établi dans le premier ; car les confesseurs n'auront plus le pouvoir de se rendre juges de la disposition de leurs pénitents, puisqu'ils sont obligés de les en croire sur leur parole, lors même qu'ils ne donnent aucun signe suffisant de douleur. Est-ce qu'il y a tant de certitude dans ces paroles qu'on donne, que ce seul signe soit convaincant? Je doute que Fexpérience ait fait connaître à vos Pères que tous ceux qui leur font ces promesses les tiennent, et je suis trompé s'ils n'éprouvent souvent le contraire. — Cela n'importe, dit le Père ; on ne laisse pas d'obliger toujours les confesseurs à les croire : car le Père Bauny, qui a traité cette question à fond dans sa Somme des péchés, c. 46, p. 1090, 1091 et 1092, conclut que toutes les fois que ceux qui récidivent souvent, sans qu'on y voie aucun amendement, se présentent au confesseur, et lui disent qu'ils ont regret du passé et bon dessein pour r avenir, il les en doit croire sur ce qu'ils le disent, quoiqu'il soit à présumer telles résolutions ne passer pas le bout des lèvres. Et quoiqu'ils se portent ensuite avec plus de liberté et d'excès que jamais dans les , mêmes fautes, on peut néanmoins leur donner l'abso^ lution selon mon opinion. Voilà, je m'assure, tous vos doutes bien résolus.

— Mais, mon Père, lui dis-je, je trouve que vous imposez une grande charge aux confesseurs, en les obligeant de croire le contraire de ce qu'ils voient. — Vous n'entendez pas cela, dit-il; on veut dire parla qu'ils

sont obligés d'agir et d'absoudre, comme s'ils croyaient que cette résolution fût ferme et constante, encore qu'ils ne le croient pas en effet. Et c'est ce que nos Pères Suarez et Piliutius expliquent, ensuite des passages de tantôt. Car, après avoir dit que le prêtre est obligé de croire son pénitent sur sa parole ^ ils ajoutent quHl n'est pas nécessaire que le confesseur se persuade que la résolution de son pénitent s^exécutera, ni qu'il le juge même probablement ; mais il suffit quHl pense qu'il en a à Vheure même le dessein en général^ quoiqu'il doive retomber en bien peu de temps. Et c'est ce qu'enseignent tous nos auteurs, ita docent omnes auctores, Douterez-vous d'une chose que tous nos auteurs* enseignent? — Mais, mon Père, que deviendra donc ce que le Père Pétau a été obligé de reconnaître lui-même dans la préface de la Pénit. publ., p. 4, Que les saints Pères f les docteurs et les conciles sont d'accord, comme d'une vérité certaine, que la pénitence qui prépare à l'Eucharistie doit être véritable, constante, courageuse, et non pas lâche et endormie , ni sujette aux rechutes et aux reprises? — 'He voyez-vous ip^&, dit-il, que le Père Pélau parle de l'ancienne Église? Mais cela est maintenant si peu de saison, pour user des termes de nos Pères, que, selon le Père Bauny, le coptrairc est seul véritable ; c'est au tr. 4, q. 15, p. 95 : // y a des auteurs qui disent qu'on doit refuser l'absolution à ceux qui retombent souvent dans les mêmes péchés, et principalement lorsque^ après les avoir plusieurs fois absous, il n'en paraît aucun amendement : et d'autres disent que non. Mais la seule véritable opinion est qu'Une faut point leur refuser l'absolution : et encore qu'ils ne profitent point de tous les avis qu'on leur a souvent

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