‹ Les provinciales de PascalChapitre 4 sur 124 · Que nos auteurs · texte numérisé non relu

Que nos auteurs

DIXIEME LETTRE tt

donnés, qu^ils n'aient pas gardé les promesses quUs ont faites de changer de vie, qu'ils n'aient pas travaillé à se purifier, il n'importe : et, quoi qu'en disent les autres, la véritable opinion, et laquelle on doit suivre, est que, même en tous ces cas, on les doit absoudre. El tr. 4, q. 22, p. 100, qu'on ne doit ni refuser ni différer l'absolution à ceux qui sont dans des péchés d'habitude contre la loi de Dieu, de nature et de VEglise, quoiqu'on n'y voie aucune espérance d'amen'dément , etsi emendationis futurœ nulla spes appa-» reat,

— Mais, mon Père, lui dis-je, cette assurance d'avoir toujours l'absolution pourrait bien porter les pécheurs.. .

— Je vous entends, dit-il en m'interrompant ; mais écoutez le Père Bauny, q. 15 : On peut absoudre celui qui avoue que l'espérance d'être absous l'a porté à pécher avec plus de facilité qu'il n'eût fait sans cette espérance. Et le Père Caussin, défendant cette proposition, dit, page 211 de sa Rép. à la Théol. mor., que si elle n'était véritable, l'usage de la confession serait in" terdit à la plupart du monde; et qu'il n'y aurait plus d'autre remède aux pécheurs, qu'une branche d'arbre et une corde, — O mon Pèrel que ces maximes-là attireront de gens à vos confessionnaux! — Aussi, ditil, vous ne sauriez croire combien il y en vient : nous sommes accablés et comme opprimés sous la foule de nos pénitents, pœnitentium numéro obruimur, comme il est dit en limage de notre premier siècle, 1. 3, c. 8,

— Je sais, lui dis-je, un moyen facile de vous décharger de cellii presse. Ce serait seulement^ mon Père , d'obliger les pécheurs à quitter les' occasions prochaines: vous vous soulageriez assez par cette seule invention*

— Noos ne cherchons pas ce soulagement, dit-il ; au contraire: car, comme il est dit dans le même livre,!. 3«

c. 7, p. 374 , notre Société a pour but de travailler à établir les vertus, de faire la guerre aux vices ^ et de servir un grand nombre d'âmes. Et comme il y a peu d*âmes qui veuillent quitter les occasions prochaines, on a été obligé de définir ce que c'est qu'occasion prochaine , comme on voit dans Escobar, en la Pratique de notre Société, tr. 7, <?a?. 4, n. 226 : On n'appelle pas occasion prochaine celle où Von ne pèche que rarement, comme de pécher par un transport soudain avec celle avec qui on demeure^ trois ou quatre fois par an ; ou, selon le Père Bauny, dans son livre français, une ou deux fois par mois., p. 1082; et encore p. 1089, oiiil demande ce çm'ow doit faire entre les maîtres et servantes ^cousins et cousines qui demeurent ensemble, et qui se portent mutuellement à pécher par cette occasion. — nies faut séparer, lui dis-je. — C'est ce qu'il dit aussi, si les rechutes sont fréquentes , et presque journalières; mais s'ils n'offensent que rarement par ensemble, comme serait une ou deux fois le mois, et qu'ils ne puissent se séparer sans grande incommodité et dommage^ on pourra les absoudre^ selon ces auteurs, et entre autres Suarez, pourvu qu'ils promettent bien de ne plus pécher, et qu'ils aient un vrai regret du passé. — Je l'entendis bien ; car il m'avait déjà appris de quoi le confesseur se doit contenter pour juger de ce regret. — Et le Père Bauny, continua-t-il, permet, p. 1083 et 1084, à ceux qui sont engagés dans les occasions prochaines, d'y demeurer, quand ils ne les pourraient quitter sans bailler sujet au monde de parler ^ ou sans en recevoir de l'incommodité, ^i il dit de même en sa Théologie morale, tr. 4, de Pœnit.^ q. 14, p. 94, et q. 13, p. 93, Qu'on peut et qu'on doit absoudre une femme qui a chez elle un homme avec qui elle pèche souvent ^ si elle ne peut le faire sortir honnêtement, ou qu'elle

ait quelque cause de le retenir^ si non potest honeste ejicerey aut habeat aliquam causam retinendi ; pourvu qu'elle propose bien * de ne plus pécher avec lui. — O mon Père I lui dis-je , Tobligâtion de quitter les occasions est bien adoucie, si on en est dispensé aussitôt qu'on en recevrait de Tincommodité .: mais je crois au moins qu'on y est obligé, selon vos Pères, quand il n'y a point de peine ? — Oui, dit le Père, quoique toutefois cela ne soit pas sans exception. Car le Père Bauny dit au même lieu : // est permis à toutes sortes de personnes d'entrer dans des lieux de débauche pour y convertir des femmes perdues, quoiqu'il soit bien vraisemblable qu'on y péchera : comme si on a déjà éprouvé souvent qu'on s'est laissé aller au péché par la vue et les cajoleries de ces femmes. Et encore qu'il y ait des docteurs qui n'approuvent pas cette opinion, et qui croient qu'il n'est pas permis de mettre volontairement son salut en danger pour secourir son prochain, je ne laisse pas d'embrasser très volontiers cette opinion qu'ils combattent. — Voilà, mon Père, une nouvelle sorte de prédicateurs. Mais sur quoi se fonde le Père Bauny pour leur donner cette mission? — C'est, me dit-il, sur un de ses principes, qu'il donne au même lieu, après Basile Ponce. Je vous en ai parlé autrefois, et je crois que vous vous en souvenez. C'est qu'on peut rechercher une occasion directement et par elle-même, primo et per se, pour le bien temporel ou spirituel de soi ou du prochain. — Ces passages me firent tant d'horreur, que je pensai rompre là-dessus ; mais je me retins, afin de le laisser aller jusques au bout , et me contentai de lui dire : Quel rapport y a-t-il, mon Père , de cette doctrine à celle de l'Évangile^ qui oblige à s'arracher les

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