SUR LA QUATORZIÈME PROVINCIALE
P. 109. — Que de justifier la fidélité de mes citations, — Il ne sied de parler ainsi que quand on a, comme Pascal, l'habitude de citer fidèlement.
— ' Dit saint Chrysostome, — Ce passage est dans la douzième des Homélies à ceux d'Antioche.
P. 110. — [VÈvangile cTconfirmé celuide la Loi, — Matth.,xiv, 18, GiExod,y XX, 13.
— En la personne de Noé. — Genèse, ix, 13.
— Et Dieu se l'est tellement réservé, — Ce ie, qui est défini, ne peut se rapporter à tout pouvoir y qui est indéfini ; la phrase n'est pas correcte.
— Aux fausses maximes du paganisme, — Ce qu'on appelle le paganisme n'avait rien qu'on puisse appeler ses maximes. Mais, dans le paganisme , les uns avaient des maximes qui permettaient de se tuer, et les autres en avaient qui ne le permettaient pas.
— C'est ce que saint Augustin, — Traduction exacte pour le fond, sinon pour la lettre.
P. 111. — Et c'est ce que saint Paul, — Rom., xiii, 3 et 4. Pascal ne soupçonnait pas qu'il pût jamais s*élever des doutes sur le principe môme de la peine de mort.
P, 112. — Sans cause , ou sans connaissance. — On a corrigé cette phrase : il semble qu'on a craint que l'expression, il ne peut, ne fût pas bienséante en parlant de Dieu. Cependant Pascal venait déjà de" dire tout à l'heure que Dieu est impuissant pour le mal.
P. 112. — Parce qu'ils sont tellement ministres de Lieu. — C'est-à-dire, ils sont ministres de Dieu avec cette restriction que, etc. Tellement ne se prend plus dans ce sens restrictif, où il répond à Vita des Latins.
— Il arrive selon saint Augustin, — On trouve cette pensée au Sermo ccciiy n. i 3.
— Qu'alors, comme dit Cicéron, — Pro Milone, 3.
P. 113. — Et la loi Furemy ad Legem Comeliam. — D'après les habitudes reçues pour citer le Digeste (voir mes Remarques sur la Lettre 12, page 81), la loi Furem, ad Legem Comeliam, signifie le fragment commençant par Furem dans le titre ad Legem Comeliam^ qui est le titre 8 du livre XLIII. Ce fragment est le neuvième de ce titre ; il est ainsi conçu : « Celui qui tue un voleur de nuit pourra n*être pas puni, s'il n'a pu l'épargner sans danger, i
J'ajoute en passant que quand une loi du Digeste (c'est-à-dire un article) a une certaine étendue, il est d'usage de la diviser en paragraphes^ qu'on désignait aussi autrefois par le premier mot de chacun. C'est ainsi que l'Intimé dit dans les Plaideurs :
Qui ne sait que la loi Si guis canis, Digeste, De Vi, paragraphe. Messieurs, Caponibus, Est manifestement contraire à cet abus?
C'est-à-dire le fragment Si quis canis, ce fragment étant dans le titre de Vi, et, dans ce fragment, le paragraphe Caponibus ; indications purement imaginaires, bien entendu, sauf qu'il y a réellement un titre de Vi dans le Digeste.
Pour la loi des douze tables, voir Gellius, XI, 18, 7, etc. Si je ne cite pas d'abord le discours de Cicéron pro Tullio, c'est qu'il n'était pas connu du temps de Pascal.
La citation de Cujas se rapporte à son commentaire sur le titre premier du Digeste, de Justitia et Jure^ et sur l'article 3 de ce titre. Le passage de VExode est au verset 3.
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P. 114. — Les loiSj dites-vous j permettent. — C'est bien l'argument, mais ce n*est pas le texte du P. Nouet, dans la quatorzième Imposture. Il n'aurait pas fallu mettre ces quatre lignes en italiques.
— Dans la censure de la doctrine. — Voir la Lettre 13, ci-dessus, p. 15, et le paragraphe 3 de la Note de Nicole sur cette Lettre.
P. 116. — Escobar, Lessius et les autres, — Voir la septième Lettre.
— Comme dit Lessius, n. 74. t— Il fallait dire n. 78.
— Que la valeur pour laquelle, — Cela ne devrait pas non plus être en italiques.
— Qu'elle soit plus grande que six ducats, — Nicole traduit sex philippicis, ce qui suppose qu'il identifie le ducat et la pistole. Voir mes Remarques sur la Lettre 8, t. 1, p. 190. Il y a dans Molina^ex ducatis.
— Mais encore Reginaldus, — Le texte de Molina luimême a été non pas cité , mais indiqué dans la septième Lettre. Il dit bien ce que dit Pascal.
P. 116.— La modération d'une juste défense. — Molina dit, cum moderamine inculpatœ tutelœ. Mais on peut s'assurer que ces expressions, qui reviennent plusieurs fois dans ses textes, signifient seulement qu'il ne faut tuer que pour repousser une attaque, et non pas par haine et pour le plaisir de tuer.
— Contraire en cela à Carrerus et Bald. — Il s'agit sans doute du fameux jurisconsulte Balde de Pérouse, du xiv* siècle, et d'un autrejurisconsulte, Alexandre Carrerus de Padoue, prêtre, mort en 1626.
— Que si Von peut garder son écu. — Les éditions postérieures ont mis sauver, au lieu de garder, dans toute cette phrase. Garder est ici dans le sens de préserver, qu'il a en effet ; mais comme on l'emploie plus habituellement dans le sens de retenir, on aura craint l'équivoque.
P. 117. — • Qu'ils autorisent les dyiels, — Pascal répond ici, sans en avertir, à la onzième Imposture.
P. 117. — Que co cas-là est fort rare. — Le passage de Layman, cité dans la septième Lettre, si un soldat à l'armée^ etc., commence ainsi dans son texte : Si, dans un cas très rare^ un soldat, etc.
— Il vous dira qu'il est fort commun. — M. l'abbé Maynard répond : « Diana ne dit pas cela du tout ; » mais il se garde de le citer. Diana a écrit : « Le docte Hurtado de Mendoza a imaginé un cas qui peut facilement se produire en pratique {qui facile potest evenire in practicum) » , et c'est le cas signalé par Pascal.
— Comme vous le faites tant valoir, — On lit dans la [Response à la quatorzième provinciale (p. 363 du recueil des Responses) : « Je ne vous ferai point rougir de cette étrange hardiesse avec laquelle vous me faites dire que Layman jésuite a suivi Navarre survie sujet des duels, moi qui vous ai accusé, dans la première partie de mes réponses, de lui avoir faussement attribué cette opinion en supprimant le nom de celui qui en est effectivement l'auteur. » Le seul sens que puisse avoir cette réclamation serait que Navarre seul a soutenu cette opinion et que Layman ne l'a pas adoptée. Or, le P. Nouet, qui parle ainsi, a cité lui-même dans la onzième Imposture (p. 144) le texte de Layman, où il dit qu'il 7i'osc pas condamna^ cette opinion de Navarre .
— Mais seulement ce raisonnement impie, — Voir septième Lettre, t. l,page 152.
P. 1\^,-^ Sur V autorité du grave Lessius. — Voici son texte : « Il est tout à fait inique, pour sauver une pomme [ou peut-être une orange, càrpomum n'a pas un sens bien précis], ou môme un écu, d'ôter la vie à un autre ; cependant, si ta vie à toi était déshonorée , faute de l'enlever au voleur, tu pourrais, » etc.
— Et surtout les personnes publiques. — C'est-à-dire les juges , car la phrase qui suit se rapporte à la
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permission [que donnent les casuistes en certains cas de tuer son juge. Voir Lettre 7, t. 1, page 149. P. 119. — Je n'en parlerai point ici, mes Pére^.— Des meur- ' très des personnes publiques par les factieux.
— Non plus que des meurtres. — On a bien fait, en réimprimant, d'ajouter, des autres meurtres.
— Dont Lessius traite si ouvertement. — Le Doute 4 de Lessius^ au chapitre déjà cité, a pour objet le tyrannicide, et c'est évidemment celui que Pascal a surtout dans la pensée. Lessius permet sans difficulté de tuer le tyran qui n'est pas prince légitime, permission déjà très large ; car il est aisé de croire illégitime celui qu'on a envie de tuer : HenW IV l'était aux yeux de la Ligue. De plus, il permet de tuer même le prince légitime, si sa domination devient trop odieuse, mais seulement après qu'on l'aura d'abord déposé dans les formes ; c'est ce qu'on prétendit appliquer à Henri III. Plusieurs jésuites avaient soutenu ces doctrines, et l'avaient lait plus indiscrètement encore que Lessius, surtout le célèbre Mariana, dont l'ouvrage fut condamné par le parlement et brûlé , à la suite de l'assassinat de Henri IV.
Sous Louis XIV, de telles propositions révoltaient tout le monde. Pascal profita contre les jésuites de cette réprobation universelle, mais il le fit avec discrétion. Les sentiments royalistes qu'il exprime sont d'ailleurs tout à fait sincères : Port- Royal les avait hérités d'Antoine Arnauld le père, tout dévoué à Henri IV.
Le Doute 10 porte sur une question d'un tout autre ordre, mais bien scabreuse et bien propre à faire scandale : si on peut faire avorter une femme dans la prévision que l'accouchement mettrait sa vie en danger. On voit que tout avortement pouvait être autorisé sous ce prétexH.e.
P. 120. — Particulière pour le meurtre, — Pascal se fait
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ici un idéal de l'Église qui ne répond guère à Thistoire.
P. 120. — Que Von tue sans Vordre de son Dieu. — Son se rapporte, je pense, à l'Église.
— Ont rendu leur condition. — Cest-à-dire la condition des hommes.
— Ne peut jamais changer. — Toujours l'idéal.
— A été longtemps à ne réconcilier, — C'est-à-dire s'en est tenu longtemps à ne réconcilier, etc. Réconcilier, c'est réconcilier avec l'Église, faire rentrer dans son sein.
P. 121. — B'un coup de pierre pour se défendre. — Vérifier tous ces témoignages serait un grand travail, et peu utile, les assertions de Pascal n'ayant pas été contestées dans les réponses des jésuites. Ceux qui voudraient les contrôler peuvent le faire au moyen du Corpus juris canonici et des Collections des conciles.
— Se suaque liberando. — Les jésuites, dans leur quatorzième Imposture, défendant Molina attaqué dans la septième Lettre, avaient cité, d'après Molina lui-même, un canon d'un pape qui excuse celui qui a tué un voleur, par les paroles suivantes : « Si c'est sans mélange d'aucun sentiment de haine, seulement pour te sauver, toi et ton bien^ que tu as tué de tels membres du diable » : Si sine odii mediatione, te tuaque liberando y ejusmodi diaboli membra interfecisti. Molina ajoutait que te tuaque doit s'entendre comme te vel tua, et c'est ce que soutient encore le P. Nouet dans sa réponse à la quatorzième Lettre. Cependant Molina lui-môme convenait que, dans le cas particulier auquel se rapporte ce canon celui qui est en cause avait été en danger personnellement.
— On vous défie d^en montrer aucun. — La Response à la quatorzième Lettre relève le défi : (c Je ne sais comment vous m'avez défié de vous montrer