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une loi, un canon, un interprète de droit qui nous soit contraire. » Et il s'efforce de répondre. Je ferai remarquer d'abord que Pascal n'a pas parlé des interprètes du droit, mais des textes du droit, lois et canons, et la Besponse n'en a pas trouvé à citer. Elle dit, il est vrai, que Navarre (Azpilcueta) a soutenu cette opinion et r appuie sur les lois et les canons, et elle ajoute : • Voyez-les au chapitre 15 de sa Somme, et vous serez surpris du nombre. » Avant d'y aller voir, j'étais convaincu que cela n'était pas vrai, puisque le P. Nouet ne citait pas lui-même un seul de ces textes; mais je me suis reporté à ce qu'il appelle la Somme de Navarre ; le véf itable titre est Enchindium seumanuale confessorum et pœnitentium, et j'ai vérifié par moi-môme cinq textes de lois qui sont cités en cet endroit. J'ai reconnu que pas un de ces textes ne se rapporte à ce qui est ici en question.
P. 121. — Son esprit est entièrement éloigné. -^ L'esprit de l'Église.
P. 122. — De lèse-majesté au premier chef. — « C'est l'attentat à la personne même du roi. n Dictionnaire de VAcadémie*
— Estropiés^ brûlé nos maisons. — Pour être correct, il aurait fallu reprendre : quand il aurait brûlé nos maisons*
— Et ne Vont'ils pas fait pour proportionner, — Hypothèse bien hasardée. La poursuite privée au criminel n'existe plus, en effet, depuis longtemps, du moins en France ; mais il n'est pas probable que ce soit la raison que dit Pascal qui y ait fait renoncer.
P. 124. — Tout cela est bien pur et bien innocent. — Toutes ces assertions de Pascal sont exactes. Voir, pour le nombre des juges, Laroche-Flavin dans ses treize livres des Parlements , livre IX , chapitre 27. Pour les heures matinales des audiences, le même livre IX, chapitre 8 : i Car on ne doit pas tenir pour
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avis bien digéré ce qui se fait après dîner, comme le dit Philippe de Commines » (le dîner d'alors était le déjeuner d'aujourd'hui). Il n'était pas bon sans doute de j>uger ayant mangé et bu trop largement ; mais était-il meilleur déjuger à jeun? L'obligation de juger selon les dépositions des témoins , qui devaient être au moins deux , était fondée à la fois sur des textes de droit romain mal interprétés et sur un verset de Ja Bible : Deutér., xix, 15. C'est ce qui est expliqué dans l'étude de M. Glasson, de l'Institut, intitulée : Des sources de la procédure civile française, 1882, page 56. C'est aussi à une communication obligeante de M. Glasson que je dois les autres indications que je donne ici.
On sait qu'aujourd'hui, devant les jurés, qui sont devenus les véritables juges au criminel , la preuve n'a plus de règles déterminées. Noire Code d'instruction criminelle dit au contraire (article 342) : « La loi ne demande pas compte aux jurés des moyens par lesquels ils se sont convaincus ; elle ne leur prescrit point de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d'une preuve, » etc. Les formalités d'autrefois étaient des obstacles qu'on avait voulu mettre à la trop grande facilité de condamner, à laquelle les magistrats permanents étaient enclins, par cela même qu'ils jugeaient et qu'ils condamnaient tous les jours.
Pour ce qui regarde ce que Pascal appelle prendre soin des âmes des condamnés, on lit dans Imbert, Pratique civile et anminelle , livre IV, chapitre 6, page 743 de l'édition française de 1611 : « A ce moyen, incontinent après la sentence prononcée, l'on baille un confesseur au condamné, et le sacrement de confession lui est administré, et la question à lui baillée... » etc. Je laisse au lecteur à commenter lui-même le rapprochement de ces doux
choses baillées ensembles, la confession et la ques* tion.
P. 124. — Incapables du ministère de ses autels. — Voir les Remarques sur la Lettre 7, t. i, page 166.
— Il tue et damne celui pour qui Jésus-Christ est mort. — II le damne puisqu'il le tue dans son péché, et avant qu'il ait eu le temps de pourvoir à sa conscience.
II y a là d'ailleurs une démonstration janséniste. La quatrième des cinq fameuses propositions était celle-ci : « II est semi-pélagien de dire que c'est pour tous les hommes sans exception que le Christ est mort et qu'il a versé son sang. » Les jansénistes la désavouaient comme les quatre autres, quoiqu'au, fond elle exprimât bien leur pensée ; mais ils déclaraient que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, tout en soutenant que ceux qui n'ont pas la grâ-ce ne peuvent être sauvés par cette mort. Ils n'en acceptaient pas moins la formule de l'Église. Pascal faisait donc coup double dans cette phrase. D'une part, il lançait aux jésuites un mot terrible ; de l'autre il disait : Vous voyez bien que nous no tenons pas la quatrième propo'sition. Et il développe lui-môme, dans la dix-septième Provinciale, l'avantage que lui donnait cette profession de foi.
— Ni péché , ni irrégularité. — « Irrégulier se dit , en termes de droit canon, de celui qui, après avoir reçu les ordres ecclésiastiques, devient incapable d'en exercer les fonctions. » Lictionnaire de l'Académie. Je ne sais si le mot s'applique aussi aux religieux, sans qu'ils soient prêtres .
— Oh en sommes-nous , mes Pères ? — Sur tout l'ensemble de ce parallèle, il y a encore une observation à présenter. Pascal, d'après Balzac, dit dans ses Pensées (III, 3, à la fin) : « Il n'est pas permis au plus équitable homme du monde d'être juge en sa cause : j'en sais qui pour ne pas tomber dans cet
amour-propre ont été les plus injustes du monde à contre-biais. Le moyen sûr de perdre une affaire toute juste était de la leur faire recommander par leurs proches parents. » Certains esprits libres, par un scrupule de la même fausse impartialité, soutiennent quelquefois les jésuites mal à propos contre les sévérités des Provinciales, Ils acceptent la première excuse qu'on leur apporte, sans y regarder d'assez près. Par exemple, à ce tableau imposant des formalités multipliées et des règles exactes de la justice criminelle (pourtant si tristement imparfaite encore alors), les jésuites répondaient avec ironie que toutes ces formalités n'étaient pas de mise « au coin du bois », et que c'est pour ce caslà que leurs décisions sont faites. {Responses aux Lettres provinciales y p. 379.) Cela paraît plausible au premier abord, et l'est en effet quand on s'en tient à la proposition générale. Mais quand on va au détail, et il n'y a de réel que le détail ; quand on reconnaît que les casuistes permettaient de fait, et habituellement, non au coin d'un bois, mais dans la vie de tous les jours, non seulement le meurtre aveugle et brutal, mais encore l'assassinat et le guet-apens (voir la septiècSe Lettre), on partage l'indignation de Pascal, et on trouve aussi juste que forte, comme l'ont fait les contemporains, l'antithèse terrible où les jésuites affectaient de ne voir qu'une déclamation.
P. 124. — Des mystères révélés par l'Agneau. — Voir Lettre 5, t. i, page 91, à la fin. Le Dragon, dans V Apocalypse, est le diable.
P. 126. — Qui n'est point avec Jésus-ChnsL -— Matth.^ xii, 30 ; mais Marc, ix, 39, dit à peu près le contraire.
— Selon saint Augustin. — Je trouve ce passage dans VEnarratio in psalmum cxlIj n° io.
— Le roi et le dieu du monde. — Jésus est appelé le roi du monde dans V Apocalypse, i , 5. Pour « le dieu
du monde », Pascal a peut-être dans l'esprit VApocalypse, x, 12, où il lisait le mot divinitalis; mais ce mot n*est que dans la Vulgate. Quant au diable, voir Jean, xii, 31 et II Cor,, iv, 4.
P. 125. — Détendre Vautre joue, —■ Mattk., v, 39.
— Malheur à vous quand les hommes. — Luc, vi, 26.
— La Jérusalem mystique. — Dans le texte, « la Jérusalem sainte », Apocalypse, xxi, 2. La spirituelle Sodome, ibid,, xi, 3; mais cette expression n'est pas prise au sens où la prend Pascal.
P. 126. — Que Jésus-Christ, selon saint Paul, — Rom,, viii, 9 .
— Selon la parole de Jésus-Christ. — Jean, vin, 44.
— W est-il pas véritable, — Voir Lettre 7, 1. 1 , p 1 50.
— Que le diable a transmis de son esprit superbe, — Le P. Nouet répond : « Il n'est pas bienséant à un homme d'honneur de parler ainsi ; vous avez trop souvent le diable en la bouche, » etc.
— Le ce qu'il a éclairé V esprit du roi. — Voir Lettre 7, t. 1, page 147.
P. -127. — En la personne du premier juste. — C'est-àdire Abel, Matth. xxiii, 35.
— Contre les vivar^ts et contre les mort^. — Les vivants, comme Du Hamel , Arnauld ;fles morts', comme Saint-Cyran.
— Que c'est au moins un soufflet probable. — Voir la Lettre 5 sur la probabilité. Le P. Nouet n'a rien répliqué à cette note sur le soufflet de Compiègne. Voir Lettre 13, ci-dessus, page 88. Il y fait seulement l'allusion très gauche que voici (page 357) : « Ditesnous enfin ce que vous trouvez d'horrible dans la doctrine des casuistes, mais dites-le nettement. Car je me défie toujours de cette an^ière-main, qui d'un revers vous absout sans scrupule de votre imposture de Compiègne, et vous met , comme vous croyez, en sûreté de conscience. »
Du reste, cette terrible quatorzième Lettre lui a ôté tout sang-froid, et voici ce qu'elle lui inspire
(page 363) : « Je ne vous dirai point que cette Lettre n'est qu'un lieu commun que vous teniez en réserve de longue main pour favoriser votre retraite, ou plutôt un égarement perpétuel qui fait voir aux habiles que vous fuyez, et que, n'ayant rien à répondre aux véritables impostures dont je vous ai convaincu, la colère et le désespoir vous emportent si loin au delà du jugement, que ton ne se peut tenir de rire en vous voyant ainsi courir à perte d'haleine. »
Je veux cependant ajouter un mot en faveur des casuistcs, dans le sens des considérations que j'ai développées à la page lxxxiv de l'Introduction. Quand Lessius dit (voir p. 115) qu'il est permis de tuer un voleur qui s'enfuit avec notre cheval, Pascal juge cette décision abominable : cependant 'je doute qu'il se trouvât un jury pour condamner l'homme qui tuerait ainsi. Et qui sait s'il ne s'en trouverait pas un pour acquitter l'homme qui tuerait son ennemi au cas où celui-ci, pour lui faire affront, lui arracherait avec violence un objet même sans valeur (p. 120) ? C'est ainsi que l'affaiblissement de l'esprit religieux et la facilité avec laquelle on s'abandonne aujourd'hui à la nature, viennent en aide aux casuistes contre les sévérités de Pascal. Mais ce qvii rendait leur position fausse, môme quand leurs thèses auraient pu paraître acceptables, c'est qu'ils étaient tenus de parler, non pas au nom de la nature, mais au nom de Dieu.
La note de dix-sept pages que Nicole a écrite sur cette Lettre est une véritable dissertation théologique sur l'homicide.