‹ Les provinciales de PascalChapitre 57 sur 124 · Par les sentiments · texte numérisé non relu

Par les sentiments

En vérité, mes Pères, voilà le moyen de vous faire croire jusqu'à ce qu'on vous réponde ; mais c'est aussi le moyen de faire qu'on ne vous croie jamais plus, après qu'on vous aura répondu. Car il est si vrai que vous mentiez alors , que vous ne faites aujourd'hui aucune difficulté de reconnaître, dans vos réponses , que cette maxime est dans le Père Bauny , au lieu même qu'on avait cité : et ce qui est admirable , c'est qu'au lieu qu'elle était détestable il y "a 12 ans, elle est maintenant si innocente que, dans votre 9^ Imposture, p. 10, vous m'accusez d*ignorance et de malice, de quereller le Père Bauny sur une opinion qui n'est point rejetée dans Vécole. Qu'il est avantageux, mes Pères, d'avoir affaire à ces gens qui disent le pour et le contre ! Je n'ai besoin que de vous-mêmes pour vous confondre. Car je n'ai à montrer que deux choses : Tune, que cette maxime ne vaut rien ; l'autre, qu'elle est du Père Bauny ; et je prouverai l'une et l'autre par votre propre confession. En 1644, vous avez reconnu qu'elle est détestable, et, en 1656, vous avouez qu'elle est du Père Bauny c Cette double reconnaissance me justifie assez, mes Pères. Mais elle fait plus, elle découvre l'esprit de votre politique. Car, dites-moi, je vous prie , quel est le but que vous vous proposez dans vos écrits ? Est-ce de parler avec sincérité? Non, mes Pères, puisque vos réponses s'entre-détruisent. Est-ce de suivre la vérité de la foi ? Aussi peu , puisque vous autorisez une maxime qui q^X détestable selon vous-mêmes. Mais considérons que, quand vous avez dit que cette maxime est détestable , vous avez nié en même temps qu'elle fût du Père Bauny ; et ainsi il était innocent : et quand vous avouez qu'elle est de lui, vous soutenez en même temps qu'elle est bonne; et ainsi il est innocent encore. De sorte que , l'innocence de ce Père étant la seule

chose commune à vos deux réponses, il est visible que c'est aussi la seule chose que vous y recherchez, et que vous n'avez pour objet que la défense de vos Pères, en disant d'une même maxime qu'elle est dans vos livres et qu'elle n'y est pas ; qu'elle est bonne et qu'elle est mauvaise : non pas selon la vérité, qui ne change jamais, mais selon votre intérêt, qui change à toute heure. Que ne pourrais-je vous dire là-dessus? car vous voyez bien que cela est convaincant. Cependant cela vous est tout ordinaire '. Et pour en omettre une infinité d'exemples, je crois que vous vous contenterez que je vous eji rapporte encore un.

On vous a reproché en divers temps une autre proposition du même Père Bauny, tr. 4, quest. 22, p. 100: On ne doit dénier ni refuser* [^absolution à ceux qui sont dans les habitudes de crimes contre la loi de Dieu^ de la nature^ et de l'Eglise, encore qu^on n'y voie aucune espérance d'amendement : etsi emendationis futurœ spes nulla appareat. Je vous prie sur cela, mes Pères, de me dire lequel y aie mieux répondu, selon votre goût,oudevotrePèrePintereau,ou de votre Père Brisacier, qui défendent lePère Bauny en vos deux manières: l'un en condamnant cette proposition, mais en désavouant aussiqu'ellesoitduPèreBauny;rautre en avouant qu'elle est du Père Bauny, mais en la justifiant en même temps. Écoutez-les donc discourir. Yoici le Père Pintereau, p. 48 : Qu'appelle-t-on franchir les bornes de toute pudeur, et passer au delà de toute impudence, sinon d'imposer au Père Bauny , comme une chose avéï^ée, une si damnable doctrine ? Jugez, lecteur, de l'indignité de cette calomnie, et voyez à qui les Jésuites ont affaire,

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