‹ Les provinciales de PascalChapitre 83 sur 124 · SUR LA SEIZIÈME PROVIXCIALE · texte numérisé non relu

SUR LA SEIZIÈME PROVIXCIALE

P. 171. — Contre M. (Tlpre, — C*est-à-dire Jansénius. Le P. Nouet, dans la Réponse à la quinzième Lettre, page 407, venait de répéter qu'il existait une lettre de Jansénius à Saint-Gyran, où il lui promettait d'entretenir Barcos, neveu de Saint- Gyran, des biens d'un collège, qu'il avait entre les mains, sans qu'aux comptes qu'il en doit rendre^ personne du monde en sache rien.

P. 172. — Me ferait trouver de l'argent au besoin. — Cette Lettre 16 ayant paru avant qu'eût été publiée la Réponse à la quinzième , le P. Nouet en a profité pour ajouter à celle-ci un post-scriptum où il oppose à Pascal le texte môme de la Lettre de Jansénius dont il n'avait donné que l'analyse. Voici ce texte (la phrase soulignée l'a été par le P. Nouet) : « Quant à Barcos, vous vous mettez trop en peine du fournissement de ce qu'il aura besoin; car je vous ai tant de fois répété que cela ne me gêne aucunement ; non que j'aie tant de moyen {sic au singulier) de moi-môme, qui n'ai rien sinon ma vie ; mais c'est l'argent du collège, qui permet bien cela et davantage, sans qu'au compte que j'en rends toutes les années j personne du monde en sache rien. » Le P. Nouet reproche à Pascal d'avoir supprimé ces paroles, et Pascal, en effet, aurait sans doute été embarrassé de les avouer; car les partis (et Jansénius était le chef du parti) n'aiment pas à faire tout haut l'histoire de leurs fonds secrets, môme quand ils ne les emploient que pour le profit de la cause, comme c'était ici le cas.

P. 172. — Du tronc de Saint-Merri. — On lit dans T Avertissement qui suit la septième Imposture : « Le calomniateur janséniste nous- dira quand il lui plaira les autres méthodes qu'il assure que nous avons inventées, pour apprendre aux personnes du monde à s*enrichir sans usure. Mais je l'avertis par avance que nous n'approuverons jamais celle du prêtre janséniste qui inventa l'an passé la méthode d'ouvrir les troncs des églises, et qui en fit Tessal dans la cave de Saint- Me deric. »

— Quant à ce que vous dites au même lieu, — c Ni celle de ce fameux directeur (continue le P. Nouet), qui trouva longtemps auparavant l'art d'enlever des cassettes, et se faire riche en un moment de neuf cent mille livres d'effets. » Il s'agit ici d'une affaire qui avait fait grand bruit dans Paris à la fin de 1652 ; on la trouvera développée dans les Mémoires du P. Rapiny t. I, pages 466 et 557. M. de Chavigny, mourant, s'était confessé, à l'insu de sa femme , au fameux Singlin, directeur du couvent de Port-Royal, et lui avait remis une liasse de papiers, représentant à peu près la somme qui vient d'être dite, pour être employée en restitutions, afin de satisfaire sa conscience*, qui n'était pas rassurée sur l'origine d'une grande partie de sa fortune. Quand il fut mort, Singlin fit avertir M^^ de Chavigny ; mais elle protesta contre un pareil dépouillement et réclama, au nom de ses enfants , que ces sommes fussent rendues à la succession. On prit des arbitres, Sainte- Beuve, docteur de feorbonne , pour Port-Royal ; le curé de Saint-Roch , docteur aussi, pour M™« de Chavigny ; celui de Saint-Paul, autre docteur, curé du mort et directeur de sa veuve, fut accepté des deux côtés pour surarbitre. Il fut décidé que M™« de Chavigny abandonnerait cent mille livres et garderait le reste, ce qui fut fait. Les arbitres rendirent témoignage à la parfaite loyauté de Singlin.

SEIZIÈME LETTRE iOi

P. 178. — - Qvd^y étaient retirés. — Ils avaient dû en sortir, par ordre de la cour, le 20 mars de cette année. Sainte-Beuve, Pori-iloya/, livre III, u? xi.

P. 174. — Tout ce que fat reçu de lui, — C'est-à-dire son éloquence et sa véhémence. Je m'étonne que les Responses ne relèvent pas Torgueil de ces paroles, qui aboutissent môme à un trait peu obligeant pour les talents de Port-Royal. Il est vrai que Pascal affecte de Tentendre en ce sens que, n'étant pas un saint, comme MM. de Port-Royal, il sera moins réservé et plus redoutable.

— Four vous en obtenir le pardon. — Est-il bien vrai qu'on fût occupé dans Porb-Royal à prier Dieu pour obtenir le pardon des jésuites ? Oui , peut-être, car il y a un texte formel : « Priez pour ceux qui vous persécutent. » Mattk.y v, 44. Mais que pouvaient être ces prières ? Elles ressemblaient sans doute à celle que l'Église elle-même fait pour les Juifs, le vendredi saint, en ces termes : i< Prions aussi pour les traîtres Juifs», oremus et pro perfidis Judœis. Et les jésuites ripostaient : « Quittez, Monsieur, quittez ce masque de justice et de charité. » Besponse à la onzième Lettre, page 280.

— Impie fades eorum ignominia. — Psaume lxxxii,

— Avec le nom de votre P. Meynier. — Voir Lettre 15, page 155.

P. 17B. — L'Institution du Saint-Sacrement, — Toute l'histoire de cet établissement est expliquée au commencement de V Abrégé de VEistoire de Port-Royal de Racine, dans les trente premières pages. Il fut définitivement constitué en octobre 1647. L'habit du Saint-Sacrement consistait , dit Racine , « en un scapulaire blanc , où il y avait une croix d'écarlate attachée par devant , pour désigner par ces deux couleurs le pain et le vin , qui sont les voiles sous lesquels Jésus-Christ est caché dans ce mystère. »

toi LETTRES PROVINCIALES

Les filles de Port-Royal portaient auparavant un scapulaire noir.

P. 177. — On y lit à votre confusion. — Les ouvrages indiqués ici en abrégé sont les suivants : 1^ La seconde des deux Lettres d'Arnauld, de 4635; voirTIntroduction, page xlix ; — - 2^ Le Livre de la Fréquente Communionj du môme, 1663. — 3^ La Théologie fami- Hère de Saiai-Gyran, i643. Cette première édition est anonyme. Une troisième édition ^ de 1646, que j*ai sous les yeux, est intitulée : Théologie familière^ avec divers autres traités de dévotion, par messire Jean Du Vergier de Haiaranne, abbé de Saint-Cyran. Il était mort à la fin de 1643. — 4^ De to Suspension, Le titre complet est celui-ci : Raisons de la cérémonie et de la coutume ancienne de suspendre le Saint-Sacrement dans les églises^ au-^iessus du grand autel. C'est un de ces petits traités imprimés à la ^suite de la Théologie familière. — 5® Heures de Port-RoyaL Autrement, VOffke de VÊglisef traduit en français par Jean Dumont, c*est-à*dire M. de Saci, 1650, in-12. Cette traduction est en vers. — 6® Défense du chapelet du Saint'Sacrement , du môme , 1633. Le Chapelet secret du Saint-Sacrement était un écrit de la mère Agnès , sœur d'Arnauld , qui excita toute une tempôte. Voir la Note 2 de Nicole sur cette Lettre. On peut lire à ce sujet V Histoire du jansénisme du P. Rapin (publiée en 1861 par Tabbé Domenech], p. 275, et Sainte-Beuve, Port-Royal^ livre I«', n» xii.

^— De rÉglise militante et voyagére, -^ Ce mot n'est pas dans le Dictionnaire de V Académie. Littré a recueilli cet exemple dans le sien» mais en l'attribuant à Arnauld. Il est de Saint^yran, dont la langue est plus vieille que celle d'Arnauld : il était son aîné de trente ans.

P. 178. — Comme l'Écriture parle. *- II Cor., v, 15.

P; 179. — Faites donc parler Mestrezat. — Le ministre protestant Mestrezat, Genevois, mais établi en France,

SEIZIEME LËÏIRë! m^

est mort en i657. On sait que le culte protestant, encore permis à cette date , ne Tétait pas à Paris ; les protestants de Paris n'avaient de temple qu'à Gharenton.

P. 180. — Richelieu dans ses Controverses. — On désignait ainsi le livre intitulé : Traité qui contient la méthode laplus facile et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de l'Église , ouvrage qui fut trouvé dans les papiers de Richelieu après sa mort, et publié sous son nom, Paris, 1651.

Ce titre de Controverses vient sans doute de ce qu'à la dernière page du livre on lit les lignes suivantes : «c L'auteur avait dessein de traiter encore neuf points de controverse en autant de chapitres, si la mort ne l'eût prévenu , pour le malheur de l'Église et de sa patrie. » Les mots s'élant unis avec les Luthériens se rapportent à un accord conclu entre eux dans un synode national tenu à Gharenton, en 1631.

— LExplication des cérémonies. — Cet ouvrage et le suivant sont de Saint^Cyran.

P. 181. — Il aurait dit impunément. — * Dans la Fréquente

Communion (Nicole).

-^ Cùr votre Père Brisacier dit. -^ Voir Lettre 15 j page 154.

— Que votre Père Mascarenhàs. — Emnianuel de Mas- CarenhaSj jésuite portugais, né en 1 604, mort en 1 654 : tractatus de Sa^ramentis in génère , baptisirio , iionflrmatione y eucharistia\ necnon de sacriflcio missae, Paris^ 1656, in-fol., tr. 4, disp. 5, n« 284.

— ^ Pai* des péchés abominables. — Pascal supprime le détail indécent des péchés de luxure dont il s'agit. <K Ce n'estj dit le texte, ni péché mortel , ni mômd péché véniel. » Ce qui suit n'est qu'un abrégé ^ et non une traduction, du telte dé Mascarenhas;

— Par la pratique universelle dé toute la terre. — Lé texte dit : « De toute l'Église. »

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P. 182* -— Comme fait rEccUsiasHque. — Chapitre x, vei^ set 10.

P. 183. — Le livre de Petrus Aureliu$.~- Qui est bien de lui eu effet. Voir sur ce livre Sainte-Beuve , Portr Aoya/, livre III, n» xii.

— UÉglise ne pouvant pas leur ôter, — « Potestas ordinis remanet in episcopo semel consecrato ; sed hoc per accidens esly oh indelebilitatem characttris. » (On pourrait traduire : « Mais cela n*est vrai que par

' accident, parce que le caractère est indélébile. ») Non remanet tamen^ a more loquendi ecclesiœ, qux talem potestatem non magis agnoscit quam si rêvera nulla essetf etc.

P. 184. — Par trois assemblées générales.— De 1635, 164^, 1645 ; mais celle de 1656, Tannée môme des Provinciales, ne s'associa pas à cette approbation.

— N'est pas ineffaçable. — Saint-Cyran reconnaît que rÉglise ne peut pas Teffacer au dehors (comme elle peut effacer celui de moine), mais en même temps il admet que Dieu peut Teffacer au dedans. C'est ce qui résulte d'une phrase qui vient après celles que Pascal a traduites, et qu'on peut lire dans Nicole : Quod sacerâotium soluto voto castitatis remaneatf inde fU quia sacerdotalis character est divina res, intima, spiritualis, soli Deosubjectaj abeo soloy non ab ecclesia delebilis.

— La même viande qu*aux saints dans le cieL — La phrase d'Arnauld suppose, non pas sans doute que Jésus-Christ est mangé de bouche dans le ciel, mais que dans le ciel môme il est encore la viande^ la nourriture des saints, nourriture d'ailleurs toute spirituelle. Le concile dit expressément que l'on mangera dans le ciel le pain des anges : eumdem panem angelorum... absque ullo velamine manducaturi.

P. 18B. — Comme dit le cardinal Du. Perron. — Jacques Davy Du Perron, né en 1556, cardinal en 1604, mort

en iGiSy a écrit» entre autres ouvrages, un TraUé de

rEucharUtie, contre Du Plessis-Mornay.

P. 186. — DieUj dit saint Eticher. — Ëvèque de Lyon, mort

en 454, dans son Liber formularum, ch. 4.

P. 186. ^ Que saint Paul oppose. — I Cor.y xiii, 10 ; Hebr.,

VIII, 89 et X, i.

— Comme dit le même apôtre. — Hebr., xi, i,

— Abhorrer les calvinistes. — Combien une telle expression nous étonne! Si encore il eût dit : abhorrer le calvinisme I

P. 189. — De mendacio ineruditionis tuss. -^Ecclésiastique j IV, 30.

— Ait été rejeté par saint Thomas. — fiossuet ne paraît pas l'admettre non plus, Histoire des Varia' lions j livre IV. (Œuvres complètes, Paris, 1836, t. 5, p. 575.)

P. 190. — Voire propre PèreJarrige. — Pierre Jarrige, né à Tulle en 1605 , est mort en «660. Il se fit pro- • testant à la fin de 1647, à La Rochelle, puis se retira à Leyde. Après sa coadatfination prononcée à La Rochelle, il publia le livre intitulé : « Les jésuites surTéchafaud i, Leyde, 1648, in-8». Il redevint catholique en 1650 et publia à Anvers une Bétractation. Les jésuites le renvoyèrent à sa famille.

— Y est dans un état de mort. — II Cor.j iv, 10.

P. 191. — Envoie de ses impudicités à l'autel. — Voir Lettre 6, t. 1, p. 126. Voir aussi Tlntroduction, page Lxxxvi.

— Approuvées de leur propre général. — Voir plus haut la citation de Mascarenhas.

— En celles de votre bon ami Filleau. — Filleau, avocat du roi à Poitiers, est mort en 1682. Il publia en 1654 une Relation, qu'il prétend tenir d'un ecclésiastique qu'il ne nomme pas, lequel avait assisté en 1621, dans un couvent à Bourg-Fontaine, près Villers-Gotterets, aune conférence où Jansénius,

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