Aux décisions de la foi
DIX-SEPTIËME LETTRE 225
peuvent errer en définissant les dogmes de foi; mais ils peuvent errer en des questions de fait. Et ailleurs : Le pape, comme pape, et même à la tête d'un concile universel, peut errer dans les controverses particulières de fait, qui dépendent principalement de l'information et du témoignage des hommes. Et le cardinal Baronius de môme : // faut se soumettre entièrement aux décisioîîs des conciles dans les points de foi; mais pour ce qui concerne les personnes et leurs écrits, les censuresqui en ont été faites ne se trouvent pas avoir été gardées avec tant de rigueur, parce qu'il n'y a personne à qui il ne puisse amver d'y être trompé* C'est aussi pour cette raison que M. Tarchevêque de Toulouse a tiré cette règle des lettres de deux grands papes, saint Léon et Pelage II : Que le propre objet des conciles est la foi, et que tout ce qui s'y résout hors de la foi peut être revu et examiné de nouveau ; au lieu qu'on ne doit plus examiner ce qui a été décidé en matière de foi; parce que, comme dit Tertullien, la règle de la foi est seule immobile et irrétractable.
De là vient qu'au lieu qu'on n'a jamais vu les conciles généraux etlégitimes contraires les uns aux autres dans les points de foi, parce que, comme dit M. de Toulouse, il n'est pas seulement permis d'examiner de nouveau ce qui a été déjà décidé en matière de foi; on a vu quelquefois ces mêmes conciles opposés sur des points de fait, où il s'agissait de l'intelligence du sens d'un auteur, parce que, comme dit encore M. de Toulouse, après les papes qu'il cite, tout ce qui se résout dans les conciles hors la foi peut être revu et examiné de nouveau. C'est ainsi que le iv® et le v® conciles paraissent contraires l'un à l'autre, en l'interprétalion des mêmes auteurs ; et la même chose arriva entre deux papes, sur une proposition de certains moines de Scy-
thie. Car, après que le pape Hormisdas Teut condamnée en l'entendant en un mauvais sens, le pape Jean 11^ son successeur, Texaminant de nouveau, et l'entendant en un bon sens, l'approuva, et la déclara catholique. Diriez-vous pour cela qu'un de ces papes fut hérétique? Et ne faut-il donc pas avouer que, pourvu que l'on condamne le sens hérétique qu'un pape aurait supposé dans un écrit, on n'est pas hérétique pour ne pas condamner cet écrit, en le prenant en un sens qu'il est certain que le pape n'a pas condamné, puisque autrement l'un de ces deux papes serait tombé dans l'erreur ?
J'ai voulu, mon Père, vous accoutumer à ces contrariétés qui arrivent entre les catholiques sur des questions de fait touchant l'intelligence du sens d'un auteur, en vous montrant sur cela un Père de rÉe:lise contre un autre, un pape contre un pape, et un concile contre un concile, pour vous mener de là à d'autres exemples d'une pareille opposition, mais plus disproportionnée. Car vous y verrez des conciles et des papes d'un côté, et des Jésuites de l'autre, qui s'opposeront à leurs décisions touchant le sens d'un auteur, sans que vous accusiez vos confrères, je ne dis pas d'hérésie, mais non pas même de témérité.
Vous savez bien, mon Père, que les écrits d'Origène furent condamnés par plusieurs conciles et par plusieurs papes, et même par le v" concile général , comme. contenant des hérésies, et entre autres celle de la réconciliation des démons au jour du jugement. Croyez-vous sur cela qu'il soit d'une nécessité absolue, pour être catholique, de confesser qu'Origène a tenu en effet ces erreurs, et qu'il ne suffise pas de les condamner sans les lui attribuer? Si cela était, que deviendrait votre Père Halloix, qui a soutenu la pureté de la foi d'Origène, aussi bien que plusieurs autres catholiques qui
ont entrepris la même chose, comme Pic delà Mirande et Genebrard^ docteur de Sorbonne ? Et n'est-il pas certain encore que ce même concile général condamna les écrits de Théodoret contre saint Cyrille, comme impies, contraires à la vraie foi, et contenant Vhérésie nestovienne? Et cependant le Père Sirmond, Jésuite, n'a pas laissé de le défendre et de dire dans la vie de ce Père que ces mêmes écrits sont exempts de cette hérésie nestorienne.
Vous voyez donc, mon Père, que quand TÉglise condamne des écrits, elle y suppose une erreur qu'elle y condamne, et alors il est de foi que cette erreur est condamnée; mais qu'il n'est pas de foi que ces écrits contiennent en effet l'erreur que l'Église y suppose. Je crois que cela est assez prouvé ; et ainsi je finirai ces exemples par celui du pape Honorius, dont l'iiistoire est si connue. On sait qu'au commencement, du vil' siècle l'Église étant troublée par l'hérésie des monothélites , ce pape, pour terminer ce différend, fit un décret qui semblait favoriser ces hérétiques, de sorte que plusieurs en furent scandalisés. Gela se passa néanmoins avec peu de bruit sous son pontificat; mais, 50 ans après, l'Église étant assemblée dans le vi* concile général, où le pape Agathon présidait par ses légats, ce ^décret y fut déféré; et, après avoir été lu et examiné, il /ut condamné comme contenant l'hérésie des monothélites, et brûlé en cette qualité en pleine assemblée, avec les autr.s écrits de ces hérétiques. Et cette décision fut reçue avec tant de respect et d'uniformité dans toute l'Église, qu'elle fut confirmée ensuite par deux autres conciles généraux, et même par les papes Léon II et par Adrien II *, qui vivait deux cents