‹ Les provinciales de PascalChapitre 92 sur 124 · Par les papes Léon II et Adrien lU · texte numérisé non relu

Par les papes Léon II et Adrien lU

as LETTRES PROVINCIALES

ans après, sans que personne ait troublù ce consentement si universel et si paisible durant sept ou huit siècles. Cepencla>nt quelques auteurs de ces derniers temps, et entre autres le cardinal Bellarmin, n'ont pas cru se rendre hérétiques pour avoir soutenu contre tant de papes et de conciles que les écrits d'Honorius sont exempts de Terreur qu'ils avaient déclaré y être, parce, dit-il, que des conciles généraux pouvant errer dans les questions de fait, on peut dire en toute assurance que le vi^ concile s'est trompé en ce fait-là ; et que, n'ayant pas bien entendu le sens des lettres d'Honorius, il a mis à tort ce pape au nombre des hérétiques.

Remarquez-donc bien , mon Père , que ce n'est pas être hérétique de dire que le pape Honorius ne l'était pas, encore que plusieurs papes et plusieurs conciles l'eussent déclaré , et même après l'avoir examiné. Je viens donc maintenant à notre question, et je vous permets de faire votre cause aussi bonne que vous le pourrez. Que direz-vous, mon Père, pour rendre vos adversaires hérétiques? Que le pape Innocent X a déclai^é que l'erreur des cinq propositions est dans Jansénius ? Je vous laisse dire tout cela. Qu'en concluez-vous? Que c^est être hérétique de ne pas reconnaître que l'erreur des cinq propositions est dans Jansénius ? Que vous en semble-t-il, mon Père? N'est-ce donc pas ici une question de fait, de même nature que les précédentes ? Le pape a déclaré que l'erreur des cinq propositions est dansJansénius,demême que ses prédécesseurs avaient déclaré que l'erreur des nestoriens et des monothélites était dans les écrits de Théodoret et d'Honorius. Sur quoi vos Pères ont écrit qu'ils condamnent bien ces hérésies, mais qu'ils ne demeurent pas d'accord que ces auteurs les aient teques : de même que vos adversaires

disent aujourd'hui qu'ils condamnent bien ces cinq propositions, mais qu*ils ne sont pas d'accord que Jansénius les ait enseignées. En vérité, mon Père, ces cas-là sont bien semblables; et, s'il s'y trouve quelque différence, il est aisé de voir combien elle est à l'avantage de la question présente, par la comparaison de plusieurs circonstances particulières, qui sont visibles d'elles-mêmes, et que je ne m'arrête pas à rapporter. D'où vient donc , mon Père, que , dans une même cause, vos Pères sont catholiques et vos adversaires hérétiques? Et par quelle étrange exception les privezvous d'une liberté que vous donnez à tout le reste des fidèles ?

Que direz-vous sur cela, mon Père? Que le pape a confirmé sa Constitution par un bref?3Q vous répondrai que deux conciles généraux et deux papes ont confirmé la condamnation des lettres d'Honorius. Mais quelle force prétendez-vous faire sur les paroles de ce bref, par lesquelles le pape déclare qu'il a condamné la doctrine de Jansénius dans ces cinq propositions ? Qu'est-ce que cela ajoute à la Constitution, et que s^ensuit-ilde là? sinon que, comme le vi* concile condamna la doctrine d'Honorius, parce qu'il croyait qu'elle était la môme que celle des monothélites , de même le pape a dit qu'il a condamné la doctrine de Jansénius dans ces cinq propositions, parce qu'ila supposé qu'elle étaitla même que ces cinq propositions. Et comment ne l'eût-il pas cru? Votre Société ne publie autre chose; et vousmême, mon Père, qui avez dit qu'elles y sont mot à mot^ vous étiez à Rome au temps de la censure ; car je vous rencontre partout. Se fût-il défié de la sincérité ou de la suffisance de tant de religieux graves? Et comment n'eût-il pas cru que la doctrine de Jansénius était la même que celle des cinq propositions, dans l'assurance

îdO LETTRES PROVINCIALES

que vous lui aviez donnée qu*elles étaient mot à mot de cet auteur? Il est donc visible, mon Père, que, s'il se trouve que Jansénius ne les ait pas tenues, il ne faudra pas [dire , comme vos Pères ont fait dans leurs exemples, que le pape s'est trompe en ce point de fait, ce qu'il est toujours fâcheux de publier : maïs il ne faudra que dire que vous avez trompé le pape ; ce qui n'apporte plus de scandale, tant on vous connaît maintenant;

Ainsi , mon Père , toute cette matière est bien éloignée de pouvoir former une hérésie. Mais comme vous voulez en faire une à quelque prix que ce soit , vous avez essayé de détourner la question du point de fait pour la mettre en un point de foi; et c'est ce que vous faites en cette sorte. Le pape, dites-vous, déclare qu'il a condamné la doctrine de Jansénius dans ces cinq propositions ; donc il est de foi que la doctrine de Jansénius touchant ces cinq propositions est hérétique, telle quelle soit. Voilà, mon Père, un point de foi bien étrange, qu'une doctrine est hérétique, telle qu'elle puisse être. Eh quoil si, selon Jansénius, on peut résister à la grâce intérieure, et s'il est faux, selon lui, que Jésus-Christ ne soit mort que pour les seuls prédestinés, cela sera-t-il aussi condamné, parce que c'est sa doctrine? Sera-t-il vrai dans la Constitution du pape qne Von a la liberté de faire le bien et le mal, et cela serat-il faux dans Jansénius? Et par quelle fatalité serat-il si malheureux, que la vérité devienne hérésie dans son hvre? Ne faut-il donc pas confesser qu'il n'est hérétique qu'au cas qu'il soit conforme à ces erreur condamnées ; puisque la Constitution du pape est la règle à laquelle on doit appliquer Jansénius pour juger de ce qu'il est, selon le rapport qu'il y aura : et qu'ainsi on résoudra celte question, savoir si sa doctrine est

DlX-SEPTlÉME LETTRE 231

hérétique, par cette autre question de fait, «avoir 5i elle est conforme au sens naturel de ces propositions ; étant impossible qu'elle ne soit hérétique, si elle y est conforme, et qu eliene soit catholique, si elle y est contraire? Car enfin, puisque, selon le pape et les évêques, les propositions sont condamnées en leur sens propre et naturel, il est impossible qu'elles soient condamnées au sens de Jansénius , sinon au cas que le sens de Jansénius soit le même que le sens propre et naturel de ces propositions, ce qui est un point de fait.

La question demeure donc toujours dans ce point de lait, sans qu'on puisse en aucune sorte l'en tirer pour la mettre dans le droit. Et ainsi on n'en peut faire une matière d'hérésie ; mais vous en pourriez bien faire un prétexte de persécution , s'il n'y avait sujet d'espérer qu'il ne se trouvera point de personnes qui entrent assez dans vos intérêts poursuivre un procédé si injuste, et qui veuillent contraindre de signer, comme vous le souhaitez, que Von condamne ces propositions au sens de Jansénius, sans expliquer ce que c'est que ce sens de Jansénius. Peu de gens sont disposés à signer une confession de foi en blanc. Or ce serait en signer une *, que vous remphriez ensuite de tout ce qu'il vous plairait; puisqu'il vous serait libre d'interpréter à votre gré ce que c'est que ce sens de Jansénius qu'on n'aurait pas expliqué. Qu'on l'explique donc auparavant; autrement vous nous feriez encore ici un pouvoir prochain, abstrahendo ab omni sensu. Vous savez que cela ne réussit pas dans le monde. On y hait l'ambiguïté , et surtout en matière de foi , où il est bien juste d'entendre pour le moins ce que c'est que l'on condamne. Et comment se pourrait-il faire que des docteurs,qui sont

Page 1