DE LA CONFESSION
dre y sans justifier en aucune sorte cette décision du père Bauny^ qui est à mon sens une de leurs plus pernicieuses maximes^ et des plus propres à entretenir les vicieux dans leurs mauvaises habitudes. Je demeure d'accord^ me dit-il^ que Thabitude augmente la malice du péché ^ mais elle n'en change pas la nature : et c'est pourquoi on n'est pas obligé à s'en confesser^ selon la règle de nos pères, qu'Ëscobar rapporte, m princ. , ex. 2, n. 39 : (( Qu'on n'est obligé de confesser que les « circonstances qui changent l'espèce du péché, et non « pas celles qui l'aggravent. » •
C'est selon cette règle que notre père Granados dit, m 5 part., cont. 7, tr. 9, d. 9, n. 22, que « si on a « mangé de la viande en carême, il suffit de s'accuser a d'avoir rompu le jeûne, sans dire si c'est en mangeant « de la viande , ou en faisant deux repas maigres. » Et, splon notre P. Reginaldus, tom. 1,1. 6, c. 4, n. 114, « un devin qui s'est servi de l'art diabohque n'est pas « obligé à déclarer cette circonstance; mais il suffît de « dire qu'il s'est mêlé de deviner, sans exprimer si c'est « par la chiromancie, ou par un pacte avec le démon. » Et Fagundez, de notre Société, in 2^ EccL prœcept. , 1. 4, c. 3, n. 17, dit aussi : a Le rapt n'est pas une cirii constance qu'on soit tenu de découvrir, quand la fille <c y a consenti. » Notre P. Escobar rapporte tout cela au même lieu, n. 41 , 61 , 62, avec plusieurs autres décisions assez curieuses des circonstances qu'on n'est pas obligé de confesser. Vous pouvez les y voir vous-même. Voilà, lui dis-je, des artifices de dévotion bien accommodants.
Tout cela néanmoins, dit-il, ne serait rien, si on n'avait de plus adouci la pénitence , qui est une des choses qui éloignait davantage de la confession. Mais maintenant les plus délicats ne la sauraient plus appréhender.
m DIXIÈME LETTRE.
après ce que nous avons soutenu dans nos thèses du collée de Glennont : « Que si le confesseur impose « une pénitence convenable^ canvenientem, et qu'on ne « veuille pas néanmoins Taccepter^ on peut se retirer <( en renonçant à l'absolution et àla pénitence imposée, d Et Escobar dit encore , dans la Pratique de la pénitence selon notre Société^ tr. 7, ex. k, n. 188 : a Que si le c( pénitent déclare qu'il veut remettre à l'autre monde a à faire pénitence^ et souffrir en purgatoire toutes les a peines qui lui sont dues^ alors le confesseur doit lui a imposer une pénitence bien légère pour l'intégrité du c< sacrement , et principalement s'il reconnaît qu'il n'en c( accepterait pas une plus grande. » Je crois ^ lui dis-je^ que^ si cela était ^ on ne devrait plus appeler la con* fession le sacrement de pénitence. Vous avez tort^ ditil; car au moins on en donne toujours quelqu'une pour la forme. Mais^ monpère^ jugez-vous qu'un homme soit digne de r^evoir l'absolution^ quand il ne veut rien faire de pénible pour expier ses offenses? et quand des personnes sont en cet état^ .ne devriez-vous pas plutôt leur retenir leurs péchés que de les leur remettre ? A vezvous l'idée véritable de l'étendue ' de votre ministère? et ne savez-vous pas que vous y exercez le pouvoir de lier et de délier? Croyez-vous qu'il soit permis de donner l'absolution indifféremment à tous ceux qui la domandent^ sans reconnaître auparavant si Jésus-Christ délie dans le ciel ceux que vous déliez sur la terre? Eh quoi I dit le père^ pensez-vous que nous ignorions que « le confesseur doit se rendre juge de la disposition de <( son pénitent, tant parce qu'il est obligé de ne pas dis- « penser les sacrements à ceux qui en sont indignes, « Jésus-Christ lui ayant ordonné d'être dispensateui
■ tk retendue nmvpie dans les éd. in-4* et in-12.
DE l'absolutioii. 175
x< fidèle^ et de ne- pas donner les choses saintes aux a chiens^ que parce qu'il est juge ^ et que c'est le de- « voir d'un juge de juger justement^ en déliant ceux m qui en sont dignes^ et liant ceux qui en sont indignes^ « et aussi parce qu'il ne doit pas absoudre ceux que c( Jésus-Christ condamne? » Dé qui sont ces paroles-là^ mon père? De notre père Filiutius^ répliqua-t-il, t. 1, tr. 7 , n. 364. Vous me surprenez, lui dis-je; je les prenais pour être d'un des Pères de l'Église. Mais^ mon père, ce passage doit bien étonner les confesseurs, et les rendre bien circonspects dans la dispensation de ce sacrement, pour reconnaître si le regret de leurs pénitents est suffisant, et si les promesses qu'ils donnent de ne plus pécher à l'avenir sont recevables. Cela n'est point du tout embarrassant, dit le père : Fillutius n'avait garde de laisser les confesseurs dans cette peine ;/ et c'est pourquoi, ensuite de ces paroles, il leur donne • cette méthode facile pour en sortir : « Le confesseur a peut aisément se mettre en repos touchant la disposi- « tion de son pénitent : car, s'il ne donne pas des signes « suffisants de douleur, le confesseur n'a qu'à lui de- (( mander s'il ne déteste pas le péché dans son âme; et « s'il répond que oui, il est obligé de l'en croire. Et il « faut dire la même chose de la résolution pour l'avenir, « à moins qu'il y eût quelque obligation de restituer, a ou de quitter quelque occasion prochaine. )t> Pour ce passage, mon père, je vois bien qu'il est de Filiutius. Vous vous trompez, dit le père : car il a pris tout cela mot à mot de Suarez, t. XIX, de Sacram. , p. 2, disp, 32, sect. 2. Mais, mon père, ce dernier passage de Filiutius détruit ce qu'il avait établi dans le premier ; car les confesseurs n'auront plus le pouvoir de se rendre juges de
' Éd. in-4' et in- 12 ; il leur donne enmite de ces paroles.
la disposition de leurs pénitents , puisqu'ils sont obligés de les en croire sur leur parole^ lors même qu'ils ne donnent aucun signe suffisant de douleur. Est-ce qu'il y a tant de certitude dans ces paroles qu'on donne , que ce seul signe soit convaincant? Je doute que Texpérience ait fait connaître à vos pères que tous ceux qui leur font ces pK>messes les tiennent^ et je suis trompé s'ils n'éprouvent souvent le contraire. Cela n'importe^ dit le père; on ne laisse pas d'obliger toujours les confesseurs à les croire : car le père Bauny, qui a traité cette question à fond dans sa Somme des péchés, c. 46, p. 1090, 1091 et 1092, conclut que « toutes les fois que « ceux qui récidivent souvent, sans qu'on y voie aucun « amendement, se présentent au confesseur, et lui dite sent qu'ils ont regret du passé et bon dessein pour c< l'avenir, il les en doit croire sur ce qu'ils le disent, a quoiqu'il soit à présumer telles résolutions ne passer « pas le bout des lèvres. Et quoiqu'ils se portent ensuite a avec plus de liberté et d'excès que jamais dans les <c mêmes fautes, on peut néanmoins leur donner l'ab- «solution, selon mon opinion. » Voilà, je m'assure, tous vos doutes bien résolus.
Mais, mon père, lui di&-je, je trouve que vous imposez une grande charge aux confesseurs, en les obligeant de croire le contraire de ce qu'ils voient. Vous n'entendez pas cela, dit-il : on veut dire par là qu'ils sont obligés d'agir et d'absoudre, comme s'ils croyaient que cette résolution fût ferme et constante, encore qu'ils ne le croient pas en effet. Et c'est ce que nos pères Suarez et Filiutius expliquent ensuite des passages de tantôt. Car, après avoir dit que « le prêtre est obligé a de croire son pénitent sur sa parole, )> ils ajoutent c( qu'il n'est pas nécessaire que le confesseur se perce suade que la résolution de son pénitent s'exécutera.
DE l'absolution. , I7T
t( ai qu'ille juge même probablement; mais il suffit qu'il a pense qu'il en a à l'heure même le dessein en gêné- « ral^ quoiqu'il doive fetomb^* en bien peu de temps. Et <i e'^st ce qu'enseignent tous nos auteurs, ita doeent om* « ne$ autoTêS. j> Douterez-vous d'une chose ^e tous nos auteurs enseignent ? Mais, mon père, que deviendra donc ce que le père Petau a été obUgé de reconnaître lui* même dans la préface de la Pén. pubh, p. k, que a les « saints Pères, les docteurs et les conciles sont d'accord, « comme d'une vérité certaine, que la pénitence qui « prépare à l'eucharistie doit être véritable, constante, « courageuse, et non pas lâche et endormie ni si]yette « aux rechutes et aux reprises? » Ne voyez-vous pas, dit-il, que le père Pétau parle de Vancienne Église? Mais cela est maintenant si peu de saison^ pour user des termes de nos pères , que, selon le père Bauny , le contraire est seul véritable ; c'est au t. I, tr. 4^ , q. 15, p. 95 et 96 ; <c D y a des auteurs qui disent qu'on doit refuser « l'absolution à ceux qui retombent souvent dans les c< mêmes péchés, et principalement lorsque, après les « avoir plusieurs fois absous, il n'en parait aucun t< amendement : et d'autres disent que non. Mais la <( seule véritable opinion est qu'il ne faut point leur re- « fuser l'absolution. Et encore qu'ils né profitent point « de tous les avis qu'on leur a souvent donnés, qu'ils « n'aient pas gardé les promesses qu'ils ont faites de « changer de vie, qu'ils n'aient pas travaillé à se pu- « rifier, il n'importe : et, quoi qu'en disent les autres, « la véritable opinion, et laquelle on doit suivre, est « que, même en tous ces cas , on les doit absoudre, » Et tr. 4, q. 22, p. 100, « qu'on ne doit ni refuser ni « différer l'absolution à ceux qui sont dans des péchés « d'habitude contre la loi de Dieu, de nature, et de « l'Église, quoiqu'on n'y voie aucune espérance d'amen-
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178 DIXIÈME LKTTRE.
« d<emênt ;: tl $i emendationis futurœ nulla spes appch a reat. »
M«is> mon père^ lui dis-je^ cette assurance d'avoir toujours l'absolution pourrait bien porter les pécheurs. . . Je vous entends, dit^ilen m'interrompant; mais écoutez le père Bauny^ q. 15^ p« 97 : « On peut absoudre celui <x qui avoue que Tespéranoe d'être absous Ta porté à « pécher avec plus de facilité qu'il n'eût fait sans cette « espérance. » Et le père Gaussin^ défendant cette proportions dit^ p. âll de sa Rép. à la Théol. mor., que « si elle n'était véritable^ l'usage de la confession sert rait interdit à la plupart du monde ; et qu'il n'y aurait « plus d'autre remède aux pécheurs qu'une branche a d'arbre et une corde. » mon père^ que ces maximes^ là attireront de gens à vos confessionnaux! Aussi, ditr il, vous ne sauriez croire combien il en vient : c< nous « sommes accablés et comme (^primés sous la foule « de nos pénitents, pcmiteniiwn numéro obruimury » comme il est dit en l'Image de notre premier siècle, 1. 3, c. 8, p. 372. Jesais, lui dis-je, un moyen &cile de vous décharger de cette presse. Ce serait seulement, mon père, d'obliger les pécheurs à quitter les occasions prochaines : vous vous soulageriez assez par cette setde invention. Nous ne cherchons pas ce soulagement, dit-il; au contraire : car, comme il est dit dans le même livre , 1. 3, c. 9, p. 37ii. , c( notre Société a pour but de travail- « 1er à établir les vertus, die faire la guerre aux vices, « et de servir un grand nombre d'âmes. » Et comme il y a peu d'âmes qui veuillent quitter les occasions prochaines, on a été obligé de définir ce que c'est qu'occasion prochaine; comme on voit dansEscobar, en la Pratique de notre Société, tr..7, ex. fc, n. 226 : « On « n'appelle pas occasion prochaine celle où l'on ne « pèche que rarement, comme de pécher par un trans-
• DE l'absolution. 179
a port soudain avec celle avec qui on demeure^ trois ou « quatre fois par an ; >» ou^ selon le père Bauny , dans son livre français^ « une ou deux fois par mois^ p, 1082 ; » et encore^ p. 1080> où il demande a ce qu'on doit faire « entre les malires et servantes^ cousins et cousines qui « demeurent ensemble^ et qui se portent mutuellement « à pécher par cette occasion. i> Il les faut séparer^ lui dis-je. Cest ce qu'il dit aussi ^ « si les rechutes sont fré- « quentes et presque journalières : mais s'ils n'offen- « sent que rarement par ensemble^ comme serait une a ou deux fois le mois^ et qu'ils ne puissent se séparer « sans grande incommodité et dommage , on pourra « les absoudre^ selon ces auteurs^ et entre autres a Suarez^ pourvu qu'ils promettent bien de ne plus « pécher^ et qu'ils aient un vrai regret du passé. » Je l'entendis bien : car il m'avait déjà appris de quoi le confesseur se doit contenter pouf juger de ce regret. Et le père Bauny ^ continuariril ^ permet^ p. 1083 et lOSi^ à ceux qui sont engagés dans les occasions prodiaines, a d'y demeurer^ quand ils ne les pourraient « quitter sans bailler sujet au monde de parler^ ou sans « en recevoir de l'incommodité. ^ Et il dit de même en sa Théologie morale^ t. 1^ tr. 4, dePamit., q. 14, p. 94, et q. 15, p. 95, » qu'on peut et qu'on doit absoudre a une femme qui a chez elle un homme avec qui elle « pèche souvent, si elle ne peut le faire sortir honnè- « tement, ou qu'elle ait quelque cause de le retenir : « êi non potêst hon$sU êjieere, aui habeat aliquam ca/Ur <( sam reiinmdiy pourvu qu'elle se propose bien de ne « plus pécher avec lui. »
mon père, lui dis-je, l'obligation de quitter les occasions est bien adoucie , si on en est dispensé aussitôt qu'on en recevrait de l'incommodité : mais je crois au moins qu'on y est obligé, selon vos pères, quand il n'y
180 DIXIÈME LETTRK. «
a point de peine? Oui^ dit le père ^ quoique toutefois cela ne soit pas sans exception. Car le père Bauny dit au même lieu : a II est permis à toutes sortes de per- « sonnes d'entrer dans des lieux de débauche pour y a convertir des femmes perdues, quoiqu'il soit bien a vraisemblable qu'on y péchera : comme si on a déjà <x éprouvé souvent qu'on s*est laissé aller au péché par c( la vue et les cajoleries de ces femmes. Et encore qu'il a y ait des docteurs qui n'approuvent pas cette opinion» « et qui croient qu'il n'est pas permis de mettre volona tairement son salut en danger pour secourir son pro- « chain, je ne laisse pas d'embrasser très-volontiers a cette opinion qu'ils combattent, i» Voilà, mon père^ une nouvelle sorte de prédicateurs. Mais sur quoi se fonde le père Bauny pour leur donner cette mission? C'est, me dit-il, sur un de ses principes qu'il donne au même lieu après Basile Ponce. Je vous en ai parlé autrefois, et je crois que vous vous en souvenez. C'est a qu'on « peut rechercher une occasion directement et par elle- « même, pHino etper se, pour le bien temporel et spi- « rituel de soi ou du prochain. » Ces passages me firent tant d'horreur, que je pensai rompre là-dessus : mais je me retins, afin de le laisser aller jusqu'au bout, et me contentai der lui dire : Quel rapport y a-t-il, mon père, de cette doctrine à celle de l'Évangile, qui oblige ff à s'arracher les yeux, et à retrancher les choses les « plus nécessaires quand elles nuisent au salut? » Et comment pouve^-vous concevoir qu'un homme qui demeure volontairement dans les occasions des péchés les déteste sincèrement? N'est-il pas visible , au contraire , qu'il n'en est point touché comme il faut, et qu'il n'est pas encore arrivé à cette véritable conversion de cœur, qui fait autant aimer Dieu qu'on a aimé les créatures? Comment! dit-il, ce serait là une véritable contrition 1
DE l'attrition. 181
H semble que vous ne sachiez pas que^ comme dit le père Pinthereau en la seconde partie^ p* 50, de-Fabbé de Boisic : a Tous nos pères enseignent, d'un commun a accord, que c'est une erreur, et presque une hérésie^ «. de dire que la contrition soit nécessaire, et que Tat^ a trition toute seule, et même conçue par le seul motif a des peines de l'enfer^ qui exclut laTolonté d'offenser, a ne suffit pas avec le sacrement. » Quoi! mon père, c'est presque un article de foi, que l'attrition conçue par la seule crainte des peines suffit avec le sacrement? Je crois que cela est particulier à vos pères ; car les autres, qui croient que l'attrition suffît avec le sacrement, veulent au moins qu'elle soit mèlé& de quelque amour de Dieu. Et, de plus, il me semble que vos auteurs mêmes ne tenaient point autrefois que cette doctrine fût si certaine; car votre père Suarez en parle de cette sorte t. XIX, deSacram.j p. 2, disp. 16, sect. 4, n. 17 : «Ena core, dii-il, que ce soit une opinion probable que Tata trition suffît avec le sacrement, toutefois elle n'est pas a certaine, et elle peut être fausse : Non est certa, et ce fotest ésse falsa. Et si elle est fausse, l'attrition ne suffît « pas pour sauver un homme. Donc celui qui meurt a sciemment en cet état s'expose volontairement au péril a moral de la damnation étemelle. Car cette opinion « n'est ni fort ancienne, ni fort commune : nec valde a antigiAa,nec multum communis. » Sanchez ne trouvait pas non plus qu'elle fût si assurée , puisqu'il dit en sa Somme, L 1 , c. 9, n. 34, que « le malade et son conff fesseur qui se contenteraient à la mort de l'attrition « avec le sacrement pécheraient mortellement, à cause a du grand péril dé damnation où le pénitent s'exposea rait, si l'opinion qui assure que l'attrition suffit avec a le sacrement ne se trouvait pas véritable; » ni Gomitolus aussi, quand il dit, Resp. mor., 1. 1, q. 32,
182 DIXIÈME LETTEE.
n. 7> 8, « qu'il n'est pas trop sûr que rattrition suffise a avec le sacrement».
Le bon père m'arrêta là«dess0s« Eh quoi! dilril^ vous lisez donc no6 auteurs? Vous faites bien; mais yckis feriez eoGore mieux de ne les lire qu'avec quelqu'un de nous. Ne voye&.vous pas que, pour les avoir lus tout seul, vous êa avez concbi que ces passages font tort à ceux qui soutiennait maintenant noire doctrine de Tattrition? Au lieu qu'on vous aurait montré qu'il n'y a rien qui les relève davantage^ Car quelle gloire est-ce à nos pères d'aujourd'hui d'avoir ea moins de rien répandu si généralement l^ir opinion partcnit, que, hors les théologiens, il n'y a presque personne qiû ne s'imagine que ce que nous tenons maintenant de Tattrition n'ait été de tout temps l'unique créance des fidèles? Et ainsi, quand vous montrez , par nos pères mêmes, qu'il y a peu d'années que cette opimon n'était pa» certaine, que faite^vous autre chose, sinon donnera nos derniera auteurs tout l'honneur de cet établissement?
Aussi Diana, notre ami intime, a cru nous faire plaisir de marquer par quels degrés on y est arrivé. C'est ce qu'il fait, p. 5, tr. 13, res^ 33, où il dit « qu'autrefois les « anciens scolastiques soutenaient que la contrition était « nécessaire aussitôt qu'on avait fait un péché mc»*tel; n mais que depuis on a cru qu'on n'y était obligé que a les jours de fête, et ensuite que quand qu^ue grande a calamité menaçait tout le peuple : que , selon d'autres, il on était obligé à ne la pas différer longtemps quand « on approche de la mort; mais que nos pères Hurtado ^ et Vasquez ont réfuté excellemment toutes ces opi- « nions-là, et établi qu'on n'y était obligé que quand « on ne pouvait être absous par une autre voie, ou à « l'article de la mort, t» Mais, pour continuer le merveilleux progrès de cette doctrine, j'ajouterai que nos
DE t ATTRITION. 183
pères Fagundez^ t» ^'''^Eccl. PrœcepL, lib. 2, c. 4, n. 13; Granados^ in 3 part. , contr« 7, tr, 3, d, 3, sec* 4, n. 17; etEscobar^ tr. 7^ ex. 4, n. 88^ dans la Pratique selon notre Société^ ont décidé que a la contrition n'est pas M. nécessaire môme à la mort^ parce^ disent-ils , que si n Tattrition avec le sacrement ne suffisait pas à la mort^ « il s'ensuivrait que Tattrition ne serait pas suffisante « avec le sacr^n^il » Et notre S9,vant Hurtadok, de Sacram.y 1. 1; de Pœnit. , d, 6, diff. V, cité par Diana^ part. 4, tr^ 4, Miscell^, r. 193, et par Esoobarv tr^7, ex. 4 ^ n. 91 ^ va encore plus loin \ écoutez4e *.. a Le re-- « gret d'avoir péchés qu^on ne- conçoit qu'à cause du « seul mal temporel qui en arrive-^ comme d'avoir perdu « la santé ou son argent^ est^l suffisant?. Il faut distin- « guer. Si on ne pense pas que ce mal soit envoyé de la « main de Dieu^ ce regret ne suffît pas ; mais si on croit « que ce mal est envoyé de Dieu^ comme en dSet tout « mal^ dit Diana^ excepté le péché y vient de lui^ ce re-^ «c gret est suffisant. » C'est ce que dit Escobar en U Pratique de notre Société. Notre père François L'Amy sou-tient aussi la même chose > t. 8, disp« 3, n. 13.
Vous me surprenez, mon père; car je ne vois rien en toute cette attrition-^là que de naturel; et ainsi un pécheur se pourrait rendre digne de l'absolution sans aucune gràx^e surnaturelle. Or, il n'y a personne qui ne sache que c'est une hérésie condamnée par le concile. Je l'aurais pensé comme vous, ditnl; et cependant il faut Uen que cela ne soit pas, car nos pères du coUége de Glermont ont soutenu, dans leurs thèses du 23 mai et du 6 juin 1644 , coL 4 , n. 1 , c< qu'une attrition peut « être sainte et suffisante pour le sacrement, quoiqu'elle a ne soit pas surnaturelle; » et, dans celle du mois
• * Éd. in-4'' et in-12 : « va encore plus loin ; cmlt il dit : »
I8i I>IX-IÉMË LETTRE.
d'aôut 1643 y a qu'âne atirition qui a est que naturelle « suffit pour lesao^ement, pourvu qu'elle soit honnête ; a ad sacramentum sufficit attritio naturalis , nkoda^ ho^ «nesto. » Voilà tout ee qui se peut dire^ si ce n'est qu'on veuille ajouter une conséquence qui se tire aisément de ces principes : qui est que la contrition est si peu nécessaire au sacrement^ qu'elle y serait au contraire nuisible^ en ce; qu'effaçant les péchés par elle* mème^ elle ne laisserait rien à faire au sacrement. C'est ce que dit notre père Valentia^ ce célèbre Jésuite, t. ky disp. 7, q. S, p. ky assert. & : a La contrition n'est point « du tout nécessaire pour obtenir l'effet principal du c< sacrement; mais, au contraire, elle y est plutôt un a obstacle : imo obstatpotiw quominus effectus sequatur. » On ne peut rien désirer de plus à l'avantage de l'attri* tion, le le crois , mon père ; mais souffrez que je vous en dise mon sentiment, et que je vous fasse voir à qud excès cette doctrine conduit. Lorsque vous dites que Vatr irition conçue par la seule crainte des peines suffit avec le sacrement pour justifier les pécheurs, ne s'ensuit-il pas de ]à qu'on pourra toute sa vie expier ses péchés de cette sorte, et ainsi être sauvé sans avoir jamais aimé Dieu en sa vie? Or, vos pères oseraienlrils soutenir cela?
Je vois bien, répondit le père, par ce que vous me dites, que vous avez besoin de savoir la doctrine de nos pères touchant Tamour de Dieu. C'est le dernier trait de leur morale, et le plus important de tous. Vous deviez l'avoir compris ps^ les passages que je vous ai cités de la contrition. Hais en voici d'autres, plus précis, sur l'amour de Dieu : ne m'interrompez donc pas * , car la suite même en est considérable. Écoutez Escobar, qui rapporte les opinions différentes de nos auteurs sur ce
' Éd. in-4''6t in-12 : Mais en votd d'autres, etnenCinUrumpesi doncpas.
DE l'amodr de dieu. 185
sujet y dans la Pratique de l'amour de Dieu selon notre Société^ au tr. 1, ex. 2, n. 21, et tr. 5, ex. 4, n. 8, sur cette question : « Quand est-on obligé d'avoir affection «actuellement pour Dieu? Suarez dit que c'est assez « si on l'aime avant Tartide de la mort^ sans détermi- « ner aucun temps; Vasquez, qu'il suffit encore à l'arec tide de la mort ; d'autres, quand on reçoit le baptême ; a d'autres, quand on est obligé d'être contrit ; d'autres, « les jours de fête. Mais notre père Castro Palao combat <c toutes ces opinion&*là, et avec raison : tnerito. Hur- « tado de Mendoza prétend qu'on y est obligé tous les « ans, et qu'on nous traite bien favorablement encore, <c de ne nous y obliger pas plus souvent. Hais notre père « Coninck croit qu'on y est obligé en trois ou quatre «ans;.Henriquèz, tous les cinq ans; et Filiutius dit <K qu'il est probable qu'on n'y est pas obligé à la rigueur « tous les cinq ans. Et quand donc? Il le remet au ju- (( gement des sages. » Je laissai passer tout ce badinage, où l'esprit de Tbomme se joue si insolemment de l'amour de Dieu. Mais, poursuivit-il, notre père Antoine Sir^ moud, qui triompbe sur cette matière dans son admirable livre de la Défense de la Vertu, où il parle français en France, comme il dit au lecteur, discourt ainsi au 2* tr. , sect. 1, p. 12, 13, ik, etc. : « Saint Thomas dit c( qu'on est obligé à aimer Dieu aussitôt après l'usage « de raison : c'est un peu bientôt. Scotus, chaque dia manche : sur quoi fondé? D'autres, quand on est grièa vement tenté : oui, en cas qu'il n'y eût que cette voie « de fuir la tentation. Sotus, quand on reçoit \m bience fait de Dieu : bon pour l'en remercier. D'autres, à la « mort : c'est bien tard. Je ne crois pas non plus que ce <c soit à chaque réception de quelque sacrement : l'atc< trition y suffît avec la confession, si on en a la com- « modité. Suarez dit qu'on y est obligé en un temps :
<( mais en quel temps? Il vous en fait juge ^ et il n'en c< sait rien. Or ce que ce docteur n'a pas su^ je ne sais « qui le sait, d Et il conclut enfin qu'on n'est obligé à autre chose ^ à la rigueur^ qu'à observer les autres commandements^ sans aucune affection pour Dieu^ et sans que notre cœur soit à lui^ pourvu qu'on ne le baisse pas. C'est ce qu'il prouve en tout son second traité. Vous le verrez à cbaque page^ et entre autres aux 16^ 19^ 24^ %S, où il dit ces mots : a Dieu, en nous commandant de Tai- « mer^ se contente que nous lui obéissions en ses autres « commandements. Si Dieu eût dit^ Je vous perdrai, « quelque obéissance que vous me rendiez, si de plus « votre cœur n'est à moi; ce motif, à votre avis, eût-il c< été bien proportionné à la fin que Dieu a dû et a pu a avoir? 11 est donc dit que nous aimerons Dieu en fai- « sant sa volonté , comme si nous Taimions d'affection, « comme si le motif de la charité nous y portait. Si cela « arrive réellement, encore mieux : sinon, nous ne lais- « serons pas pourtant d'obéir en rigueur au- commana dément d'amour, en ayant les œuvres , de façon que « ( voyez la bonté de Dieu ! ) il ne nous est pas tant com- « mandé de l'aimer que de ne le point haïr. y>
C'est ainsi que nos pères ont déchargé les hommes de l'obligation pénible d'aimer Dieu actuellement. Et cette doctrine est si avantageuse, que nos pères Annat, Pinthereau, Le Moyne, et A. Sirmond même, l'ont défendue vigoureusement, quand on a voulu la combattre. Vous n'avez qu'à le voir dans leurs Réponses à la Théologie morale ; et celle du père Pinthereau, en la 2* partie de l'abbé de Boisic , p. 53 , vous fera juger de la valeur de cette dispense par le prix qu'il dit qu'elle a coûté, qui est le sang de Jésus-Christ. C'est le couronnement de cette doctrine. Vous y verrez donc que cette dispense de l'obligation fâcheuse d'aimer Dieu est le privilège de
DE l'amour dk dieu. 187
la loi évangélique par-dessus la judaïque, a II a été rai- « sonnaLle^ dit-il, que, dans la loi de grâce du Nouveau « Testament, Dieu levât Tobligatîon fâcheuse et difficile, « qui était en la loi de rigueur, d'exercer un acte de « parfaite contrition pour être justifié; et qu*il instituât « des sacrements qui pussent suppléer son défaut, à « Taide d'une disposition plus facile. Autrement, certes, « les enfants ( les chrétiens ) n'auraient pas maintenant « plus de facilité de se remettre aux bonnes grâces de «leur père, qu'avaient jadis ces esclaves (les Juifs), « d'obtenir miséricorde de leur Seigneur. »
mon père! lui dis-je*, il n'y a point de patience que vous ne mettiez à bout, et on ne peut ouïr sans horreur les choses que je viens d'entendre. Ce n^est pas de moi-même, dit-il. Je le sais bien, mon père, mais vous n'en avez point d'aversion ; et, bien loin de détester les auteurs de ces maximes, vous avez de l'estime pour eux. Ne craignez-vous pas que votre consentement ne vous rende participant de leur crime? et pouvez-vous ignorer que saint Paul juge « dignes de « mort non-seulement les auteurs des maux, mais aussi « ceux qui y consentent? » Ne suffisait-il pas d'avoir permis aux hommes tant de choses défendues, par les palliations que vous y avez apportées? fallait-il encore leur donner l'occasion de commettre les crimes même que vous n'avez pu excuser, par la facilité et l'assurance de l'absolution que vous leur en offrez, en détruisant â ce dessein la puissance des prêtres, et les obligeant d'absoudre, plutôt en esclaves qu'en juges, les pécheurs les plusenvieillis*, sans changement de vie, sans aucun signe de regret, que des promesses cent fois violées ; sans.
' LutdiS'je manque dans les éd. in-4® et in- 12.
* Les mêmes éd. ajoutent ici : sans aucun amour de bieti.
pénitence^ s'ils n'en veulent point accepter ; et sans quitter les occasionsdes \ices,s'il$ en reçoiventde l'incommodité? Mais on passe encore au delà^ et la licence qu'on a prise d'ébranler les règles les plus saintes de la conduite chrétienne se porte jusqu'au renversement entier de la loi de Dieu. On viole le grand commandement, qui comprend la loi et les prophètes : on attaque la piété dans le cœur; on en ôte l'esprit, qui donne la vie : on dit que l'amour de Dieu n'est pas nécessaire au salut; et on va même jusqu'à prétendre que cette dispense d'aimer Dieu est l'avantage que Jésus-Christ a apporté au monde. C'est le comble de l'impiété. Le prix du sang de Jesus-Christ sera de nous obtenir la dispense de l'aimer I Avant Tincarnation, on était obligé d'aiiner Dieu; mais depuis que Dieu a tant aimé le monde y qu'il lui a donné son Fils unique, le monde, racheté par lui, sera déchargé de l'aimer ! Étrange théologie de nos jours; on ose lever Vanathéme que saint Paul prononce contre ceux qui n'aiment pas le Seigneur Jésus I On ruine ce que dit saint Jean, que qui n'aime point demeure en la m^rt; et ce que dit Jésu&^hrist même, que qui ne Vaime point ne garde point ses préceptes l Ainsi on rend dignes de jouir de Dieu dans l'éternité ceux qui n'ont jamais aimé Dieu en toute leur vie 1 Voilà le mystère d'iniquité accompli. Ouvrez enfin les yeux, mon père ; et si vous n'avez point été touché par les autres égarements de vos Casuistes, que ces derniers vous en retirent par leurs excès. Je le souhaite de tout mon cœur pour vous et pour tous vos pères ; et je prie Dieu qu'il daigne leur faire connaître combien est fausse la lumière qui les a conduits jusqu'à de tels précipices, et qu'il remplisse de son amour ceux qui en osent dispenser * les hommes.
" Éd. in-4° et in-12 : ceux qui en dispensent